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    Politique Internationale

    Du chant, du rythme, de la fête: La musique au Maroc

    Par L'Economiste | Edition N°:71 Le 18/03/1993 | Partager

    Musiques du Maroc Mohamed Aydoun Eddif Maroc 1992

    Sans doute devient-il nécessaire et urgent de répertorier, au Maroc, une tradition orale qui risque de se perdre dans les méandres d'une modernité tronquée, de s'effacer ou de se pervertir dans le spectacle et la superficialité du folklore. Il est aussi impératif de rendre au Maroc moderne son histoire culturelle pour lui permettre de s'investir dans l'avenir. Le livre de Mohamed Aydoun, Musiques du Maroc, vient combler un vide en apportant les détails souvent ignorés et des réflexions judicieuses sur la diversité musicale du pays.

    Son objectif est de "préserver l'immense répertoire de la tradition musicale savante et populaire", mais aussi "de promouvoir la créativité et oeuvrer pour la naissance et le développement de nouvelles idées musicales en concordance avec le grand potentiel de jeunes que possède le pays". Or le rapport "tradition/modernité" demeure ici fondamental, loin des "faux discours sur l'authenticité", et l'attitude qui voudrait considérer le Maroc "comme un musée".

    Dans cette perspective, Mohamed Aydoun, musicologue et arrangeur de musique, actuellement chef de la Division de l'action culturelle au Ministère de la Culture, a composé ce petit livre qui tient compte de la diversité des musiques au Maroc, où se retrouvent les rythmes africains saharien et subsaharien, les survivances rituelles gréco-romaines, phéniciennes et africaines, le modalisme arabe et le raffinement andalou. Il en ressort une relation essentielle de ces musiques à la fête, surtout populaire, à la danse, à l'improvisation musicale engendrée par l'absence de notation musicale.

    Mohamed Aydoun distingue cependant deux grands types de musique: la musique traditionnelle d'art qui peut être facilement codifiée, et les rythmes de la musique populaire, qui conditionnent les perspectives de la musique contemporaine.

    Qu'elle soit originaire d'une région ou d'une autre, la musique traditionnelle d'art prédomine dans les villes: al âla, al Gharnati, pratique juive de la musique andalouse, al malhûn ou rwayes. Elle privilégie souvent le texte poétique jusqu'à en faire l'élément fondamental de la mélodie (en particulier dans le malhûn, originaire du Tafilalet), et bien que l'orchestre, surtout dans la musique andalouse marocaine, prenne de plus en plus d'importance au fil des siècles.

    Par contre, la musique populaire se concentre autour des rythmes, de la danse et du chant. L'appartenance régionale, voire locale, et circonstancielle s'accentue: on connaît l'importance de la "daqqa" de Marrakech liée à la fête de l'Achûra, ou la réputation des musiciens de Juhjûka qui cultivent depuis longtemps un répertoire musical spécifique.

    Chants populaires, danses de possession des Aïssawa ou des Gnâwa ponctuent la vie: car la musique au Maroc circule à travers des genres diversifiés comme elle symbolise la joie et l'amitié.

    Si les tendances ont parfois heureusement su retrouver ce sens de la fête et du rythme, de la tradition et des élans de jeunesse à travers des groupes comme Nass El Ghiwân et Jil Jilala, Mohamed Aydoun regrette que la chanson marocaine aujourd'hui joue la facilité, "profitant de l'audience populaire pour placer des créations franchement médiocres", sans souci esthétique réel.

    Sans doute la musique "doit jouer tous les rôles sauf peut-être celui du plaisir intellectuel"... "Faite pour supporter un texte, des paroles, ou pour accompagner la danse", elle devrait bénéficier de ce petit livre qui répertorie ses genres et modes musicaux, les instruments utilisés, les textes de base, sans discours superflu, afin de la préserver de l'oubli. Il lui rend vie et non hommage, pour retrouver une tradition sans traditionalisme.

    Thérèse BENJELLOUN

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