×
  • L'Editorial
  • Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2020 Prix de L'Economiste 2019 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Effet réel ou effet psychologique? : Sécheresse: L'impact de l'agriculture sur l'industrie

    Par L'Economiste | Edition N°:164 Le 26/01/1995 | Partager

    Toutes les conversations se focalisent sur la sécheresse et ses effets désastreux sur l'ensemble de l'économie, mais la réalité est plus nuancée: il y a des effets désastreux, mais pas partout et pas pour tout le monde.

    Sur une longue période, quatorze ans, la comparaison entre les comportements des grands secteurs ne permet pas de mettre en évidence la relation directe entre les résultats agricoles et les résultats des autres secteurs. Les courbes telles que dressées ci-contre et ci-dessous ont des profils éloquents à cet égard.

    L'influence de la production agricole sur l'activité industrielle n'est pas très importante. Il faudra en déduire que les facteurs déterminants sont autres: compétitivité, importance du tissu industriel, marchés extérieurs... En revanche, le commerce suit davantage les trends agricoles et le BTP bien que cela ne soit pas très visible sur le graphique.

    Statistiquement, la pondération de l'agriculture dans le PIB (Produit Intérieur Brut) n'a pas beaucoup évolué depuis 1982. A cette date, elle était de 15,3% dans la formation du PIB. En 1992, elle se situait à 14,8%. Notons que, parallèlement, la population rurale a diminué fortement: de 55,4% en 1982, date du recensement, elle ne représente plus que 50,2% en 1992, d'après les estimations de la Direction de la Statistique en attendant les résultats du recensement de l'automne 1994.

    Pas d'effet d'entraînement

    L'analyse des résultats agricoles vis-à-vis de la sécheresse doit être, elle aussi, pondérée. En effet, lorsque la pluviométrie est déficiente, les produits agricoles ne sont pas tous affectés de la même manière. Se dérobent aux aléas climatiques toutes les cultures irriguées dont la betterave à sucre, les agrumes et les fruits et légumes. Ce sont, par ailleurs, des produits destinés à l'export ou à forte valeur ajoutée. C'est ainsi qu'en 1993, alors que la production céréalière s'était effondrée, le sucre avait battu tous ses records. Le Maroc a connu, durant la première moitié de la décennie 1980, deux phases de sécheresse. Il s'agit des campagnes 1980-81 puis des campagnes 1983-84 et 1984-85. Sur cette période, le déficit pluviométrique a été d'une année d'eau, mais la première phase a été plus grave que la seconde. La courbe de la production agricole reflète parfaitement le phénomène.

    Durant cette période, les taux d'accroissement de la production agricole ont été très irréguliers: -25% (1981), +39% (1982), +5,6% (1983), + 12% (1984) et +27% (1985).

    En revanche, la production industrielle a crû de manière indépendante, à un rythme pratiquement constant: entre 12 et 14% par an, imperturbablement.

    La différenciation joue dans les deux sens: lorsqu'il y a une bonne année agricole, l'industrie manufacturière ne bénéfice pas automatiquement d'effets d'entraînement, et lorsqu'il y a une mauvaise année de pluies, l'industrie manufacturière n'est pas pour autant automatiquement affectée. Ainsi, sur l'année 1986 où la production agricole a crû de 37,5%, le record historique du Maroc, la production industrielle, quant à elle, n'a augmenté que le 10,6%, alors que les taux des années antérieures étaient plus élevés. De ces données, il faut conclure qu'il n'existe même pas un effet décalé, d'une année sur l'autre. Pour preuve: le taux d'accroissement de la production industrielle en 1987 s'est encore ralenti; il n'a été que de 7,5%, après l'excellente année agricole de 1986.

    Ce n'est donc pas la production agricole qui commande la production industrielle, du moins pas uniquement et pas de manière univoque.

    Effet psychologique présent

    L'évolution industrielle dépend plus de son taux de compétitivité ou de la situation économique sur les marchés extérieurs ou encore de l'acharnement des entrepreneurs que des marchés agricoles locaux. Même pour ce qui est de la bonne récolte de 1994, il ne semblerait pas que le secteur secondaire ait pu en profiter. Les agricultures, ayant de forts besoins en liquidités, ont écoulé leurs récoltes à des prix inférieurs à ceux qui avaient été recommandés par l'Administration. En outre, il semble que la campagne 1994-95, s'annonçant difficile, les ruraux ont plutôt épargné que consommé ou investi.

    Une partie des industriels expliquent la faible corrélation de l'agriculture et de l'industrie manufacturière durant le début des années 1980 par la forte expansion de la demande à cette période. Ils estiment qu'actuellement, la croissance de la demande intérieure n'étant plus ce qu'elle était, les effets de la sécheresse deviendront plus apparents. Ce raisonnement mérite d'être pris en considération bien qu'il soit trop tôt pour lui donner une validité chiffrée. Notons, néanmoins, que le programme d'ajustement mis en place en 1983 est censé avoir réduit la demande intérieure(1), sans pour autant avoir réduit la progression industrielle.

    En 1991, la production manufacturière est composée à 32% du secteur agro-alimentaire, 31% de la chimie, 18% du textile et cuir, 15% de la mécanique et la métallurgie et enfin 4% de l'électrique et l'électronique.

    Le secteur qui peut être réellement affecté par le niveau de la pluviométrie est l'agro-alimentaire: une pénurie et une hausse des prix des matières premières en cas de faible pluviométrie.

    Pour les poids lourds, l'existence d'une corrélation est mitigée, car les agriculteurs ne fond appel aux transporteurs que durant de courtes périodes.

    Reste à savoir si la demande des ménages ruraux influe sur la demande globale et donc l'industrie. La réponse est difficile, car il existe des habitudes de consommation du monde agricole qui militeraient pour rejeter l'idée d'une relation linéaire, précise un analyste. Dans le cas de Richbond, les dirigeants de l'entreprise constataient généralement qu'une bonne récolte entraînait une hausse de la demande. Mais, en 1994, leurs prévisions ont été démenties. L'état-major de Holmarcom fait la même observation.

    Le BTP (bâtiment-travaux publics) semble un peu plus lié à l'agriculture que l'industrie, mais la relation n'est pas systématique sur les quatorze dernières années. Une mauvaise récolte est concomitante, la même année, avec soit une réduction de croissance, soit une baisse en valeur absolue dans le BTP.

    C'est dans le commerce que la corrélation est la plus visible. Ainsi, en 1986, la production agricole avait progressé de 37,5% par rapport à l'année précédente, et le commerce, lui, a fait un bon de 24,4%. De même, quand en 1992 le taux de croissance agricole était de moins 24,9%, le commerce avait chuté à moins 1,7%.

    Il n'est pas possible de tirer des conclusions sûres et univoques sur les effets réels de la sécheresse, sauf à dire qu'ils sont sans doute très surévalués dans les conversations: "Il suffit qu'il ne pleuve pas pour que même l'activité de l'Administration diminue", commente un facétieux...

    Laïla TRIKI

    (1) Le débat est toujours vif sur cette question, mais il s'agit d'un débat doctrinaire, voire idéologique. Rien ne prouve que la croissance de la demande ait été réduite par le PAS; au contraire, puisque la consommation finale des ménages, après avoir doublé entre 1981 et 1988 (en DH courants), a augmenté de 40% de 1988 à 1992.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc