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Emploi et Carrière
Les ravages du culte du chacun pour soi
Entretien avec Marie Pezé, expert en psychopathologie

Par L'Economiste | Edition N°:3131 Le 19/10/2009 | Partager

. L’organisation du travail produit de la solitude. Trop de pression, des objectifs inatteignables,…«Je préfère me tuer plutôt que de retourner travailler». Cette phrase, Marie Pezé, psychologue et expert judiciaire en psychopathologie du travail, l’a souvent entendue dans sa consultation «Souffrance et Travail», qu’elle tient depuis 11 ans à l’hôpital de Nanterre. Elle suit près de 900 cas par an. Les suicides des cadres chez France Télécom remettent la question de la souffrance au travail au-devant de la scène. - L’Economiste: Comment peut-on détecter de la souffrance chez un salarié, celle-ci étant souvent accompagnée d’autres problèmes (d’ordre personnel...)?-Marie Pezé: Le repérage de la souffrance au travail nécessite des connaissances pluridisciplinaires et des avis croisés afin de faire la part entre facteurs endogènes liés à la structure psychique de la personne et les facteurs exogènes, liés à son organisation du travail.  - Quelles peuvent être les causes de cette souffrance?- La manière dont le travail est organisé produit de la solitude. On démembre géographiquement les différents pans de l’activité, ce qui permet d’éloigner les équipes les unes des autres. Eloignés, nous sommes moins forts, car moins solidaires, renvoyés à du chacun pour soi.  Renvoyés aussi à une solitude majeure pour exécuter le travail. A qui demander conseil? Vers qui se tourner quand l’exécution du geste de travail devient difficile? Le travail à flux tendu,  les objectifs inatteignables mettent le salarié en constante position fautive, l’utilisation des nouvelles technologies comme moyen de contrôle du rythme de travail et  comme moyen d’effacement de la frontière entre vie privée et travail, l’introduction massive de l’évaluation individuelle sous toutes ses formes (rapport d’activité, suivi d’objectif, contrôle de qualité, 360°) sont autant de techniques de management visant à chroniciser les nouvelles formes de solitude. Trente ans de chômage chronique ont fait naître la peur. Peur de perdre son emploi, peur de ne pas «tenir» dans celui qu’on a trouvé, engendrant  les postures de soumission et les conduites de domination nécessaires à l’adhésion aux idéologies organisationnelles. - La souffrance au travail peut-elle cacher une souffrance physique?- Les nouvelles formes d’organisation du travail entraînent des pathologies physiques précises portant sur des fonctions organiques précises:  la motricité avec les troubles musculosquelettiques (cadence, répétitivité et perte du contenu mental du geste en sont les principaux facteurs), la fonction cardio-vasculaire avec la mort subite au travail et les fonctions propres à la féminité avec les troubles gynécologiques de gravité croissante chez les femmes (aménorrhée, hémorragies, cancer du col, des ovaires, du sein…).- Quel est donc le système de management «idéal»?- En contrepartie de la contribution qu’il apporte à l’organisation du travail, le sujet attend une rétribution. Pas simplement un salaire, mais aussi une reconnaissance. Cette reconnaissance de la qualité du travail accompli est la réponse aux attentes subjectives dont nous sommes porteurs. Alors, les doutes, les difficultés, la fatigue s’évanouissent devant la contribution à l’œuvre collective et la place que l’on a pu se construire parmi les autres. - Les femmes sont-elles plus vulnérables que les hommes? - De par la division sexuelle du travail, les femmes sont assignées aux tâches les plus déqualifiées et n’occupent pas majoritairement les postes de conception et de décision; elles sont donc plus soumises  aux effets de la soumission à des organisations du travail mal traitantes. - Comment prévenir tout cela? La loi est-elle suffisante? - Malgré ses limites, oui, la loi garde des vertus dans ce domaine. Le coût des conséquences de la souffrance au travail pour la collectivité en termes de santé publique est tel que le législateur ne peut ne pas s’en préoccuper. Propos recueillis par Jihane KABBAJ

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