×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

    Dossiers

    Emploi & Carrière
    «L'architecte n’est pas un peintre devant sa toile«
    Entretien avec Abdelilah Mseffer, architecte

    Par L'Economiste | Edition N°:1987 Le 28/03/2005 | Partager

    . “Les gens sont demandeurs de l’architecture de spectacle”Les architectes tiendront leur congrès national le 15 avril prochain. Mseffer nous livre sa propre analyse sur les contraintes du métier. Il estime que le manque d’harmonie dans nos villes est la conséquence de l’inculture des gens. Expert international, Abdelilah Mseffer est aussi conseiller auprès de la présidence du Collège international des experts architectes. Avant de se lancer au Maroc, il a exercé pendant quelques années en France où il avait obtenu son diplôme.- L’Economiste : Jusqu’à quelle mesure les architectes sont-ils responsables de nos villes?- Abdelilah Mseffer: C’est certain que les œuvres qui composent nos villes sont l’œuvre d’architectes. Mais l’évolution de la ville et ses structures font appel à d’autres disciplines. La composition de la ville obéit à des contraintes sociologiques et parfois sécuritaires qui déterminent son visage. L’œuvre bâtie, lié à l’architecte, est souvent influencée par la commande du maître d’ouvrage. Ce qui nous éloigne un peu de la noblesse de la mission d’architecte installé dans sa tour d’ivoire. - Comment expliquez-vous l’absence d’harmonie dans l’architecture de nos villes?- J’ai été très étonné par un visiteur étranger qui a qualifié cette multiplicité de style de fraîcheur. C’est l’inculture des gens qui donne ces diverses représentations. Ils puisent dans des revues d’autres cultures ou dans leurs fantasmes. Nous sommes loin de la démarche première de l’architecte qui devrait partir d’un programme et d’un environnement. On essaye de reproduire telle corniche ou tel fronton. Les gens sont demandeurs de cette diversité et de cette architecture de spectacle. - L’aspect lucratif semble l’emporter sur la créativité et l’innovation dans votre métier. Qu’en pensez-vous? - Je vais vous raconter une histoire. Il y a quelques années quand quelqu’un voulait décrire une maison, il disait: j’ai vu une maison avec un balcon avec des bougainvilliers. Aujourd’hui, il vous dira qu’il a vu une demeure qui, au bas mot, fait 20 millions de dirhams. C’est là toute la différence. Malheureusement ce côté lucratif conditionne beaucoup le comportement en général. Ce n’est pas par hasard si les architectes se laissent tenter par l’aspect commercial de leur activité. Il existe aussi un rapport à la commande qui n’est pas toujours évident. La répartition ne se fait pas correctement, et certains confrères sont obligés de prendre toutes les propositions qu’on leur présente pour avoir l’affaire. - On a le sentiment que l’habitat social est le parent pauvre de l’architecture- Nous sommes dans la même situation qu’a connue la France après la guerre. Il est urgent de loger le plus grand monde. Ce qui donne des banlieues et des ghettos avec leur lot de problèmes urbains. On peut rêver de grands projets architecturaux dans le monde de l’habitat social, ce n’est pas impossible. Il y a eu des tentatives de quelques confrères et des projets ont été primés. On y arrivera, une fois que l’on ne ressentira plus les pressions dues à l’urgence et aux échéances politiques. - Comment évolue votre activité par rapport à la réglementation ? - Attention! ce sont des schémas primaires qui disent que la réglementation nous pénalise. Elle fait partie des donnés du programme: un budget, une surface, un organigramme à respecter et un environnement à prendre en compte et aussi une réglementation. L’architecte n’est pas le peintre devant sa toile. C’est sûr qu’il est à mi-chemin entre la liberté de créer pure et les contingences d’un programme. - Que pensez-vous de l’affaire de l’hôtel Lincoln à Casablanca ? - A un certain moment, j’occupais des responsabilités au sein du corps des experts architectes. Quand j’ai été sur place j’ai pu voir le problème de près. Ma conviction est que le problème n’est pas compliqué. C’est un promoteur qui essaye de rentabiliser son investissement. Il se trouve que la façade de l’immeuble est une petite merveille dans ce style d’architecture. Ce n’est pas impossible de garder la façade et de construire. Pour le promoteur, ces hauteurs d’étages anciennes ne sont plus rentables.A la place de trois étages, on construit quatre aujourd’hui. Le promoteur n’a pas tenté cette opération laissant le bâtiment se dégrader. Un incendie dans la partie basse de la galerie a failli nuire à la stabilité de l’édifice. Des parties de l’escalier avaient été saccagées. Notre devoir était d’établir un constat. Le bâtiment était déclaré sain dans sa structure à cette époque, sans menace de ruine. Je pense qu’avec un peu d’ingéniosité, il est possible de réaliser un projet avec la ville qui préserve et l’intérêt du promoteur et la façade du bâtiment.


    Le plus créatif

    - L’Economiste: Pourquoi les architectes ont tendance à travailler en solo et non en réseau?- Abdelilah Mseffer: Tout d’abord, concernant le problème des cabinets étrangers qui frappent à notre porte, je voudrais lever une ambiguïté. Nous n’avons pas peur de ces cabinets. Nous sommes quelques-uns à avoir été sollicités pour des interventions à l’étranger: Algérie, Sénégal, Gabon et même pour une expertise au Bengladesh par des multinationales qui pouvaient prendre des architectes étrangers. Il ne faut pas craindre la concurrence étrangère puisqu’il existe des compétences au Maroc. Nous n’avons pas à avoir de complexe. Il est vrai que pour de grands projets, il faut des entités structurées parce qu’ils nécessitent une autre démarche. Mais quand on parle de création, on pense tout de suite à une individualité. Le plus créatif est personnel. C’est très personnel. Il est difficile d’imaginer une œuvre à partager à plusieurs. Propos recueillis par Khadija MASMOUDI

    • SUIVEZ-NOUS:

    1. CONTACT

      +212 522 95 36 00
      [email protected]
      [email protected]
      [email protected]
      [email protected]
      [email protected]

      70, Bd Al Massira Khadra
      Casablanca, Maroc

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc