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    Emploi & carrière
    Photographe freelance

    Par L'Economiste | Edition N°:1686 Le 19/01/2004 | Partager

    . A ses débuts, il faut accepter de perdre de l'argent. Pour percer, le réseau est déterminant. Zoom sur le métier de photographe de plateau et de modeSi vous envisagez d'embrasser une carrière de photographe freelance, il faut y regarder par deux fois avant de vous jeter à l'eau. Ce n'est pas le métier où l'on se fait des millions. Mais pour ceux qui ont la fibre artistique, c'est beaucoup plus qu'un simple gagne-pain, une passion. L'amour de la photographie est un virus qui s'attrape dès l'enfance, s'accordent à dire les photographes interrogés par L'Economiste. De toutes les façons, que l'on soit photographe par vocation, formation ou pure coïncidence, rien ne vaut l'expérience sur le terrain.La photographie est un métier multiple, qui se décline en plusieurs spécialités: du photographe presse, de mode, de nature, de plateau… au simple amateur (fêtes, mariages, portraits…). Le bon photographe doit savoir jongler avec toutes ces catégories, mais la tendance aujourd'hui est à la spécialisation. Pour exceller, il faut donc se spécialiser sur un créneau.Saïd, 27 ans, a choisi une spécialité peu connue au Maroc: photographe de plateau. Il travaille sur les tournages de films. Sa mission consiste à prendre en photo les acteurs, le réalisateur, l'équipe technique… En somme, il essaye de saisir l'ambiance sur le plateau de tournage. L'angle de prise des photos est varié. Il peut être le même que celui de la caméra ou différent. “Les gens pensent qu'il suffit d'avoir un appareil pour être photographe. C'est pour cela que j'ai opté pour une spécialité qui n'est pas à la portée de tout le monde”, explique Saïd. Le photographe lit auparavant le scénario pour éviter de déranger le réalisateur à chaque prise de vue. “Je dois vivre l'histoire du film”, précise-t-il. C'est un métier difficile dans la mesure où le photographe doit se faire le plus discret possible. Les déclics et le flash risquent de gêner le tournage. D'où la nécessité de posséder un matériel adéquat (et coûteux) qui permet de travailler sans flash. Le photographe de plateau est censé travailler en étroite collaboration avec le cameraman. L'idéal est de parvenir à prendre les photos au moment du tournage, sinon le photographe demandera aux acteurs de rejouer la scène pour lui. A quoi servent ces photos? “C'est surtout pour les besoins de la communication autour du film (conférences de presse, avant-premières, affiches…) et pour garder des traces du tournage avec les archives du film”, explique Saïd.Pour les productions étrangères, le photographe de plateau n'est pas un luxe. “Malheureusement, ce n'est pas encore le cas chez nous”, déplore-t-il. Les productions nationales ne prévoient pas ce genre de budget. “Et si photographe de plateau il y a, il est souvent mal payé ou pas du tout”. Les occasions pour exercer le métier sont donc rares, d'autant plus que les grandes productions qui tournent au Maroc ramènent à tous les coups leurs propres photographes. Parcours du combattantDiplôme de maintenance industrielle en poche, Saïd était bien parti pour une carrière dans le secteur de l'électricité. Mais, un crédit jeune promoteur pour monter un projet de laboratoire photo avec ses cousins changera le cours des choses. “Nous sommes une famille de photographes”, se plaît-il à dire. Son oncle et ses cousins s'y sont mis avant lui. “Il y avait des exemples de photographes autour de moi, ce qui m'a encouragé à me lancer”. Il a aussi des cousins dans la publicité. “Ça m'aide énormément pour étoffer mon réseau”. En effet, dans ce métier le relationnel et le bouche-à-oreille sont décisifs. “En créant le laboratoire, nous avons commencé à nous former nous-mêmes et à nous documenter pour perfectionner nos techniques…”. Saïd et ses cousins aménagent aussi un petit studio à domicile afin d'y procéder à des tests. Motivé, Saïd travaille pendant un an et demi au labo avant de se rendre compte qu'il n'évoluait pas. C'est alors que l'occasion se présente pour un voyage à Dubaï. Il la saisit. Une fois sur place, il s'aperçoit vite que le niveau des professionnels est nettement meilleur que le sien. Il essaye pendant deux mois de décrocher un job sans succès, car tout le monde exige références et book photos. De guerre lasse, il rentre au pays, décidé à se perfectionner davantage. Les formations spécialisées faisant cruellement défaut, il entame des cours de photographie par correspondance et des stages chez Komaroc (Kodak). Mais à ses yeux, c'est loin d'être suffisant. Parallèlement, il entreprend des voyages et randonnées à travers le Maroc (Haut et Moyen Atlas, Sahara…) pour prendre des photos de paysages, personnes, animaux… C'est ainsi, dit-il, qu'il a pu améliorer ses compétences. “Pour moi, la photographie est un don plus qu'une formation. Mais, la pratique, c'est primordial”.Un an plus tard, il repart à Dubaï avec ses clichés. Cette fois-ci, il aura plus de chance. Il assiste des photographes de plateau et arrive à nouer quelques contacts avec la presse locale. Au bout de six mois, il rentre définitivement au Maroc après avoir décroché un poste de photo-reporter pour une revue généraliste du Golfe. “Avec mon salaire de photo-journaliste, je suis plus à l'aise. Je peux me perfectionner et acquérir le matériel, qui est plutôt cher”. A côté de son travail au labo, il exerce donc en tant que correspondant de la revue arabe et photographe de plateau. Il effectue des reportages, des pubs et travaille aussi de temps en temps pour des films documentaires étrangers. Pourtant, il arrive à peine à joindre les deux bouts. “Je commence souvent le mois à zéro”. L'investissement dans le matériel et les techniques est énorme. Pour réussir quelques photos, il faut user des dizaines de pellicules. “Plus de 80% de la qualité d'une photo dépend du matériel”, assure Omar. “Il faut du temps avant de commencer à gagner de l'argent dans ce métier”. Pour exercer en tant que photographe de plateau, il faut l'équivalent de 200.000 DH pour un bon matériel. Sinon, un minimum de 100.000 DH est nécessaire pour les équipements de base (2 ou 3 appareils photos, optiques, diapos, négatifs, développement…). Sans compter les déplacements qui sont fréquents. “Les gens ne sont pas conscients de cet investissement. Au début de ma carrière, il m'est arrivé de travailler juste pour couvrir mes frais et parfois même à perte pour me faire une réputation”. Pour son premier film, il payera de sa poche. Pour le second, il a dû casquer la différence pour utiliser du bon matériel, sinon “le résultat allait être de mauvaise qualité”. Rien ne l'arrête, même pas la concurrence des amateurs ni celle du numérique. Le rêve pour Saïd est de se faire engager en tant qu'assistant d'un photographe professionnel sur le plateau de films étrangers. En attendant, il fonde de grands espoirs sur le centre des métiers du cinéma, qui ouvrira ses portes en février à Ouarzazate. Il compte d'ailleurs suspendre ses activités pendant deux ans pour s'y inscrire.


    Le book photo avant les diplômes

    Les débuts dans le métier sont durs. Le photographe freelance est seul pour tout faire: comptabilité, commercialisation, recherche des clients et bien sûr réalisation des photos. Donc beaucoup de travail et une grande organisation. Exigeant certes, mais très gratifiant, le métier de photographe est fait pour vous si vous avez ces qualités: sérieux, imagination, patience, précision et persévérance. On devient souvent photographe en faisant des photos. Les professionnels le disent: on leur demande d'abord leur book, c'est-à-dire le recueil de leurs clichés, et rarement leurs CV ou diplômes. A l'étranger, la tendance, aujourd'hui, est au regroupement des photographes. Une façon de ne pas être seul sans toutefois rentrer dans les grandes agences. Ces dernières se font actuellement racheter par des groupes qui leur appliquent des règles de rentabilité draconiennes.


    Kenza sur la niche de la mode

    Kenza Bendaoud a un parcours différent, mais comme Saïd elle a toujours rêvé de faire ce métier. Après son bac (sciences et technologies tertiaires) en 1999, elle décide de faire une école de photographie. Au bout d'une année d'investigation, elle s'inscrit à Toulouse. “Au Maroc, il n'existe pas de formation spécialisée dans ce domaine”, dit-elle. Mais, des études de photographie sont loin d'être à la portée de tout le monde. Dans l'institut qu'a choisi Kenza, elles coûtent la bagatelle de 100.000 DH/an. En contrepartie, les étudiants utilisent du matériel dernier cri et sont initiés à tous les types de photos: mode, illustrations, paysage, portraits… “Ce n'est que sur le marché du travail qu'on se spécialise”, affirme Kenza. Elle effectue son stage auprès d'un photographe de mode à Paris et c'est là qu'elle prend conscience de sa véritable vocation. De retour au Maroc en 2002, Kenza commence à faire surtout des photos people pour les magazines, les émissions télé, défilés, portraits… “En tant que femme, il est dur de s'imposer dans ce milieu. Les gens pensent que je l'exerce juste le temps de me marier”. Etre photographe professionnel n'est pas bien vu dans notre société bien que ce métier nécessite un lourd investissement (en formation, matériel, frais… ), déplore-t-elle. “Je commence tout de même à me faire une petite réputation. Dans ce milieu, le relationnel compte beaucoup”. Autre inconvénient, les honoraires ne sont pas réglementés. “Il m'est arrivé de travailler à perte surtout à mes débuts. Au départ, j'ai essayé d'appliquer les tarifs en vigueur en France, mais les gens me prenaient pour une malade”. Lors des grandes manifestations, il faut galérer pour décrocher les accréditations quand on n'a pas la carte de presse, ajoute-t-elle. “Pour couvrir un événement, mes dépenses varient en moyenne entre 2.000 et 2.500 DH. Des honoraires autour de 6.000 DH pour une prestation me paraissent donc raisonnables”. Il faut évidemment exercer des boulots alimentaires à côté de son travail artistique. Il y a notamment une grande demande pour les photos d'enfants, les portraits, les fêtes… Mais les problèmes de recouvrement sont fréquents. “J'exige généralement la moitié des sous au départ et le reste au moment de fournir le travail”. Kenza possède une grande partie du matériel nécessaire et compte acquérir le reste petit à petit en fonction de ses besoins et sa spécialisation. Son rêve est de bosser avec les plus grands photographes de mode au monde et d'avoir son propre studio. Aziza EL AFFAS

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