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Emploi & carrière
Secrétaire médicale: Plusieurs casquettes, zéro reconnaissance

Par L'Economiste | Edition N°:1676 Le 05/01/2004 | Partager

. Les salaires ne volent pas haut. Pourtant la charge de travail peut être très lourde . Le plus dur, gérer les sautes d'humeur des patients Najat, 34 ans, assistante médicale, travaille pour un cabinet depuis douze ans. Lorsqu'elle était petite, elle rêvait de devenir médecin. Plus tard, ayant échoué au bac, elle a dû abandonner l'idée. Toutefois, elle a tenu à avoir un métier lié au domaine médical, qu'elle affectionne tout particulièrement. Mais ce n'est pas réellement la joie. Il faut être au four et au moulin. Elle est à la fois standardiste, secrétaire, hôtesse d'accueil et caissière. Najat répond au téléphone, organise les rendez-vous du médecin, remplit les fiches des nouveaux clients et les classe. Elle tient aussi la caisse. Attention donc aux erreurs et aux risques de vol! Souvent, l'assistante s'improvise aussi infirmière. C'est le cas de Fatema(1), qui assiste un médecin généraliste dans un quartier populaire et qui se charge elle-même de toutes les injections. Avec l'expérience, elle est devenue spécialiste. “Il ne me manque que le diplôme”, dit-elle en plaisantant. L'assistante a une grande responsabilité: c'est elle qui ouvre le cabinet le matin et le referme le soir (elle s'occupe parfois aussi du ménage). Le médecin doit donc lui faire entièrement confiance, ce qui est source de fierté et de motivation. Cela implique des horaires de travail très contraignants. L'assistante travaille en moyenne huit heures par jour, mais il lui arrive souvent de tarder le soir, lorsque les derniers clients sont en retard ou quand il y a urgence. Dans certains cabinets, elles sont deux (ou même plus) à se partager le travail, ce qui leur facilite la tâche. Chez les dentistes par exemple, la charge de travail est grande. Saïda et Amale avouent que la journée est exténuante, sans parler du mois de Ramadan où elles travaillent même après la rupture du jeûne, jusqu'à minuit parfois. A tour de rôle, elles rentrent en salle de soins, s'occupent du standard et de l'accueil. “Il nous arrive de rester debout pendant des heures”, se plaint Saïda, qui avoue préférer rester au standard et à l'accueil. “Après quatre ans, je n'en peux plus de supporter les odeurs désagréables de la salle de soins. Même avec un masque, ces odeurs persistent. Je m'y sens étouffée”. Dès qu'elles arrivent le matin et après le passage de chaque patient, Saïda et Amale nettoient à tour de rôle tous les instruments et les passent au stérilisateur. Karima, elle, aime beaucoup son métier, et ça se voit. Elle a même une carte de visite. Elle accueille les gens avec le sourire, discute avec eux pour les réconforter. “Des fois, je reçois des personnes qui dépriment. En attendant que le médecin les voie, j'essaye de les calmer et de les aider comme je peux”. Pourtant, être assistante médicale, ce n'est pas du gâteau. Il faut gérer les rendez-vous, raisonner les personnes qui veulent venir à des heures impossibles. Lorsque le médecin arrive en retard, il faut faire patienter les clients et surtout avoir quelque chose à leur dire. “Nous devons rester constamment conciliantes, gentilles et souriantes pour calmer les impatients, les agressifs et les nerveux”, souligne Najat. Les assistantes subissent parfois aussi la colère de leur employeur et même quand elles n'y sont pour rien. Les raisons peuvent être multiples mais quand le client vient en retard, l'engueulade est dure à encaisser. Heureusement qu'il y a les congés pour décompresser. Et encore! Ce n'est pas un droit qui leur est systématiquement accordé. Certaines doivent s'en passer. D'autres partent un mois en même temps que leur patron. D'autres encore sont priées de trouver une remplaçante et de la former avant de prendre leur congé annuel. Quand elles sont deux ou plusieurs dans un même cabinet, elles n'ont pas de soucis à ce niveau là. Elles partent à tour de rôle.


Dénicher la perle rare

Trouver la bonne assistante n'est pas une mince affaire. Des médecins en font défiler plusieurs avant de tomber sur celle qui fera leur bonheur et encore. Le plus important est de trouver une personne responsable et digne de confiance, qui sache retenir les clients par un comportement agréable. Quand ils dénichent la personne qui leur convient, les médecins font tout pour la garder. Sens du contact, esprit d'organisation, disponibilité et sérieux: voilà ce qu'ils veulent. Certains n'hésitent pas, par personnes interposées, à débaucher celles de leurs collègues. Des assistantes qui ne trouvent pas leur compte, claquent la porte et vont chercher ailleurs sans état d'âme. Des médecins se plaignent même d'un turn-over élevé qui n'est pas pour arranger la bonne marche de leur cabinet. Pourquoi ne voient-ils pas aussi du côté des hommes?


Sur le tas

La plupart des assistantes que nous avons interrogées n'ont pas le bac. L'une d'entre elles est même analphabète et a derrière elle une longue expérience. Aujourd'hui, il est impensable qu'un médecin recrute une assistante qui sache à peine lire et écrire. En général, les recrutements se font à travers les réseaux de connaissances et le bouche-à-oreille. Et les entretiens ne sont pas systématiques. Les assistantes démarrent par un stage qui dure en moyenne un mois. Si elles donnent satisfaction, elles sont alors retenues. Dans d'autres cabinets, des assistantes justifient parfois d'un bac+2 et même d'une licence. Après des mois, voire des années au chômage, elles se résignent à faire ce qu'elles trouvent. Najat, niveau bac, a suivi une formation de secrétariat médical pendant deux ans dans un institut de l'OFPPT (Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail). “Nous avions 13 matières et c'était intéressant”, se remémore-t-elle.Forte de ce bagage et de ces années d'expérience, elle espère devenir sage-femme ou infirmière, dans une clinique ou un hôpital. Malheureusement, elle n'a pas les moyens de financer une nouvelle formation. Alors, elle prend son mal en patience, en attendant des horizons meilleurs. Les autres que nous avons interrogées ne se projettent même pas dans l'avenir.


Même pas le smig

Le salaire, c'est une question taboue, et chez les assistantes médicales un peu plus. Elles ont honte de dire qu'elles ne touchent même pas le smig. Seules Amale et Saïda, qui travaillant toutes deux dans le même cabinet dentaire, ont bien voulu nous donner une idée: Leur revenu mensuel net tourne autour de 1.200 DH et l'une d'entre elles a déjà quatre années d'ancienneté! “Le médecin refuse de nous augmenter. Cela ne peut pas continuer comme ça d'autant plus que nous habitons loin et que les frais de transport sont élevés”, affirme Amale, excédée. A la première occasion, elle n'hésitera pas à changer d'employeur. Fatema, analphabète, la cinquantaine, travaille depuis plus de trente ans chez le même médecin. Son salaire n'excède pas 1.000 DH par mois mais elle semble s'en contenter.Les augmentations se font au compte-gouttes. Heureusement qu'il y a les pourboires pour arrondir les fins de mois. Saïda et Amale avouent empocher chacune environ 800 DH par mois. Fatema atteint elle, les 1.000 DH. Des avantages sociaux? L'écrasante majorité n'est même pas déclarée à la CNSS. D'assurance-maladie, n'en parlons pas. En tout cas, aucune de celles que nous avons interrogées n'en a. Toutefois, Najat bénéficie de tarifs réduits dans une polyclinique, tandis que Karima a une liste de médecins spécialistes chez qui elle peut consulter gratuitement. Pour elles, c'est déjà ça de gagné, sans compter les échantillons de médicaments qu'elles obtiennent auprès du médecin pour elles et leurs familles. Et puis, elles peuvent toujours suivre les conseils de santé que leur prodiguent leur patron. C'est le cas de Fatema, qui a réussi à perdre une trentaine de kilos. Nadia BELKHAYAT(1) Tous les prénoms ont été modifiés.

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