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    Economie

    Des industriels étrangers s'apprêtent à plier bagage

    Par L'Economiste | Edition N°:814 Le 20/07/2000 | Partager

    • Découragés par la corruption, la lourdeur des tribunaux, l'augmentation du Smig et la détérioration des avantages comparatifs, ils menacent de délocaliser• L'Amith, comme prévu, publie demain une lettre ouverte au Premier ministreLA y est, c'est pour demain. Le bureau de l'Association Marocaine des Industries du Textile et de l'Habillement (Amith) qui, au cours de la dernière assemblée générale extraordinaire (AGE) avait décidé de sensibiliser le gouvernement en publiant une lettre ouverte au Premier ministre dans la presse nationale, l'annonce pour demain. Ce message, selon les industriels, représente un dernier recours pour invoquer l'attention du gouvernement, resté jusqu'alors muet. Le secteur souffre actuellement d'une multitude de maux tels que l'appréciation du DH, le coût élevé de l'énergie, la détérioration de la position concurrentielle du Maroc...Mais le plus urgent est celui de l'augmentation du Smig de 10%, qui fait porter les charges sociales à plus de 60% du prix de revient. Une augmentation à laquelle le secteur ne peut répondre, si des mesures compensatoires ne sont pas octroyées. Le gouvernement s'est d'ailleurs engagé par écrit dans le cadre de l'accord social patronat-syndicats à compenser les pertes des secteurs les plus touchés, dont le textile, en instaurant des mesures sociales. Mais le temps presse et les industriels ont pris la décision de s'autocompenser par le prélèvement de 9 points des charges patronales sur la déclaration CNSS, en attendant une réaction gouvernementale. «Nous ne tenons pas à verser dans l'illégalité, mais l'accord social prévoit des mesures sociales«. Le chemin était déjà balisé selon le bureau de l'Amith, ils n'ont fait que devancer les événements face à une situation intenable. «D'ailleurs, déclare M. Abdelali Berrada, directeur général de l'Amith, nous avons espoir que le gouvernement respecte ses engagements«.10.000 emplois déjà perdusA l'Amith, c'est l'effervescence, parce que tout le monde veut y croire. En revanche, les investisseurs étrangers, dépités, veulent quitter le Maroc. Des lettres ouvertes, ils en ont inondé le gouvernement (Premier ministre, ministres de l'Industrie, de l'Emploi et même les ambassades). Sans aucune réponse.C'est le cas notamment pour une filiale marocaine d'un grand groupe français qui fabrique sous licence des chemises hommes haut de gamme, pour des griffes célèbres de la haute couture. Dans sa lettre, le directeur général se demande «si au Maroc, on n'a pas voulu volontairement mettre en place toutes les conditions pour faire crever la confection. Ici, on applique des critères de non-compétitivité, contrairement à la Tunisie. Il y a quatre ans, la totalité des chemises étaient produites au Maroc. Désormais, il n'y en a plus que la moitié, le reste étant fabriqué en Turquie«. Cet investisseur, qui emploie 296 personnes, rappelle que la Turquie fabrique les mêmes articles 17% moins cher et la Roumanie 34% meilleur marché. Tout comme ses pairs, cet investisseur se plaint de l'absence de tribunaux de Prud'hommes arguant«que se faire licencier au Maroc est un moyen de se constituer un capital. Même en présence de fautes très graves, les tribunaux donnent raison aux salariés, avec des indemnités vingt fois supérieures aux fourchettes légales«.Selon un autre investisseur français installé au Maroc depuis 1997, «le souci de la compétitivité est en train de passer au second plan tant maintenir les emplois dans un contexte aussi défavorable devient contraignant... La maison mère s'est déjà engagée dans une délocalisation sur la Roumanie et réfléchit à faire fabriquer la production marocaine à Madagascar«.Tout aussi contrit et désolé, un industriel marocain en s'adressant au Premier ministre affirme «qu'aujourd'hui, nous ne nous battons plus à armes égales avec les concurrents turcs, égyptiens, européens de l'Est ou asiatiques«. Du côté de la bonneterie, un autre industriel supplie le Premier ministre «d'être réceptif au désarroi de la profession car les perspectives sont teintées d'un pessimisme jamais égalé«.De tous ces messages, une constante: ce sont les emplois qui subiront le contrecoup de cette crise. Des pertes importantes ont déjà été enregistrées (près de 10.000 selon l'Amith). Quant aux groupes étrangers qui ont choisi le Maroc pour ses avantages, ils sont aujourd'hui sur le point de prendre la poudre d'escampette parce qu'ils ont perdu confiance.Du coup, la fameuse vague de délocalisation européenne qui promettait de déferler, et que la profession a tenté tant bien que mal d'accueillir en présentant un contrat-programme au gouvernement, est partie s'écraser sur d'autres rives tunisiennes, égyptiennes, turques ou roumaines, n'envoyant que des embruns au Maroc.

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