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Société

Enfance abandonnée
13 enfants sur 1.000 délaissés

Par L'Economiste | Edition N°:3363 Le 16/09/2010 | Partager

. Une étude en cours de publication évalue l’abandon visible . Le déficit des structures d’accueil exacerbe le phénomène 13 enfants sur 1.000 sont abandonnés de manière visible au Maroc. C’est l’une des principales conclusions d’une étude en cours de publication, menée par la ligue marocaine pour la protection de l’enfant, avec le soutien de l’Unicef et réalisée par la consultante Nadia Cherkaoui. L’enquête n’a touché que les enfants placés en institution hospitalière ou associative. Ce chiffre ne tient donc pas compte de l’abandon dissimulé qui se gère en toute illégalité. Aujourd’hui, le phénomène d’abandon des enfants continuera, selon l’étude, d’évoluer de manière indépendante. Explication: il relève d’une donnée structurelle, soit l’interdit des relations sexuelles hors mariage avec leur potentiel de transgression qui évolue inévitablement avec l’évolution de la société. L’étude a fait un focus sur les données régionales. Elles relèvent l’existence de fortes disparités sur l’appréhension du phénomène. Cette disparité n’étant pas toujours associée à la densité de la population de la région, mais à l’existence de structures d’accueil dotées d’une dynamique associative. L’abandon se déclare davantage dans les régions frontalières ou touristiques. Il est également «modéré à très modéré» au sein des régions qualifiées de conservatrices. Ainsi en 2008, 185 enfants ont été placés dans le Souss-Massa-Draâ contre 184 à Casablanca et 173 dans la région de Tanger-Tétouan. Pour la seule année 2008, un enfant abandonné à la naissance sur 2 est pris en charge dans le cadre d’une kafala alors que 8 enfants sur 100 sont récupérés par leur famille. Les chiffres de l’enquête révèlent aussi que cinq enfants sur cent ne survivent pas à l’abandon. Tous les enfants abandonnés ne sont pas pris en charge faute de structures d’accueil. Aujourd’hui, la lutte contre ce phénomène passe par la mise en place de structures dédiées aux mères célibataires et à leurs enfants et la multiplication des structures consacrées à l’accueil de l’enfant abandonné. Ces dernières lui permettent de bénéficier, une fois sur deux, de la kafala. «L’élaboration d’une stratégie inciterait des parents à se proposer comme famille d’accueil», recommandent les auteurs du rapport. L’abandon des enfants peut aussi être réduit de manière structurel via des actions profondes effectuées en amont: l’éducation à la culture de l’égalité et du droit dans les relations hommes/femmes, l’éducation sexuelle et la contraception, relève l’enquête. Celle-ci s’est par ailleurs penchée sur les «modalités» d’abandon de l’enfant. Surtout qu’elles peuvent avoir des conséquences sur les relations futures entre abandonné et abandonnant. Le phénomène d’abandon de l’enfant s’effectue selon plusieurs formes: un placement dans une famille ou chez la nourrice. L’étude explique que dans ce cas, l’enfant, généralement «fruit d’une relation illicite», est confié à une femme, contre rémunération, avec l’intention formulée de le récupérer. La mère, le plus souvent célibataire, visite l’enfant et le reprend dès lors que ses conditions de vie s’améliorent. Le placement dans une famille peut se traduire en abandon réel. Pour plusieurs raisons, la mère se trouvera dans l’incapacité de reprendre son enfant, et ne donnera plus signe de vie. L’abandon peut aussi prendre la forme d’un «don d’enfant». Il s’agit des habitudes anciennes de régulation sociale qui visent à soutenir un couple stérile en lui offrant un nouveau-né. Ce «don d’enfant» est le plus souvent effectué par la proche famille. Enfin, la «transaction» peut également s’effectuer de femme à femme sans passer par un réseau d’intermédiation. Le schéma serait le suivant: deux femmes, dont l’une est enceinte, en situation irrégulière, l’autre, en situation de légalité et dans le besoin d’enfant, entrent en relation au hasard. Un accord est conclu entre elles: «l’enfant sera remis à la naissance à la mère adoptive qui lui donne un nom de père et l’élève dans le secret de sa filiation d’origine», explique le rapport. L’abandon peut aussi s’opérer via un réseau illégal d’intermédiation souvent lucratif. Reste que les réseaux lucratifs criminels, ayant sévi au sein des structures hospitalières, seraient en net recul.


Incohérence des textes

L’étude s’est également attardée sur le volet de la législation. En gros, les textes sont conformes aux engagements internationaux du Maroc mais ils souffrent d’un manque de cohérence, relève-t-elle. Ainsi, les dispositions concernant le retrait de puissance paternelle figurant dans le code pénal et dans la loi sur la kafala ne coïncident pas exactement entre elles ni avec le code de la famille. Une situation à mettre sur le compte du fait que ces textes ont été adoptés à des époques différentes et dans des conditions et pour des motifs divers. Ils sont également de sources très différentes: le code pénal inspiré du droit pénal français tel qu’il était en vigueur au moment de sa promulgation (1963) alors que la loi sur la kafala et le code de la famille tirent leurs sources du droit musulman. Pour sa part, l’article 490 du code pénal, qui punit les relations sexuelles hors mariage, risque de pousser la mère célibataire à accoucher dans le secret et à abandonner son enfant, de peur d’être poursuivie en justice et condamnée à l’emprisonnement. L’Unicef estime qu’il est délicat de recommander la suppression de cet article. Mais il recommande l’instauration d’une impossibilité de poursuites en cas de naissance subséquente d’un enfant. Ce qui protégerait la mère naturelle des poursuites et l’encouragerait à renoncer à l’abandon.Khadija MASMOUDI

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