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Enrichir l’uranium est-il un péché?
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:2370 Le 27/09/2006 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexe 2004 Va-t-on punir l’Iran d’enrichir son uranium ? Le président Bush le souhaite, Jacques Chirac ne croit pas à l’efficacité des sanctions. Une chose est sûre, l’Iran n’est pas le seul Etat, non détenteur de la bombe, à pratiquer l’enrichissement. Il y a aussi l’Argentine, le Brésil, l’Australie, l’Afrique du Sud, le Canada… Le but est commercial.. Centrales en commandeCependant, dans l’intérêt de la non prolifération, les USA, l’UE, la Russie, la Chine, voudraient que Téhéran renonce à cette activité. Est-il équitable d’interdire à l’un ce que l’on permet aux autres ? La réponse n’est pas évidente tant elle paraît liée à des considérations d’ordre technique, économique, politique.Sur le plan technique, les choses sont claires. L’uranium enrichi sert à produire de l’électricité ou à fabriquer des bombes atomiques. Dans un souci de rationalisation économique, tout pays, détenteur d’une industrie d’enrichissement en même temps qu’il approvisionne ses centrales, peut vouloir se doter d’un armement nucléaire. L’économie joue son rôle. L’inéluctable diminution des ressources pétrolières, jointe à l’obligation de lutter contre l’effet de serre, incitent chaque jour davantage les Etats à recourir à l’énergie nucléaire. Pour un pays disposant des capacités ad hoc, produire de l’uranium enrichi pour le brûler dans ses centrales et en vendre à des tiers est logique. Aujourd’hui, les capacités de production excèdent la demande. L’essor du nucléaire, sous forme de nombreuses centrales en commande, n’a pas encore eu lieu et les nouveaux producteurs ne sont nullement assurés du succès. La remise en route d’installations anciennes et désaffectées pour cause de renonciation aux armements nucléaires, comme c’est le cas en Argentine et en Afrique du Sud, est extrêmement coûteuse.Toutefois, les faits sont têtus ! Si le recours à l’électricité nucléaire est probablement inéluctable, les Etats ne sont pas égaux en la matière : il y a les fournisseurs et il y a les clients, ceux qui enrichissent l’uranium et ceux qui importent le produit! Naturellement, les producteurs cherchent à limiter la concurrence.Ici, la politique intervient. L’énergie est indispensable ; pour nombre d’Etats, sa libre disposition est une condition de l’indépendance. Depuis les années 1970, l’Iran a souhaité construire des centrales nucléaires et donc enrichir l’uranium correspondant. Ami des Etats-Unis, le shah d’Iran avait investi dans l’usine française d’enrichissement de Pierrelatte afin de se garantir un approvisionnement régulier en attendant d’accéder aux technologies requises pour une production nationale. Washington n’y avait pas vu malice. Les temps ont changé, mais la situation géopolitique de l’Iran demeure. Son ambition nucléaire demeure à la fois énergétique et, quoiqu’il en dise, sans doute militaire. . Cadeau aux mollahsLa première est légitime, la seconde est interdite mais s’explique sans doute par autre chose que la volonté d’anéantir Israël. L’Iran abrite la minorité juive la plus nombreuse du Moyen-Orient (20.000). On ne sache pas que ces Juifs-là soient particulièrement persécutés. Rayer l’Etat hébreu de la carte serait pour l’Iran profondément irrationnel, car cela reviendrait à frapper un allié potentiel de revers contre les Arabes et à se condamner à la vitrification. Probablement non suicidaire, ce pays est en tous cas entouré de puissances nucléaires, Chine, Inde, Pakistan, Israël. A tort ou à raison, l’Iran peut juger la sécurité de ses 80 millions d’habitants mieux assurée le jour où il disposera de «l’arme ultime»(1). Doit-on l’en empêcher? Que des Etats négocient avec Téhéran des arrangements pour le faire renoncer à un enrichissement qui ne serait pas contrôlé par l’Agence de Vienne, ce n’est pas scandaleux. Que les Etats-Unis imaginent des sanctions contre un pays oublieux des obligations d’un TNP(2) qu’il a signé et ratifié, pourquoi pas? Tout individu ou Etat en situation de monopole cherche à conserver son avantage économique et stratégique. Tout est possible, excepté l’emploi de la force! On a déjà exposé ici(3) combien la destruction des installations nucléaires de l’Iran serait problématique, compte tenu de la dispersion des sites, de leur imbrication dans des zones peuplées, de leur caractère souvent souterrain et du manque de renseignements les concernant. Il y a pire. Tout bombardement de l’Iran par les Etats-Unis et Israël serait criminel et politiquement désastreux. Sur le plan international, certes, mais aussi intérieur. En Iran, le régime théocratique est impopulaire, l’agresser serait le meilleur moyen de le fortifier. Un tel cadeau aux mollahs ne s’impose pas.Pour sortir de l’impasse, Washington peut livrer à Israël un bouclier antimissile pour assurer sa sécurité et engager des conversations directes avec l’Iran. Le futur a peut-être déjà commencé. Le 20 septembre, à New York, le Conseil pour les Relations Internationales(4) a reçu une délégation iranienne ; à sa tête, le président Mahmoud Ahmadinejad ! Mrs Rice n’a pas apprécié. Elle a tort. Après tout, les contacts entretenus avec l’URSS n’ont pas empêché les Etats-Unis de gagner la guerre froide.


Comment enrichir l’uranium

Pour utiliser l’uranium dans une centrale nucléaire, on doit préalablement l’enrichir, c’est-à-dire augmenter la proportion de l’isotope 235 qu’il contient. Les principaux procédés d’enrichissement sont la diffusion gazeuse d’un composé chimique de l’uranium à travers une paroi poreuse, l’ultracentrifugation (rotation à grande vitesse d’un cylindre contenant un composé chimique gazeux de l’uranium) et l’enrichissement par laser SILVA (illumination de la vapeur d’uranium par un faisceau laser ajusté pour ioniser sélectivement l’isotope 235). La diffusion gazeuse a constitué la première génération industrielle de l’enrichissement mais sa consommation énergétique est élevée. Aujourd’hui l’ultracentrifugation (procédé mis en œuvre par l’Iran) a acquis une expérience industrielle offrant les meilleures garanties de compétitivité économique et sa consommation d’énergie est bien plus faible, de même que celle du procédé par laser SILVA, mis au point en France.L’enrichissement intervient pour 10% dans le coût du kWh d’origine électronucléaire. Exprimée en termes de marché mondial, l’activité d’enrichissement représente actuellement environ 10 milliards d’euros.------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Selon l’expression employée par feu l’ayatollah Khomeiny(2) Le Traité de non-prolifération, signé en 1968, entré en vigueur le 5 mars 1970, est le plus universel ; 189 Etats l’ont ratifié, trois font exception Inde, Pakistan, Israël.(3) Etats-Unis-Iran, la force impuissante, L’Economiste, 5 avril 2006(4) The Council on Foreign Relations ou CFR, un « think tank » parmi les plus influents des Etats-Unis

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