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    Politique Internationale

    Dominique Merlet, grand pianiste français : «Les maisons de disques pèsent sur la vie musicale»

    Par L'Economiste | Edition N°:250 Le 17/10/1996 | Partager


    Pour clore le programme «L'Ecole française de piano» dans le cadre duquel on a entendu en mars le pianiste Pascal Devoyon, puis en mai Jean Efflam Bavouzet, les Instituts français de Casablanca, Rabat et Fès présentent, toujours avec le soutien de la Fondation Wafabank, l'un des pianistes français les plus réputés, Dominique Merlet, qui a été promu cette année Officier des Arts et Lettres(1).

    - Joseph Glaser: Un critique musical français écrivait récemment que «l'art pianistique -celui qui est le plus médiatisé par les grandes maisons de disques et par la vie musicale- est en déclin». N'est-ce pas un jugement trop sévère?
    - Dominique Merlet:
    Le constat de ce critique est partiellement vrai et à replacer dans le contexte de son article. Il y a eu un âge d'or du piano comme on le dit d'un âge d'or du cinéma. Cela ne veut pas dire, il me semble, qu'il n'y a plus d'excellents films, ni de grands pianistes. Au contraire, on assiste à l'éclosion d'une nouvelle génération moins standardisée, aux personnalités plus contrastées, un peu comme un retour vers les grands aînés... Malheureusement, et c'est là que notre critique a raison, les grosses multinationales du disque, qui pèsent si lourdement sur la vie musicale, suivent cette évolution avec beaucoup de retard et de paresse.

    - Concertiste de renommée internationale, vous jouez dans tous les pays d'Europe, aux USA, au Canada, au Brésil, en Chine, en Corée, au Japon. Ceux qui vous écoutent dans ces pays ont-ils le sentiment que vous personnifiez, parce que vous êtes Français, un enseignement caractéristique d'une «Ecole française de piano»?
    - Oui et non. L'interprétation des grands compositeurs se situe au-delà des spécificités nationales. Mais le souci de style, de la forme, de la clarté des plans sonores peut être considéré comme caractéristique de l'Ecole française de piano. J'essaie aussi, pour ma part, de transmettre les couleurs et la magie de nos grands compositeurs, parfois si différents, comme Debussy et Ravel.

    - Après le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, on vous a confié au Conservatoire de Genève une classe de perfectionnement et de virtuosité réservée à quelques pianistes de haut niveau. Pouvez-vous citer un exemple récent?
    - Mon élève suédois Per Tengstrand, le 1er Prix de la virtuosité dans ma classe en 1995, vient de remporter dans la même saison le 4ème Prix Marguerite Long et le 2ème Prix au Concours International de Genève (1er Prix non décerné).

    - Vous avez eu des professeurs très exigeants, voire féroces selon votre expression, et vous ne vous en plaignez pas. Souhaitez-vous évoquer une anecdote, un souvenir à ce propos?
    - Je dis «féroces» au sens de l'extrême exigence: ne pas se contenter de faire «Bien» quand on peut faire «Très bien»... Je me souviens, lors d'un cours avec Nadia Boulanger, d'être resté «sur le grill» pendant une dizaine de minutes avec les deux premières mesures d'un lied de Schubert. Elle voulait que ce soit parfait car je pouvais le faire.

    - Vos élèves ont pour vous un très grand respect et aussi beaucoup d'affection. Acceptent-ils aussi les exigences d'une formation très rigoureuse?
    - Bien sûr! Ils viennent me trouver pour cela, ils attendent cela. La rigueur est le passage obligé pour atteindre les sommets de notre art. La liberté est un aboutissement, la poésie découle d'une lecture méticuleuse des textes. La liberté en postulat de départ aboutit généralement au n'importe-quoi. Je leur apprends aussi à bien écouter ce qui sort réellement de leur piano.

    - C'est votre premier voyage au Maroc. Etes-vous heureux de rencontrer des publics marocains dont la sensibilité musicale, inspirée par les musiques traditionnelles nationales, n'exclut pas une vive curiosité pour toutes les autres sources de l'Art musical?
    - Oui, j'en suis très heureux. La musique n'a pas de frontières, seules comptent la réceptivité spontanée, la fraîcheur des oreilles et... du coeur!

    Propos recueillis
    par Joseph GLASER

    (1) Il donnera 4 récitals: le lundi 28 octobre à Fès, le mardi 29 octobre à Rabat, et le mardi 5 novembre à Casablanca. Il jouera également le jeudi 31 octobre à Marrakech, sous l'égide des 3 Clubs du Rotary International dans cette ville, avec la coopération du Conservatoire de Musique de Marrakech.

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