×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Dossiers

Dossier SIAM
Filière oléicole: La libéralisation n’a que des vertus
Ahmed Rahhou, président de l’Association des producteurs d’huiles

Par L'Economiste | Edition N°:2762 Le 23/04/2008 | Partager

. Retour à la subvention? Non merci!. Les niveaux des cours mondiaux rendent la production locale rentable. Une convention-cadre en discussion avec le gouvernementLa flambée des cours internationaux des matières premières fait vaciller le secteur oléicole. Les anciennes convictions s’ébranlent et les défenseurs de l’ancien système de subvention élèvent de plus en plus leur voix. Faut-il revenir à l’aide après quelques années de libéralisation? Non sans arrière-pensée, les tenants de la thèse de l’encadrement réglementaire (et donc de la subvention), disent «défendre le panier de la ménagère» et la santé financière des petites entreprises du secteur. De l’autre côté, les partisans de la libéralisation brandissent la carte de la production nationale. «Si les matières premières coûtent cher, autant les produire au Maroc», confie Ahmed Rahhou, PDG de Lesieur et président de l’Association professionnelle des producteurs d’huiles. Pour lui, il ne fait aucun doute, la libéralisation a été un processus structurant pour les producteurs marocains.   - L’Economiste: Quelle évaluation peut-on faire de la libéralisation de la filière oléicole?- Ahmed Rahhou: Lorsqu’elle est perçue dans le sens d’un désengagement de l’Etat dans ce secteur, du fait que le gouvernement n’intervient plus, ni dans la fixation des prix, ni dans la régulation de l’approvisionnement du marché, la libéralisation peut être considérée comme une réussite. Depuis l’instauration de ce système, le marché est approvisionné normalement et régulièrement. Concernant l’offre prix, les tarifs des huiles ont suivi les cours des matières premières. Néanmoins, les opérateurs du secteur ont pu, à chaque fois que c’était possible, lisser les variations non durables des cours à l’international. Il convient de rappeler que le marché est ouvert et fluctuant. Les baisses et hausses peuvent être conjoncturelles, mais le consommateur n’a pas senti, tout au long de ces dernières années, les courtes fluctuations. En revanche, depuis l’année dernière, le marché international connaît une situation particulière: l’embrasement des cours ne touche pas que notre secteur, mais toutes les matières premières dans le monde. Bien évidemment, ce ne sont pas les producteurs qui sont touchés par cette flambée, mais les consommateurs. Le Maroc est un pays importateur de ces matières, il a donc été touché de plein fouet par ces hausses des prix. En dépit de tout cela, nous avons essayé de jouer les temporisateurs. En 2007, nous avons notamment fait en sorte que la hausse, qui avait déjà atteint des niveaux historiques, ne soit presque pas perçue par le consommateur final. Nous espérions que celle constatée en 2007 soit comme les précédentes, c’est-à-dire conjoncturelles, mais ce n’est pas le cas. Le mouvement est parti pour durer longtemps. - Justement, le prix des huiles s’est envolé dernièrement …- Il est clair que l’huile coûte aujourd’hui plus cher qu’en 2006 et 2007. Doit-on considérer, à partir de là, que la libéralisation est un échec? Je ne pense pas parce que le système est, malgré tout, plus efficace. De plus, si vous comparez le prix de l’huile au Maroc avec les pays comme l’Espagne, la France, l’Algérie, la Mauritanie, le Sénégal (la Tunisie faisant partie des pays qui subventionnent encore le secteur oléicole), vous verrez que malgré la hausse, le Maroc demeure le pays où l’huile coûte moins cher. Nous pensons qu’il n’est pas très sain de revenir à un système de subvention puisque celui-ci encourage l’importation et non la production locale. La hausse donne ainsi aux opérateurs marocains d’huile plus de raisons de revenir à la production. Nous pensons qu’il faudrait privilégier cette piste. Puisque les niveaux de cours actuels ont rendu la production rentable, autant l’assurer chez nous.  Cela n’était pas possible avant parce que les prix  internationaux étaient en dessous du seuil de rentabilité des agriculteurs marocains. C’est pour cela que la production a été abandonnée progressivement par les agriculteurs et par l’Etat lui-même. Elle lui coûtait tout simplement trop cher. Aujourd’hui, c’est une tout autre équation. Il est nécessaire de revenir à cette culture parce qu’elle devient rentable pour les agriculteurs marocains. Mieux encore, le coût de la production serait beaucoup moins cher qu’à l’international. La hausse des cours est, à mon avis, une malchance momentanée pour le consommateur parce qu’il en supporte les conséquences, mais c’est une chance pour le pays en tant que producteur parce qu’il peut remettre une culture oléagineuse rentable et à grande capacité. Ceci nous offrirait, au passage, à nous opérateurs, une possibilité additionnelle de ne pas subir les variations des matières premières sur le marché international de manière brutale. Et par conséquent, stabiliser un peu plus les prix de nos produits.- Où en sont alors les tentatives de relance de la production nationale? - Nous sommes en train de finaliser les derniers détails d’une convention avec l’Etat pour mettre les moyens nécessaires pour promouvoir cette culture. Celle-ci devrait être opérationnelle pour l’année 2011-2012. Nos producteurs attendent la finalisation de cet accord pour connaître les prix des oléagineux produits localement. Ces producteurs doivent avoir une certaine visibilité. Autrement dit, si les agriculteurs produisent, il faut qu’ils sachent à quel prix et à qui ils vont pouvoir vendre. Lorsque vous avez une production nationale, vous convenez d’un prix avec l’agriculteur. Vous achetez la récolte à un moment qui vous permettra d’alimenter le marché pendant une longue durée. Malheureusement, et même avec la meilleure volonté du monde, la production nationale ne peut pas satisfaire à 100% le marché interne à brève échéance. Mais couvrir déjà une bonne partie de la consommation nationale, c’est-à-dire 25 à 30%, nous donne un matelas qui permet d’atténuer les fluctuations des cours mondiaux.- L’envolée des cours internationaux des matières premières affecte-t-elle l’activité des petites entreprises? - Une entreprise se doit d’être rentable. Elle doit pouvoir payer ses salariés et les actionnaires qui ont investi leur argent. Si elle ne peut plus faire cela, elle devient une association de bienfaisance. Il est donc légitime pour une entreprise de dégager une marge, c’est même vital. Est-ce que l’Etat doit intervenir pour réguler le marché et permettre à l’entreprise d’avoir une activité saine et au consommateur d’accéder aux produits de première nécessité? Je pense que c’est la responsabilité du gouvernement. Mais à mon avis, cette alternative n’est pas la meilleure. Je pense que notre système d’aide coûte beaucoup trop d’argent à la collectivité. On parle actuellement de près de 30 milliards de dirhams pour la Caisse de compensation. Distribuées autrement, ces ressources auraient peut-être pu permettre de se substituer au manque du pouvoir d’achat de certaines catégories de la population. La libéralisation est une bonne chose parce qu’elle met en place un système vertueux de production économique. Lorsque les prix montent, cela aide la production qui, en se développant, diminue la pauvreté. Alors qu’une aide directe aux produits par le biais de la compensation développe davantage l’importation. Et lorsqu’on aide les importateurs, on a tendance à s’endormir sur ses lauriers. On arrête de produire et on devient entièrement dépendant des cours internationaux des matières premières.


5 dirhams le kilo

Bonne nouvelle pour les futurs producteurs nationaux des oléagineux. L’accord cadre qui sera bientôt officialisé entre les différentes professions de la filière et l’Etat fixera les prix des matières premières pour deux ou trois récoltes. «Les producteurs seront non seulement fixé sur le prix, mais aussi sur la vente de leur production. Et ce, deux ou trois années à l’avance», se félicite Ahmed Rahhou. Selon le président de l’Association des producteurs d’huiles, le prix, qui n’a pas encore été fixé, devrait tourner autour de 5 dirhams le kilo, «alors qu’il ne dépassait pas 4 dirhams auparavant». Les cours internationaux, qui ont littéralement explosé en 2007 allant jusqu’à +95% par rapport à 2006, dépassent 6 DH le kilo. «Si la hausse des cours internationaux se poursuit, le prix de la production nationale, qui aura évolué positivement de 25% environ, sera toujours moins cher que le marché mondial. Ce qui représente une excellente chose pour les entreprises, les producteurs et le consommateur», conclut Rahhou.Propos recueillis par Naoufal BELGHAZI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc