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Politique Internationale

Emploi : La cote des diplômes baisse

Par L'Economiste | Edition N°:42 Le 13/08/1992 | Partager

Avec un décalage et surtout avec des formes différentes, les entreprises marocaines finissent par suivre leurs consoeurs européennes: le diplôme n'est plus à leurs yeux ce qu'il était. A côté des récriminations usuelles, et plus ou moins justifiées, sur le niveau de l'enseignement, des phénomènes plus structurels sont apparus dans les choix des entreprises, petites ou grandes. Certes, la masse de l'offre joue, mais il faut aller au delà...

Apres avoir "profité" pendant des décennies du pouvoir que leur octroyait leur titre, les diplômés des grandes Ecoles (HEC, ENA, Polytechnique) voient en ce moment leur cote baisser en France. Il semble en effet que l'élitisme soit en passe de faire faillite, au moins provisoirement, que la motivation et la personnalité des diplômés deviennent indénia-blement plus essentielles que la couleur de leur parchemin.

L'efficacité vient de l'expérience

Le phénomène qui prend forme en Europe s'explique par l'accroissement du chômage, devenant peu à peu la réalité quotidienne de ceux qui se croyaient -et apparaissaient- jusqu'à présent à l'abri de ces accidents de la vie professionnelle. Dans certains pays d'Europe (l'Allemagne par exemple), il devient évident que l'efficacité managériale n'est pas le fait des lauréats des grandes Ecoles, mais plutôt le résultat de l'expérience.
Enfin, des événements récents, en France, sont significatifs d'un changement dans l'état d'esprit des "fabricants" de diplômes et du pouvoir qui leur est attaché:
- l'"exil" (controversé, justifié) de l'ENA à Strasbourg;
- l'attribution du prix Nobel de Physique à Pierre Gilles de Gênes, chercheur de l'ESPCI (Ecole Supérieure de Physique et de Chimie Industrielle) à Paris, une école obscure, mais qui s'adonne à la recherche scientifique plutôt qu'à la poursuite des ambitions sociales (c'est l'école de Pierre et Marie Curie, découvreurs de la radioactivité du radium, ainsi que de Frédéric et Irène Joliot-Curie, découvreurs de la fission nucléaire). Souhaiterait-on rétablir la recherche à part entière?

Une autre façon de voir la réussite

Il s'ensuit, pour l'instant, que beaucoup de jeunes en Europe commencent à renoncer à la fascination du diplôme pour s'engager dans des professions "rentables", tandis que d'autres remâchent leur déception et vivent dans l'angoisse du chômage.
En tout cas, les sondages opérés parmi les jeunes diplômés des grandes Ecoles expriment une conséquence du virage qui se négocie actuellement: scientifiques et gestionnaires doutent de l'aventure professionnelle, apprécient de plus en plus la vie familiale et amicale, ne semblent plus prêts à sacrifier leur vie privée à une réussite professionnelle problématique, qui paraissait primordiale, une valeur en soi, il y a quelques années.
Le désenchantement au Maroc ne prend pas les mêmes formes s'il suit parfois les mêmes chemins.
Les directeurs généraux des entreprises, les recruteurs -souvent les mêmes personnes- sont pratiquement unanimes dans leur chasse aux ressources humaines: la compétence est indispensable, mais ne peut plus être uniquement déterminée par le diplôme.

Personnalité et caractère d'abord, les diplômes ensuite

Si l'on cède encore parfois à la fascination du titre, on retrouve toute sa lucidité face aux réalités de la vie quotidienne de l'entreprise et aux exigences de la gestion.
Le directeur des ressources humaines d'une institution financière casablancaise confiait il y a quelques semaines: "Nous investissons de plus en plus dans la formation technique de nos agents, parce que nous ne pouvons pas nous permettre un décalage par rapport aux nécessités du métier et à l'évolution technologique. Mais dès que l'on aborde le management, les qualités humaines deviennent essentielles. Un manager doit savoir prendre de bonnes décisions rapidement, c'est sa personnalité qui joue à ce niveau. La technique peut toujours s'acquérir".

On n'aime pas les diplômés revendicatifs

Même son de cloche dans une multinationale dont le siège est installé à Casablanca: à diplôme égal, on favorisera les qualités personnelles, l'honnêteté, l'adaptabilité, la motivation.
Dans le terme d'honnêteté s'inscrit en outre la nuance d'honnêteté par rapport à soi-même. Le candidat qui demande trop par rapport à ce qu'il vaut, ou qui demande trop tout de suite, est éliminé d'avance, même si son diplôme est acceptable et sa compétence testée.
Le mouvement amorcé, par réalisme entrepreneurial, depuis plusieurs années, se précise donc et s'installe.
Une enquête, réalisée sur commande de l'ESG (Ecole Supérieure de Gestion) à Casablanca en 1989 auprès de 518 entreprises, affirmait que les directeurs généraux souhaiteraient avant tout, de la part de leurs cadres:
- la conscience professionnelle (92%);
- la capacité d'analyse et de synthèse (79%);
- le dynamisme (77%);
- la confiance en soi.
Les connaissances techniques ne viennent qu'en huitième position, avec 50% des suffrages.

Chaque année, grosso-modo, il sort quelque 90.000 diplômés en tout genre au Maroc. On sait aussi que, bon an mal an, il se crée un peu plus de 100.000 postes de travail, y compris les emplois non qualifiés.
Où vont donc les diplômés?
On sait l'ampleur du travail encore à effectuer par le CNJA pour les intégrer sur le marché du travail.
On sait aussi que l'entreprise se plaint de leur inadaptation à la réalité (peut-être les diplômés disposent-ils d'un savoir, mais le savoir-faire est à acquérir et le savoir-vivre est trop souvent oublié).
Les grandes écoles marocaines tentent de se rapprocher de leurs débouchés, pour ne pas fabriquer des chômeurs. Elles essaient de réformer leur pédagogie et leurs programmes en fonction des besoins de l'entreprise (du moins pour certaines d'entre elles) et cherchent de plus en plus à assurer, avec des bonheurs divers, le relais de l'Etat face à la montée de la jeunesse.
La valeur des diplômes et l'assurance du recrutement varient en fonction des Ecoles, de leur réputation, de leur gestion, de leur enseignement, du temps qui passe.

Le diplôme étranger a plus de prix

En fait, chaque recruteur a ses critères de choix: le diplôme obtenu à l'étranger a toujours plus de prix à ses yeux qu'un diplôme obtenu au Maroc, surtout si le candidat vient des Etats-Unis, de Grande-Bretagne ou de France. Malheur à ceux qui se targuent de diplômes canadiens, ou reçus dans ce qui était l'Europe de l'Est. Les raisons avancées sont simples: l'enseignement dispensé dans ces pays jouit encore d'une confiance sûre. Les jeunes Marocains qui y ont poursuivi des études sont censés, en outre, maîtriser une langue véhiculaire essentielle dans le monde de l'industrie (anglais ou français), et posséder grâce aux années passées à l'étranger une expérience et une ouverture d'esprit jugées aujourd'hui indispensables dans les entreprises.

Des rêves plus que des titres

"Les candidats à l'encadrement moyen sont présents sur le marché du travail marocain", affirme un responsable du recrutement. "Mais ceux qui ont un très bon niveau sont rares".
Un problème persiste cependant pour les entreprises à l'endroit des diplômes étrangers: sauront-ils s'adapter à la réalité, à une réalité quotidienne qui correspond peu, ou pas, à ce qu'ils ont appris dans les universités européennes et américaines?
Quoi qu'il en soit, les chefs d'entreprise continuent de privilégier le diplôme de l'étranger. Les écoles privées marocaines ont bien assimilé le mécanisme, puisqu'elles axent leur publicité, à la veille des rentrées scolaires, par le parrainage d'une école européenne ou américaine leur apportant le poids de sa crédibilité.
Aux diplômés des Ecoles étrangères vont les postes de responsabilité, ceux des Ecoles marocaines se contentant généralement, quand c'est possible, des fonctions d'encadrement moyen de l'entreprise.
Les diplômés au Maroc ont sans doute perdu beaucoup d'espoir, ce qui explique à la fois leur amertume et leur volonté de se battre pour faire partie des "privilégiés" de l'emploi. Ils ont des rêves, non des titres, à revendiquer.
Et si certains s'accrochent aux valeurs traditionnelles, c'est sans doute par désappointement devant une modernité qui doit s'adapter, très vite, à l'évolution du développement industriel.

Thérèse BENJELLOUN

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