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    Emploi et Carrière
    L’interview du lundi:
    L’impunité est le plus grand mal qui ronge l’administration

    Par L'Economiste | Edition N°:2865 Le 22/09/2008 | Partager

    . Il faut en finir avec les évaluations de complaisance . Au moins la moitié des budgets de formation part en fumée. Le programme de redéploiement des fonctionnaires en stand-byC’est un coup de gueule que pousse Abderrahmane Mokhtari, directeur des Ressources humaines au ministère de l’Emploi. Le talon d’Achille de la fonction publique est dit-il, l’évaluation, la discipline et la gestion de la formation. Ce diplômé de l’Université de Laval en gestion des ressources humaines sait de quoi il parle. Il estime qu’il faut crever l’abcès pour de bon.- L’Economiste: Il se dit que la fonction de DRH a été créée dans les ministères pour enjoliver les organigrammes.- Abderrahmane Mokhtari: Ceux qui pensent ainsi ne suivent pas l’évolution de la culture et du management dans l’administration publique. Il y a un foisonnement de formations, on y recrute de plus en plus d’excellents profils, et les relations entre les divers hiérarchies et métiers sont plutôt bonnes. Il s’y pratique même une gestion des ressources humaines où l’humanisme est bien plus accentué que dans le privé où la pression des objectifs est énorme et les risques de licenciement sont bien plus grands. Ce changement de culture a été favorisé par des revalorisations salariales survenues ces dernières années et par l’accès aux postes de responsabilités et de décisions de cadres fortement imprégnés de l’idée que c’est l’élément humain qui est déterminant dans l’atteinte ou non des objectifs d’une organisation.- Si vous deviez identifier des faiblesses de la gestion des ressources humaines dans l’Administration, quelles seraient-elles? - A mon avis, le talon d’Achille de la fonction publique tient à l’évaluation, la discipline et le règlement, et dans une moindre mesure, à la gestion de la formation. L’évaluation est un outil de gestion des ressources humaines d’une grande importance puisqu’elle permet d’abord de savoir, et de tirer vers le haut les indécis, ceux qui font le strict minimum et qui croient que l’administration publique est une sorte d’assistanat comme elle le fut d’ailleurs durant de longues décennies après l’indépendance. Et ces derniers sont nombreux. Bien pratiquée, l’évaluation permet aussi et surtout de récompenser les bons éléments, de les repérer pour les besoins futurs, etc.

    Revoir les textes
    Et je crois que le seul moyen de sortir de la situation actuelle est de s’asseoir avec les syndicats pour se mettre d’accord sur des packages (conventions collectives). Il y a parmi eux des gens intelligents qui savent qu’ils ont tout à gagner à jouer le jeu.Quant au manque de discipline (retard, absence, maladies, laxisme dans l’exécution d’une tâche, etc.), je crois que la seule issue serait de revoir les textes en vigueur sur les procédures de rétorsion pour enrayer ce mal qui ronge l’administration. A titre d’exemple, lorsque vous voulez vérifier si quelqu’un qui abuse des certificats de maladie est vraiment malade, vous êtes obligé de saisir le délégué provincial de la Santé du lieu de résidence de l’intéressé, et généralement, il faut deux à trois semaines pour que cela se fasse. Comment voulez-vous être efficace dans ces conditions? Autant dire que c’est mission impossible.S’agissant de la formation, les gens pensent que plus il y a de formation mieux c’est, pour améliorer les compétences des personnels et les rendre encore plus épanouis. La question qu’il faut poser est: combien parmi ceux qui suivent des séminaires s’impliquent vraiment et font l’effort intellectuel qui les mènera à plus de savoir, plus de compétences et plus d’épanouissement? Je doute fort que la proportion dépasse les 50%, et je suis optimiste. C’est comme si, sur 1 milliard de DH réservé à la formation, la moitié part en fumée. Je crois que pour mieux cerner cette problématique, il faudrait que la formation entre en ligne de compte dans l’évaluation et la promotion.- Vous n’avez pas mentionné l’absence de sanction. Les bons éléments ne sont pas toujours reconnus à leur juste valeur.- D’abord, il n’y a pas absence de sanction, fort heureusement. Ce qui manque, c’est la rigueur et la diligence imprimées aux sanctions. Comme je vous l’ai dit précédemment, le problème se situe dans le déploiement de l’évaluation. Souvent, les évaluateurs à divers niveaux hiérarchiques ne veulent pas se «mouiller», et c’est culturel. Par exemple, au ministère de l’Emploi, nous considérons au pilotage que les responsables qui donnent des 20 et des 19 ne font pas leur boulot convenablement et donc, ils sont automatiquement mal notés. Les gens doivent comprendre que la philosophie de la sanction c’est d’éviter le désordre, parce que dans le désordre il y a la perte d’énergie, l’inefficacité et des problèmes insurmontables. Dans les pays nordiques, les études ont montré que les gens respectent à merveille tous les codes (circulation, propreté, civisme…) non pas parce qu’ils sont mieux conçus que les autres peuples, mais parce qu’ils savent que lorsqu’ils sont pris en défaut, la punition s’applique avec la célérité, la diligence et la rigueur nécessaire. - Où en est le programme de redéploiement du personnel qui devrait relayer les «DVD»? Certaines administrations l’auraient saboté, semble-t-il. - Cette opération qui devait relayer les départs volontaires à la retraite est pilotée par le ministère chargé de la Modernisation des secteurs publics. L’idée est de permettre un transfert des compétences de l’axe Rabat/Casablanca vers les régions. Ce programme est en stand-by, mais vu la cherté de l’immobilier dans l’axe Rabat/Casa et les difficultés de la circulation et de la vie quotidienne, beaucoup de cadres optent pour des villes moins encombrées.- Existe-t-il une coordination entre les différents DRH des ministères ou pas? - Non, il n’y a pas de club ou de réseau DRH et c’est dommage parce que ces fonctions sont stratégiques, et ceux qui les exercent peuvent constituer une sorte d’incubateur d’idées pour faire avancer les choses. Du temps du ministre Boussaid, on nous réunissait presque mensuellement sur des dossiers d’actualité, mais le cadre ne permettait pas d’échanges interactifs qui pouvaient déboucher sur des propositions innovantes et opérationnelles. Je profite d’ailleurs de cette tribune pour lancer un appel à tous les DRH des administrations publiques pour que ce club ou ce réseau voit le jour. Le ministère de la Modernisation des secteurs publics peut initier et coordonner ce genre de commission.

    Toutes les administrations se valent?
    - L’Economiste: Comment expliquez-vous la «fracture» salariale entre le ministère des Finances et les autres départements? Y aurait-il des administrations plus «utiles» que d’autres?- Abderrahmane Mokhtari: Non, toutes les administrations sont aussi utiles les unes que les autres, mais il y en a qui sont considérées comme plus sensibles (les Finances, les Affaires étrangères, l’Intérieur et les travaux publics). Mais cette situation ne crée pas un déséquilibre uniquement en termes de salaires et revenus des fonctionnaires, elle crée aussi un déséquilibre entre départements en termes de qualité des profils et des compétences. Et sur le long terme, on va se retrouver avec des super administrations aux troupes de qualité, bien plus motivées et efficaces et d’autres administrations aux troupes moins aguerries, peu motivées et peu efficaces. Cela va déboucher, si ce n’est déjà fait, sur une administration marocaine à deux vitesses, ce qui n’est pas bon pour réaliser les chantiers du gouvernement. Par exemple, l’Education nationale est une administration stratégique. Beaucoup de pays ont réussi le décollage économique parce qu’ils ont injecté les hommes et les moyens nécessaires dans leurs systèmes éducatifs. Au Maroc, des efforts sont entrepris, mais est-ce suffisant? Je prends l’exemple de notre ministère, quand on fait un recrutement de cadres, il y a 20 ou 30% d’entre eux qui finissent par nous quitter dès la première année parce qu’ils sont pris aux Finances, à l’Intérieur, etc. En plus des départs courants de ceux qui réussissent d’une façon ou d’une autre à trouver des points de chute dans ces ministères.Pour éviter ces déséquilibres qui ne favorisent guère l’action gouvernementale dans sa globalité, il faudrait agir sur le social. Il serait utile d’unir toutes les œuvres sociales des administrations (et croyez-moi, il y a de l’argent là-dedans) sous une seule bannière et pour faire simple, œuvrer pour que chaque fonctionnaire, particulièrement à l’Education nationale, bénéficie de facilités pour un logement, pour une bonne couverture maladie, une retraite complémentaire - c’est très important - pour s’équiper, pour les vacances et pour l’aide à la scolarité pour les enfants de petits grades (fournitures, bourses, etc.). Je crois qu’une fois ce socle nécessaire assuré à tous, il serait admis et accepté qu’il y ait de petites différences de traitement salarial entre quelques ministères sensibles et les autres.Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA
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