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Emigration: le noeud des rapports euro-maghrébins

Par L'Economiste | Edition N°:39 Le 23/07/1992 | Partager

Abdelkrim BELGUENDOUZ, Professeur de sciences économiques à l'Université Mohammed V, Rabat

Ils sont des millions de Maghrébins installés en Europe. L'importance humaine et économique de cette population conduit les pays d'origine à poser ses problèmes, les négocier avec les pays d'accueil. Deux issues sont envisagées: l'ouverture et donc la convivialité des deux rives de la Méditerranée. La fermeture et donc l'affrontement. La montée de deux extrémismes, de part et d'autre, complique le contentieux de l'émigration.

Les mouvements migratoires entre le Sud et le Nord de la Méditerranée sont de nos jours au coeur du dialogue-conflit-euro-maghrébin. Ils constituent le principal contentieux dans les relations euro-maghrébines, un problème central, une question nodale et la dimension essentielle de la problématique des relations futures entre les deux rives. Cette question de l'émigration/immigration est révélatrice d'un certain état des rapports Nord-Sud. Parler des mouvements migratoires constitue une grille de lecture des éléments principaux de ces relations qui sont l'expression d'un déséquilibre généralisé entre deux espaces de production et d'échange, déséquilibre qui s'aggrave de jour en jour sur les plans économique et social.

Approche globale

S'agissant par exemple des relations entre l'Union du Maghreb Arabe (U.M.A) et la Communauté Economique Européenne (C.E.E), de nombreuses questions liées entre elles renvoient à ce problème clé et très sensible: préservation des droits acquis des Maghrébins en Europe, statut futur des travailleurs maghrébins et de leurs familles à l'horizon 1993, la lutte contre l'émigration/immigration clandestine, le statut personnel à appliquer aux Maghrébins en Europe, le visa et les conditions d'admission au sein de la Communauté, les modalités d'insertion ou d'intégration des Maghrébins en Europe, la question identitaire, les rapports des émigrés avec les pays d'origine, la double allégeance, le nouveau partenariat économique et politique et plus globalement la nouvelle approche de la coopération du développement, le traitement de la dette, la reconsidé-ration des programmes d'ajustement structurels imposés par le F.M.I, la construction du Maghreb...

Des réponses fournies aux interrogations que suscitent l'émigration/immigration et de l'articulation de ces réponses, dépend pour une large part l'avenir entre les deux rives, soit en terme de coopération, d'ouverture, de dialogue, de concertation et de convivialité, ou bien au contraire en terme d'affrontement, d'incompré-hension, de conflit et de fermeture. Dans cette perspective, il s'agit d'un thème désormais incontournable dans le dialogue régional.
C'est que les enjeux humains des relations euro-maghrébines sont des enjeux très importants et multiples à la dimension des diverses facettes du problème.
La problématique migratoire est en effet multidimensionnelle. Il y a non seulement les aspects économiques et financiers, mais il y a aussi les aspects sociaux, démographiques, juridiques, politiques, culturels, religieux, civilisationnels, stratégiques qui nécessitent une approche globale.

Le thème est très sensible, chaud, voire même brûlant et explosif. Pourtant, il convient de l'appréhender des deux rives de la Méditerranée avec sérénité, ouverture d'esprit et tolérance, pour que l'on ne débouche pas sur une nouvelle fracture entre les deux rives de la Méditerranée. Il s'agit avant tout d'un problème humain même si l'aspect politique et passionnel a de plus en plus tendance à l'emporter.

Pourquoi cette dérive ?

La réponse proviendrait du fait que les incidences multiples et les effets cumulés de cette question structurelle sur les sociétés et les économies aussi bien des pays d'accueil que des pays d'origine suscitent à leur niveau des discussions passionnées loin de tout climat de sérénité.
Le débat est d'autant plus émotionnel qu'il y a apparition d'un double mouvement d'extrémisme. D'un côté un mouvement au Sud qui s'oppose radicalement à tout ce qui est occidental ou s'en rapproche, d'un autre côté, il y a des idéologies d'exclusion qui se développent sur la rive Nord, idéologies basées sur la fermeture, l'incompréhension, le chauvinisme et une certaine forme d'Européo-centrisme, idéologies dirigées essentiellement contre le Sud et les gens du Sud même si ces derniers travaillent au Nord à la prospérité et au bien-être des gens du Nord.
Alors qu'en est-il actuellement de la question migratoire entre la rive Sud et la rive Nord de la Méditerranée?

Vision mercantile

Dans le cadre des rapports entre le Maghreb et la C.E.E les aspects humains qui constituent un problème très sensible, épineux et probablement le principal contentieux, continuent de manière paradoxale à être marginalisés, voire même occultés. Les relations entre les pays de l'U.M.A et les pays de la C.E.E, ont été cantonnées jusqu'ici aux aspects commerciaux et financiers dans le cadre d'accords d'opérations et non pas de coopération véritable.
Le volet social des accords de 1976 pourtant réduit lui même à peu de choses a été totalement escamoté au niveau de l'application.

La vision mercantile, commerciale, utilitaire, financière a dominé jusqu'ici, reléguant à l'arrière plan la dimension sociale en considérant celle-ci comme secondaire. Dans son avis sur la Politique Méditerranéenne de la C.E.E, et s'agissant des garanties contre la discrimination dans les conditions de travail, la rémunération et la sécurité sociale des travailleurs migrants des pays tiers, le Comité Economique et Social des Communautés Européennes; dans un avis du 12 juillet 1989, a été lui même très critique.
En effet, il "déplore à nouveau le fait que la Communauté, 16 ans après l'entrée en vigueur du protocole additionnel à l'accord d'association avec la Turquie et 12 ans après l'accord de coopération avec les pays du Maghreb, n'ait pas encore mis en application les garanties contre la discrimination prévue par ces accords".
A la faveur des discussions sur le nouveau partenariat économique et politique proposé par la C.E.E, aux pays du Maghreb et en premier lieu au Maroc, les choses vont-elles changer fondamentalement?
L'avenir dira dans quel sens la question aura concrètement évolué. Pour l'instant et en attendant les résultats de la "rencontre sectorielle" Maroc-CEE qui a lieu à Bruxelles les 14 et 15 Juillet 1992, on retiendra une déclaration de principe du Conseil Européen de Lisbonne du 27 Juin 1992 sur les relations euro-maghré-bines dans laquelle, les responsables européens ont estimé que dans le domaine social, "il faudra se pencher d'une façon prioritaire sur les problèmes posés de part et d'autre de la Méditerranée par:
- les migrations et les conditions de vie et de travail des communautés migrantes;
- les déséquilibres démographiques ainsi que les disparités économiques et sociales qui y sont liées".

Propositions d'action

Pour notre part, nous souhaiterions que la démarche qui sera suivie s'orientera dans les directions suivantes:
1- Le Maghreb et l'Europe doivent coordonner les efforts pour dégager les lignes de convergence sur le dossier de l'émigration/immigration afin d'en faire un facteur de rapprochement, d'ouverture, de dialogue, de convivialité et un potentiel au service de la coopération et non pas un facteur d'affrontement, d'incompréhension, de conflit ou de fermeture.
2- Concrétiser ce dialogue par la conclusion d'une charte migratoire entre le Maghreb et l'Europe tel que cela a été avancé de manière collective par les pays de l'U.M.A.
3- Faire de cet accord cadre une concrétisation des rapports possibles de co-développement et de partenariat dont les termes doivent être approfondis entre les Maghrébins et les Européens, afin que les relations euro-maghrébines ne restent pas limitées à leur aspect matériel, mais soient élargies au facteur humain en particulier, dans le cadre d'un partenariat plus vaste et plus global.
Pour le moment, il s'agit d'abord de maintenir les droits acquis des Maghrébins en Europe, et d'éviter, en attendant la construction du marché unique, une détérioration plus poussée de leurs conditions.
Il s'agit également de faire en sorte que les immigrés non communautaires et parmi eux les Maghrébins, soient inclus dans le processus d'harmonisation des législations sociales européennes.
Cette inclusion répond d'abord à la reconnaissance du rôle de l'émigration au passé et au présent.
Elle éviterait ensuite les discriminations qui ne manqueraient pas de surgir dans une Europe aux législations migratoires parallèles pour commu-nautaires et non communautaires ou "extra terrestres".
Cette inclusion des non com-munautaires maghrébins renverra à l'Europe des Droits de l'Homme qui constitue le crédo des Européens.
Si selon le document remis par M. Matutes commissaire européen sur l'avenir des relations entre la communauté et les pays du Maghreb, discuté par les Ministres des Affaires Etrangères des Douze le 11 Mai 1992 et auquel le Conseil Européen a largement fait écho dans sa déclaration de Lisbonne du 27 Juin 1992, le respect des Droits de l'Homme au Maghreb constitue la clé du nouveau partenariat entre la C.E.E, et le Maghreb, il faut rappeler que la question des Droits de l'Homme est indivisible, et que l'Europe se doit d'appliquer ces droits par rapport aux Maghrébins établis sur son espace.

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