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Société

Droit de savoir et désir de connaître
Par le Pr. Ali Benmakhlouf

Par L'Economiste | Edition N°:3156 Le 25/11/2009 | Partager

Les sciences se renouvellent sans cesse. Actuellement la manipulation des atomes par les nanotechnologies(1) débouchent sur des nano-objets (raquette de tennis, ordinateurs, mutimédias, etc.) qui font partie de notre quotidien, «sans forcément changer d’apparence, nos appareils domestiques pourraient devenir intelligents, les transports plus efficaces car moins gourmands en énergie ou mieux organisés, nos vêtements auraient des propriétés nouvelles, nos appareils électroniques et informatiques deviendraient minuscules et plus puissants»(2).Face à la convergence de disciplines scientifiques, la société doit comprendre de quoi il s’agit. Beaucoup ne savent pas ce que sont les nouvelles disciplines scientifiques: pourtant le changement de la vie quotidienne en dépend. En médecine, les nanosciences voyagent dans les corps pour mieux les soigner. Il y a aussi les nanotechnologies naturelles comme le feu de forêt qui expose les pompiers à des nanoparticules.Comment la connaissance accompagne les produits nouveaux qui sont mis sur le marché?L’utilisation à distance de l’information par les nanotechnologies pose le problème du respect de la vie privée et de la liberté individuelle. Une grande réflexion s’impose car la responsabilité dépend de la connaissance qu’on a, vu que le consentement libre et informé est à chaque fois engagé pour les protocoles médicaux comme le don d’organe ou l’expérimentation de nouveaux médicaments ou de nouveaux vaccins. Il est donc nécessaire d’amplifier les connaissances et d’impliquer les citoyens et les institutions pour que la mise en circulation du savoir scientifique ou technique soit directement un enjeu démocratique.

Conscience prime compétence
Une des grandes inquiétudes actuelles vient des menaces qui pèsent sur l’environnement. On parle de plus en plus d’une transition vers une économie qui restaurerait l’environnement, et de la nécessité d’accompagner les entreprises pour améliorer l’environnement. Il s’agit en somme d’éviter le fait accompli. Le problème cependant est que la mise sur le marché de nouveaux produits précède la démarche vertueuse innovante. Comment démocratiser alors la technique? comment éviter de s’abriter derrière un langage lénifiant qui nous fait croire tout va bien?Il y a les outrances des uns, la peur des autres. Le droit de savoir est plus que jamais lié à un désir de connaître.La terreur devant la nouveauté empêche de réfléchir. Dire que la manipulation de l’atome assure la paix pour tous est une projection mythique. On ne cesse de penser la rédemption de la notion de progrès. La mise en pratique de la connaissance au service de la personne suppose que l’on puisse être informé. S’il n’y a jamais de débat, le désir de connaître s’estompe. Pourtant la conscience du citoyen prime la compétence. Il faut donc solliciter cette conscience pour augmenter la compétence. On ne dira pas seulement que «science sans conscience n’est que ruine de l’âme» (Rabelais) et que la conscience doit accompagner la science : on dira plutôt que la conscience favorise la science en donnant à la compétence scientifique les conditions favorables de son exercice. C’est donc un devoir citoyen de rendre l’information compréhensible pour réfléchir et choisir. Il ne s’agit pas de dire que le patient va devenir médecin, mais de donner l’information nécessaire pour choisir. Pour créer le désir de connaître, il faut créer du gain visible pour les citoyens et favoriser une responsabilité qui donne un désir de connaissance. Les conditions de vie qui sont les nôtres présentent des catastrophes palpables: 10 millions d’enfants meurent chaque année. Or, on peut en sauver 6 millions selon l’OMS (l’Organisation mondiale de la Santé) et on ne le fait pas! Faisons d’abord le présent avant de prévoir le futur. Le Progrès reste aujourd’hui une idée pour laquelle le présent est toujours sacrifié. La quantité d’effet de serre n’est pas perceptible depuis la révolution industrielle, depuis le XVIII siècle, car il y a une inertie des océans. On ne perçoit pas, donc on ne fait rien et l’on attend d’être convaincu. Face à l’aveuglement des élites, on est en droit de se demander où est le désir de connaissance? Comment faire naître le désir de connaissance à partir d’un droit de savoir lié à l’urgence vitale? Seules les tragédies qui affectent directement et immédiatement inquiètent. Les autres, sourdes et imperceptibles à l’œil nu, parfois lointaines, ne sont pas moins réelles. On a parlé de crainte des émeutes de la faim en 2007, mais quand il n’y a plus d’émeute, l’on ne réagit pas, si bien que l’on peut se demander si ce n’est pas la crainte de l’émeute qui choque bien plus que la réalité de la faim. Les sciences rendent les choses possibles par les techniques, mais c’est aussi elles qui donnent l’alerte sans qu’elles puissent à elles seules imaginer les solutions pour l’usage du meilleur d’elles-mêmes. Sans le croisement des questions et la convergence des compétences, on ne peut résoudre les problèmes posés par les dérives technologiques, ni parvenir à des solutions sociétales.

Le réchauffement climatique

Si l’on prend pour exemple le problème du changement climatique, on voit qu’il devient de plus en plus palpable. «Changement climatique» plutôt que «réchauffement»: les climatologues savent certaines choses localement, par exemple les effets du dégel des glaces dans tel ou tel endroit. Mais ils n’ont pas la soif de la généralité ni la soif de la certitude, c’est pourquoi ils restent prudents sur des vérités relatives à la planète terre tout entière. Il est dommage qu’on dise que leur discours est globalement douteux alors qu’ils disent des certitudes réelles, valables localement. Il y a une absence totale du politique sur le climat: on ne cesse d’évoquer le climat comme une question prioritaire et on ne fait rien en dehors de cette déclaration. Une refonte des modes de vie est nécessaire. Les solutions existent mais à l’échelle politique. Il s’agit d’entraîner les 6 milliards d’individus vers un autre mode de vie. Mais il n’y a pas de cohérence entre ce qui est décidé et ce qui est dit. Notons d’ailleurs un relatif désintérêt des élus à ce sujet.


Le principe de précaution
On a commencé à parler d’un principe de précaution quand on s’est rendu compte que l’homme pouvait agir sur la biosphère et réduire les risques qui mettent en péril sa vie. Le risque est défini comme une proportion entre l’ampleur du dommage et sa probabilité. Le principe de précaution suppose des mesures anticipatives comme celles qui se rapportent au développement durable et aux techniques vertes. Le développement durable est un développement qui tient compte non seulement des générations présentes mais aussi des générations futures. Le principe de précaution est donc une stratégie visant à prendre en compte les incertitudes scientifiques dans l’évaluation et la gestion des risques. Les cas d’incertitude sur l’interprétation des risques concernent aussi bien la sécurité alimentaire, le réchauffement global, les organismes génétiquement modifiés ou encore les champs magnétiques imputables aux téléphones mobiles. Dans tous les cas, loin de n’être qu’un principe de frein ou d’interdiction, ce principe peut se révéler être une stimulation à favoriser des alternatives innovantes dans le domaine technologique. L’enjeu est bien de préserver l’environnement, de le prémunir contre des atteintes irréversibles. Les recommandations sont loin d’être inutiles, car elles finissent par inspirer des normes ou nationales ou internationales. Conformément à l’article 38 du statut de la Cour internationale de justice, les principes généraux de droit sont également des sources de droit internationaux. Droit de savoir et désir de connaître ne sont qu’une autre façon de dire : citoyenneté exercée pour faire face à l’urgence vitale.------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Les nanotechnologies ont pour but la manipulation par l’homme des constituants élémentaires et universels de la matière, à l’échelle du millionième de millimètre: le nanomètre.(2) Les nanotechnologies vont-elles changer notre vie? 82 questions à Louis Laurent physicien, spécifique éditions, 2007, p. 13.

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