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Les cols blancs découvrent la souffrance au travail

Par L'Economiste | Edition N°:3131 Le 19/10/2009 | Partager

. Stress, harcèlement, violences psychologiques…. La législation est muette sur cette question Vous vous réveillez le matin en redoutant de revoir votre chef qui vous terrorise depuis quelques jours. Ou vous avez décidé derechef de faire un break le temps de vous en remettre. Vous subissez de la souffrance au travail. Le sujet est aujourd’hui plus que jamais au-devant de la scène avec la recrudescence des suicides en entreprise en France. Au Maroc, le phénomène reste inconnu et un brin tabou en attendant peut-être une enquête. Une analyse des cas de suicides chez les personnes actives pourrait donner un indicateur approximatif de ce phénomène», suggère Khadija Harourate, médecin du travail. Mais le suicide est la conséquence extrême de la souffrance au travail. Les humiliations quotidiennes, le harcèlement moral, la pression psychologique du chef… tous ces éléments traduisent la souffrance que peut endurer un salarié en entreprise. Une «souffrance au travail» est un mal-être, souvent engendré par un stress ou par les réorganisations ou plans sociaux et qui peut parfois aboutir au suicide. Ghita Filal, psychologue du travail chez Delta Management, explique qu’il existe plusieurs causes à la souffrance au travail: souffrance liée à un manque de reconnaissance du travail, à une stagnation et absence de perspectives d’évolution, aux conditions de travail non motivantes, à un salaire qui ne rémunère pas justement la compétence. Les symptômes liés à la souffrance au travail sont divers: il y a la forme passive qui se retourne contre l’individu, cela commence en général par un sentiment de frein, le salarié n’a plus le cœur à se préparer le matin pour aller au travail. Certains développent des maladies psychosomatiques (migraines, problèmes gastriques, troubles du sommeil, alertes cardiaques, cancers, dépressions…) et dans certains cas extrêmes cela peut déboucher sur des tentatives de suicide. «Notre société n’est pas encore directement confrontée à ce problème extrême (ou cela reste tabou)», explique Filal. Il y a aussi la souffrance active, qui représente un coût pour l’entreprise et qui s’exprime par un taux d’absentéisme considérable, un turnover important, du sabotage, des grèves, autant d’éléments de contre-productivité qu’il faut décrypter pour les pallier avant que cela ne s’aggrave…Ces victimes sont généralement usées par les multiples mutations, les changements de procédures, l’intensification des cadences, la surveillance permanente de sa hiérarchie, un management de plus en plus oppressant, sentiment de l’impossible et de l’échec probable. «Quand on n’a ni cette marge de manœuvre, ni compensations conséquentes, ni reconnaissance, alors toutes les conditions sont réunies pour souffrir», selon Ghita Filal. Généralement, la souffrance morale est reportée à un problème interpersonnel, selon Harourate. La victime est hyper médicalisée vu les signes cliniques qu’elle présente. «En plus, culturellement l’orientation vers les psy tarde énormément et est faite généralement dans des situations aiguës (crises de pleurs, troubles de comportement…)», remarque le médecin du travail. Pourtant, la souffrance mentale au travail n’est pas prise en charge en tant que telle dans le cadre de la législation relative à la réparation des maladies professionnelles. «Je crois que ce sera l’aboutissement d’un processus qui commencera par la prise de conscience de ce phénomène, l’évaluation de son étendue et de son impact. Ensuite une réglementation peut suivre», indique Harourate.Le principe de protection de la santé des travailleurs existe: le code du travail (article 24) précise que «l’employeur a l’obligation générale de prendre toutes les mesures nécessaires afin de préserver la sécurité, la santé et la dignité des salariés dans l’accomplissement des tâches qu’ils exécutent sous sa direction». L’article 40 précise que sont considérés comme fautes graves de l’employeur l’insulte grave, le harcèlement sexuel, la pratique de toute forme de violence et d’agressivité dirigée contre le salarié. «Le médecin du travail a l’obligation d’identifier dans une fiche d’entreprise les risques et maladies professionnels qui existent et de proposer des mesures de prévention», explique Harourate. Le comité de sécurité et d’hygiène (quand il existe dans l’entreprise) peut analyser avec l’aide du médecin du travail ou autres experts ce problème et présenter des actions d’améliorations à l’employeur. «Cependant, comme les manifestations de la souffrance et du stress au travail peuvent prêter à confusion avec des problèmes de santé physique: maux de dos, céphalées, troubles cardiaques ou digestifs, il faut donner aux salariés l’occasion de s’exprimer sur ce sujet», ajoute le médecin du travail. Les symptômes de la souffrance peuvent compromettre l’employabilité de la victime. «Il reste de l’appréciation du juge de faire une enquête», explique un inspecteur du travail. Il ne faut cependant pas oublier que si un employé s’absente 180 jours sur 365 continus, il est considéré comme démissionnaire et pourra être licencié, sans avoir droit aux indemnités de licenciement. Si le tribunal juge la maladie d’ordre professionnel, le salarié pourra demander à bénéficier d’une pension d’invalidité s’il a cumulé 1.080 jours de cotisation à la CNSS.


Avis d’expertKhadija Harourate, médecin du travail
Aborder la souffrance au travail nous amène à parler tout d’abord du stress au travail, d’après Khadija Harourate, médecin du travail. Le stress considéré comme piment du travail peut devenir fatal. C’est un des problèmes de santé au travail. Il est ressenti lorsqu’un déséquilibre est perçu entre ce qui est exigé de la personne et les ressources dont elle dispose pour répondre à ces exigences. Les facteurs habituellement considérés comme propices au stress d’origine professionnelle sont une absence de droit de regard sur les tâches et leur exécution, des tâches monotones et fragmentaires… Le fait d’imposer des exigences inadéquates aux travailleurs, un manque de soutien, l’existence de violences physiques ou psychologiques. Le harcèlement (aussi connu sous le nom d’intimidation, de mobbing ou de violence psychologique) est une forme de violence. Il fait référence à un comportement abusif, répété, dirigé à l’encontre d’un salarié ou d’un groupe de salariés et consistant à traiter injustement, à humilier, à fragiliser ou à menacer la personne harcelée. Le harcèlement peut se manifester sous la forme d’attaques aussi bien verbales que physiques ou par des actes plus subtils tels que des manœuvres visant à isoler la personne dans la structure sociale. Dans certains cas, les individus sont incapables de se comporter normalement dans le cadre professionnel et dans la vie de tous les jours. Le stress va se traduire par des symptômes variés: réactions émotionnelles (irritabilité, anxiété, dépression), réactions cognitives (problème de concentration et de mémoire), réactions comportementales (abus de tabac, d’alcool, voire même des tentatives de suicide), et réactions physiologiques  (maux de dos, problèmes cardiaques, hypertension). Et Harourate de rajouter: il faut noter que c’est un problème qui peut toucher toute personne car chacune a son point propre de rupture. Cependant, certaines sont mieux armées que d’autres pour répondre à des situations hostiles. D’où l’importance donnée à l’évaluation subjective de l’individu lui-même de sa propre situation.

De petits gestes feront la différence
Tout le tableau n’est pas sombre pour autant. Un certain nombre d’entreprises sont conscientes de ce problème et ont fait de la lutte contre le stress une priorité. Ces entreprises font appel à des spécialistes de la psychologie dans le monde du travail pour accompagner leur management à prévenir ce phénomène. «Les textes de lois gagneraient à traiter cet aspect», observe Ghita Filal, psychologue du travail chez Delta Management. Mais en attendant, il faut encourager la création de comités internes qui regroupent des salariés représentant chaque catégorie, afin de discuter ouvertement et sainement des problèmes vécus. Le cabinet Delta management a d’ailleurs créé un département chargé de l’écoute, au service des entreprises. «Nous constatons un intérêt croissant, reflétant une réelle volonté de certaines sociétés à œuvrer pour le bien-être moral, physique et organisationnel de leurs salariés», affirme Filal. Parfois ce sont des choses simples à instaurer, comme dire «bonjour», «merci», «c’est du beau travail», autant de paroles qui respectent l’intégrité de l’être et revalorisent son estime de soi, selon la psychologue. Il faut aussi systématiser réellement les comités d’hygiène et de sécurité. Et puis offrir à ses salariés des formations dans le domaine du développement personnel et pas uniquement dans la technique (gestion du stress, gestion des conflits, team building, communication non violente...).Jihane KABBAJ
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