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Emploi et Carrière
Facultés: Harcèlement, le grand chantage des profs

Par L'Economiste | Edition N°:3121 Le 05/10/2009 | Partager

. Notes, accès aux cycles supérieurs… les risques d’abus de pouvoir. Les examens, moment propice des harcèlements . Absence de loi qui sanctionne ce fléauC’EST l’un des non-dits des milieux universitaires: le harcèlement sexuel dont sont victimes les étudiantes. Des drames surviennent et donnent l’occasion de lever les tabous autour de ce fléau, très répandu dans les facs. Le dernier en date a eu pour théâtre le laboratoire de la faculté des sciences d’Ibn Zohr à Agadir. Une jeune étudiante de 27 ans a été retrouvée morte, étranglée. Le meurtrier présumé, son directeur de thèse. L’enquête menée par la police judiciaire va jeter la lumière sur les nombreux harcèlements vécus par ses autres étudiantes. Selon notre enquête, le cas de Sanaâ Haddi n’est pas isolé. «C’est une réalité: le harcèlement fait partie des formes de violence que subissent les femmes. Il est le résultat de la place qu’elles occupent dans la société, même si c’est plus écoeurant de voir ce fléau se propager dans les universités», s’indigne Khadija Riadi, présidente de l’Association marocaines des droits humains (AMDH). Dans certaines facultés, les harceleurs, enseignants et administrateurs, sont connus, sans pour autant que cela suscite la réaction des autorités de tutelle. Aucun procès, et jusqu’à présent aucune plainte n’a été répertoriée ou suivie d’une plainte devant la justice. «Nous recevons plusieurs étudiantes qui ont été victimes de harcèlement sexuel, mais celles-ci refusent de témoigner ou de porter l’affaire devant les tribunaux», affirme Fouzia Assouli, présidente de la Ligue démocratique des droits des femmes (LDDF). Sous couvert d’anonymat, les témoignages contre les propositions indécentes de certains enseignants ne manquent pas. Samira, 25 ans, a été harcelée dans le campus par un de ses professeurs: «Comme je refusais de céder, j’ai eu droit à des notes catastrophiques alors que j’étais brillante dans sa matière. Quand j’ai protesté, le professeur m’a carrément dit que si je voulais une bonne note, il faut que je sorte avec lui, voire plus». Pour se protéger, Samira a finalement changé d’établissement. A quelques différences près, les histoires se suivent et se ressemblent. Houda, refusant de céder aux caprices d’un professeur universitaire qui avait bloqué son inscription au 3e cycle, a dû aller en France afin d’y poursuivre ses études supérieures. Par ailleurs, l’absence d’un système de contrôle ou de révision des notes renforce «le pouvoir» d’enseignants peu scrupuleux. Et la période des examens, en particulier des épreuves orales, constitue le moment propice au harcèlement. Le chantage y atteint son paroxysme. Parfois, le harcèlement sexuel cède la place aux pressions morales. Des enseignants, soucieux d’augmenter les ventes de leurs livres, obligent les étudiants à acheter leurs ouvrages et de les ramener aux épreuves orales, condition sine quoi non pour passer l’examen. A la faculté de droit de Casablanca, un professeur, ancien ministre, était notoirement connu en la matière. «C’était impossible de franchir la porte sans avoir consulté ou acheté son ouvrage», témoigne une ancienne étudiante. Il faut dire que les victimes se trouvent désarmées devant un tel acte car aucune loi ne sanctionne le harcèlement. De plus, celles-ci doivent ramener la preuve d’avoir subi un harcèlement sexuel. Or, l’élément matériel est très difficile à établir dans ce genre de délit. Il faut vraiment que l’agresseur soit pris la main dans le sac.Une voie de recours est pourtant possible au sein même de l’université. Le Conseil scientifique de l’université peut en effet décider des mesures disciplinaires contre un enseignant qui «porte atteinte à l’ordre interne». L’expression est vague, mais le harcèlement sexuel peut y trouver place. «Le Conseil est habilité à convoquer l’enseignant soupçonné et à diligenter une enquête en la matière», explique Abdelhadi Moslih, secrétaire général de l’université Hassan II de Casablanca. En cas de condamnation, «les sanctions» se limitent à un avertissement, admonestation ou, au meilleur des cas, une ponction sur les jours de travail. «La sanction» doit être validée par le ministre de tutelle. «Ce n’est pas suffisant. En l’absence d’un mécanisme de suivi au niveau des académies, la procédure ne servira à rien», s’insurge Fouzia Assouli. Pour la présidente de l’AMDH, «il est temps de s’aligner sur ce qui se passe un peu partout dans le monde où on condamne le harcèlement sexuel comme étant un délit, afin de rendre justice aux femmes. Autrement, le drame de la faculté d’Agadir risque de se reproduire».


Une loi en suspens

AU Maroc, il n’existe pas de loi qui sanctionne le harcèlement. La loi ne s’appliquerait qu’en cas extrême comme le viol ou l’agression physique. Depuis quelques années déjà, le harcèlement sexuel sur le lieu de travail est puni, selon l’article 503-1 du code pénal, d’une à deux années de prison et une amende de 5.000 DH. Dans le code du travail, il est considéré comme une faute grave pouvant mener au licenciement. À l’université, la situation serait tout aussi alarmante, d’après plusieurs militants associatifs qui déplorent l’absence de loi régissant les relations professeurs-étudiants. «Nous avons mené une grande campagne pour sensibiliser les partis politiques lors des dernières législatives. Mais une fois arrivés dans l’hémicycle, ces derniers oublient d’entreprendre des actions dans ce sens», déplore la présidente de la LDDF. Il y a deux ans, un projet de loi-cadre qui régit toutes les formes de violence à l’égard des femmes, harcèlement sexuel compris, a été largement débattu sans qu’il ne soit mis dans le circuit législatif.Tarik HARI

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