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    Economie

    Dix questions à dix économistes : Le Pr Elmandjra: "La privatisation est allée trop loin"

    Par L'Economiste | Edition N°:157 Le 08/12/1994 | Partager

    L'Economiste a interrogé dix économistes(1) sur les perspectives économiques et sociales du pays. Nous publions les premières réponses. Les autres le seront au fur et à mesure qu'elles nous parviendront.

    L'Economiste: Peut-on parler de reprise pour 1994? Si oui, se confirmera-t-elle en 1995?

    M. Elmandjra: On peut parler d'une légère reprise mais en sachant que sa cause majeure revient à une très bonne récolte en 1994 et sa répercussion sur le pouvoir d'achat. Le Ministère des Finances annonce un taux de croissance global de 11% pour 1994 dont 3% pour les secteurs secondaire et tertiaire. Il est difficile, à ce stade, de faire une prévision valable pour l'année 1995. L'on ne peut que retenir l'estimation avancée par le ministre des Finances, lors de la présentation du budget de 1995 au Parlement, soit "une croissance entre 2,5% et 4,5% selon la qualité de la récolte".

    Donc, dans le meilleur des cas, la croissance en 1995 devrait être bien inférieure à celle de 1994. Il s'agit là de données essentiellement quantitatives, mais une "reprise" qui mérite le nom du point de vue qualificatif devrait se traduire par une amélioration de la situation sociale de la population. Il est évident que celle-ci n'a pas été favorisée durant l'année 1994. Des promesses ont été faites pour 1995, espérons qu'elles seront tenues.

    - Faut-il affecter les fruits de la croissance à la création d'emplois ou à l'augmentation de salaires?

    - La réalisation de l'un n'est pas incompatible avec l'autre. La création d'emplois peut très bien s'accompagner de l'augmentation des bas salaires qui ont stagné au cours des dernières années et d'une meilleur législation sociale pour réduire certaines pratiques abusives dans le monde du travail.

    - Quelle est selon vous la mesure la plus efficace pour faire reculer le chômage? Quelles sont les prévisions sur la pauvreté vue sous l'angle du PAS social?

    - Pour faire reculer le chômage il y aurait lieu d'envisager des mesures d'incitation à l'emploi avec un financement partiel de l'Etat sous forme de déduction d'impôts si nécessaire. Le lancement de programmes de formation et de recyclage dans les domaines manquant de cadres serait également utile. Constatons que le secteur privé est actuellement le principal créateur d'emplois.

    La pauvreté résulte de problèmes structurels ainsi que d'une maldistribution des ressources matérielles et financières. Pour y remédier, il faudra plus que des palliatifs sous forme de subventions. Un programme à long terme avec des objectifs clairs et les moyens nécessaires pour les atteindre devrait être élaboré avec un échéancier.

    Un tel programme implique des actions spécifiques au niveau des différents secteurs économiques et sociaux pour favoriser un minimum de justice sociale et de solidarité nationale. En l'absence d'un tel plan, il est difficile de parler d'un "PAS social". La réduction de la pauvreté est d'abord une question de volonté politique bien plus que d'expertise économique.

    - Qu'attendez-vous du prochain gouvernement?

    - Il serait plus réaliste de connaître la composition d'un tel gouvernement avant de répondre à cette question. Pour l'instant, il ne s'agirait que de voeux pieux en faveur d'un réexamen du modèle de développement actuel, de la réduction de la pauvreté, de l'ignorance, de la maladie et de la misère ainsi qu'une meilleure gestion des deniers publics.

    - Quelle est votre position par rapport à la libéralisation? Jusqu'où peut-elle aller?

    - Ma position à l'égard de la libéralisation n'est pas d'ordre dogmatique mais pragmatique. Le niveau de développement économique et social du Maroc et les infrastructures dont il dispose ne lui permettent pas d'entreprendre une libéralisation excessive sans que cela n'accentue les écarts dans les revenus avec des conséquences négatives pour la majorité de la population.

    La libéralisation dans les pays industrialisés s'est traduite par des privatisations et des déréglementations en faveur de grandes multinationales. Si, en apparence, l'intervention de l'Etat dans la gestion directe de l'économie a été réduite, celui-ci garde néanmoins d'importants moyens de régulation et de stimulation financière sans parler de la promotion et de la défense des intérêts de ces firmes sur le plan international grâce à une sévère législation nationale. Les Etats-Unis et le Japon sont aujourd'hui les pays qui disposent des mécanismes publics les plus efficaces pour le développement et la protection de l'industrie et de commerce. Il s'agit là d'un libéralisme sous haute surveillance publique à la demande même du secteur privé.

    - Comment appréciez-vous la privatisation? Pensez-vous que l'Etat doit continuer à contrôler certains secteurs économiques? Lesquels et pourquoi?

    - Je pense que la privatisation est allée très loin et trop vite sans assez de participation du public et de contrôle législatif. Ceci est particulièrement vrai de certains secteurs stratégiques pour le développement tels que l'énergie, les transports et les télécommunications ainsi que certaines industries des produits de base. Dans un pays en voie de développement, l'Etat est tenu d'assurer un minimum d'obligations concernant les besoins essentiels de la société et de réduire autant que possible la dépendance à l'égard de l'étranger.

    - Comment appréciez-vous la réforme du marché des capitaux? Considérez-vous le Maroc comme un marché émergent?

    - Je n'ai pas suffisamment de données sur cette question pour y apporter une réponse. Cette "réforme" est assez récente. Il faudra bien plus de recul pour émettre un jugement pertinent.

    - Quelles sont, selon vous, les nouveaux avantages comparatifs que doit développer le Maroc pour gagner de nouveaux marchés?

    - Le développement d'une politique de communication et une modernisation plus accentuée de ce secteur sous l'égide d'organismes publics pour la normalisation et la coordination de ces efforts; les facilités de communication (téléphone, téléfax, transmission des données...) jouent aujourd'hui un rôle déterminant dans le choix des pays d'investissement. Le contrôle de la qualité et l'encouragement et l'innovation et de la création sont d'autres moyens qui peuvent encourager l'investisseur.

    - Quelles sont les compétences professionnelles et les métiers à promouvoir pour favoriser la croissance?

    Il y aurait lieu d'accorder une attention particulière aux compétences et métiers ayant trait aux technologies avancées (agro-industrie, électronique, informatique, communication, génie génétique, nouveaux matériaux...) et la formation du personnel intermédiaire que celles-ci requièrent.

    L'économie fait de moins en moins appel aux matières premières, d'où l'immatérialisation qui la caractérise sur le plan mondial et qui est la résultante de l'innovation en tant que valeur ajoutée. Ceci ne saurait se faire sans un effet substantiel en faveur de la recherche scientifique et technologique par les secteurs public et privé.

    - A quoi servent les économistes?

    - Ils servent à analyser l'évolution et les tendances du développement économique et social à partir d'une série d'hypothèses avec la certitude de se tromper mais en s'astreignant de réduire, autant que possible, une marge d'erreurs inhérente à une relative imprécision de leur profession. Ils servent également à faciliter les systèmes de prise de décisions en fournissant des options avec une indication de leurs implications respectives. Ils permettent enfin de justifier l'existence de publications telles que "L'Economiste".

    Propos recueillis par Hakima EL MARIKY et Alié Dior NDOUR

    (1) M. Driss Benali. M. Abdelali Benamour. M. Mahdi El Mandjra. M. Larbi Jaïdi. M. Abdelhamid Jouhari. M. Mohamed Lahbabi. Mme Nezha Lahrichi. M. Michel Moret. M. Fathallah Oualalou. M. Mohamed Sagou.

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