×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Vous êtes 136.076 lecteurs à vous connecter sur leconomiste.com chaque jour. Vous consultez 167.718 articles (chiffres relevés le 24/5 sur google analytics)
eleconomiste
Economie

Energie: L'économie du gaz change de visage

Par L'Economiste | Edition N°:38 Le 16/07/1992 | Partager

Le Pr Jean-Marie Chevalier sera fréquemment au Maroc au cours de l'année scolaire prochaine: l'Université de Paris Dauphine et l'HEM ont en effet conclu un accord de collaboration qui prévoit, entre autres, des échanges de professeurs. Le Pr Chevalier est connu, aussi bien dans le monde universitaire que dans le monde économique pour les deux axes de ses travaux: l'économie industrielle et l'économie de l'énergie. Pour les lecteurs de l'Economiste, il explique ce qui va changer dans l'économie de l'énergie, ou plus exactement les mécanismes qui selon lui sont facteurs de changements.

- L'Economiste: En tant que consultant international sur les questions d'énergie, comment voyez-vous l'évolution des grands marchés pour les années à venir?

- Pr Chevalier: Les économistes sont fort prudents mais il me semble que les changements à attendre vont se faire autour du transfert de la demande vers le gaz naturel. Il devrait y avoir une réduction du rôle du pétrole et du charbon. Il ne faut pas s'attendre à de fortes poussées sur le nucléaire car il se pose dans ce domaine des problèmes de sécurité.
- En quoi l'économie du gaz est-elle différente de celle du pétrole?

Les modèles d'organisation autour du gaz sont différents de ceux accompagnant le pétrole. Par nature, le gaz tend vers un monopole naturel parce qu'on ne peut pas construire des réseaux différents et concurrents de distribution pour le gaz. Si on laisse se développer cette tendance technique au monopole, on se retrouverait devant des entreprises empochant la rente, ayant des pratiques discriminatoires, ... c'est ce qui explique que l'on ait toujours cherché à réduire ou du moins à maîtriser cette tendance, notamment aux Etats-Unis.

- Il y a plusieurs méthodes pour résoudre le problème

Oui. Nous avons une réponse, que l'on pourrait qualifier d'anglo-saxonne, consistant à dire "on laisse faire l'entreprise privée, mais au niveau local, municipal, fédéral,... on réglemente". Nous avons aussi une réponse que j'appellerai, "latine" où le raisonnement est très différent. Il s'agit de créer un monopole public en se disant que "si le monopole capte de la rente, de toutes façons cette rente revient à la collectivité". La coexistence de ces deux raisonnements donne pour l'Europe une mosaïque de systèmes bien que l'industrie européenne du gaz naturel soit très jeune puisqu'elle à moins de vingt ans.
On a par exemple le système français avec un monopole public et à l'opposé le système allemand, sans monopole mais avec une multitude de compagnies assurant le transport de gaz dans les villes. Ces compagnies sont soumises à un système de contrôle au niveau local.

- Un modèle unique va-t-il émerger?

Difficile à dire. Par contre ce qui est sûr, c'est que les entreprises manoeuvrent pour faire prévaloir leurs points de vue. Les grandes sociétés distributrices ont un poids certain pour obtenir des prix de cession intéressants.
Les cinq grandes européennes ont une puissance de négociation auprès des fournisseurs qu'elles ne se privent pas de mettre à profit. Elles s'organisent et notamment, montent des contrats de "take or pay"(1). Ce sont des clauses très dures mais qui sécurisent le financement des équipements d'adduction. Ces derniers se comptent en milliards de Dollars.

- La Commission de Bruxelles n'apprécie guère les comportements de monopole, même quand ils ont des justifications économiques.

Il est vrai que la Commission lutte contre ces monopoles. La solution qu'elle souhaite imposer est de supprimer le monopole de distribution tout en conservant la propriété unique des tuyaux posés. Son raisonnement est le suivant: "le propriétaire des tuyaux devra les louer au distributeur qui le lui demandera, contre un droit de passage". Le débat est donc encore plus complexe que la simple lutte entre le modèle centralisé à la française et le modèle très décentralisé à l'allemande.
A ces enjeux, déjà gigantesques, s'ajoutent les enjeux techniques. Certes, il y a un consensus pour renoncer au développement de l'électricité nucléaire, du moins pour l'instant, mais les techniques combinées viennent de faire apparaître des possibilités de rendement très supérieures aux rendements classiques. Ces sont là de nouveaux enjeux technico-financiers, qui viennent s'ajouter aux autres.

- Les arguments en faveur du monopole sont-ils uniquement le partage de la rente?

Non. On y ajoute des thèmes tels que la sécurité des approvisionnements, lorsqu'ils sont négocié sur du moyen ou long terme, la puissance de négociations elle-même. Le monopole public souligne l'avantage qu'il y a à "voir loin" comme on dit et l'avantage qu'il y a à disposer d'une entreprise dont le statut interdit les pratiques discriminatoires.

- C'est le système classique de défense des monopoles qui a été fortement critiqué au cours des dernières années à la faveur des déréglementations et de la libéralisation des économies occidentales.

C'est exact, mais dans le cas du gaz, demeure le problème du coût des investissements, suffisamment élevé pour justifier ce que les économistes appellent le "monopole naturel". En fait, la concurrence ne peut apparaître dans le réseau de distribution, qu'à partir du moment où le réseau est mûr.

Mûr, veut-il dire ici amorti?

Non, la maturité est une notion assez nouvelle d'économie. La concurrence se conçoit comme la possibilité d'emprunter deux réseaux différents pour aller d'un point à un autre, ce qui n'est pas le cas pour le réseau européen. Ensuite se pose le problème de l'approvisionnement à la marge. Le réseau européen va très loin pour chercher ses approvisionnements. Il va en Iran, dans l'actuelle CEI ou traverse la Méditerranée. Ces adductions se trouvent dans des situations très différentes du point de vue des amortissements mais l'ensemble va vers la maturité parce qu'elles vont être reliées entre elles ou le sont déjà. Le distributeur peut de plus en plus arbitrer entre le gaz norvégien, russe, iranien ou algérien. Le distributeur acquiert une puissance colossale mais cette puissance même attire des ambitions nouvelles. Les chimistes, les métallurgistes,... se pressent pour contrôler les distributeurs mais se ne sont pas les seuls. On a vu tout récemment des puissances financières s'intéresser à la distribution de gaz, avec par exemple, les tentatives de la Lyonnaise des Eaux.

Est-ce parce que la Lyonnaise est aussi un spécialiste de la distribution urbaine?

Peut-être, mais ce qui me paraît essentiel dans cet intérêt est que la Lyonnaise est avant d'être un spécialiste de la distribution, un colosse financier capable d'offrir le financement des extensions de réseaux et qu'elle est aussi, un spécialiste des négociations avec les municipalités. Donc, vous voyez, les compagnies gazières sont attaquées à l'amont et à l'aval.
On connaît donc les éléments qui bougent dans l'économie gazière mais impossible de dire ce que sera le visage de cette économie dans une dizaine d'années. Or, dix ans c'est l'échelle qu'il faut pour les investissements.

Propos recueillis par Nadia SALAH

(1) Take or pay: enlevé ou pas, c'est à payer quand même.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc