×Membres de L'Economiste Qui sommes-nousL'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Politique Internationale

Démocratie: l'Afrique n'est pas si mal partie

Par L'Economiste | Edition N°:32 Le 04/06/1992 | Partager

Pour un habitué des Colloques et Conférences Africaines, le changement de ton était frappant. La Conférence Panafricaine sur la Démocratie et la Maîtrise de la Transition en Afrique, réunie à Dakar du 25 au 28 Mai 1992 se caractérisait incontestablement par le ton modéré, la pondération dans les propos et une maturité politique certaine.

Les objectifs pouvaient pourtant paraître ambitieux, réunir tous les leaders des partis politiques africains, opposition et partis dirigeants confondus afin qu'ils discutent et dégagent les voies et moyens susceptibles de garantir une gestion pacifique de la transition vers la démocratie n'est pas une mince affaire; il était à craindre que les interventions des uns et des autres ne prennent une tournure polimique comme cela s'est produit si souvent dans les rencontres de ce type.
L'ordre du jour de la Conférence ne laissait pas place à des débats stériles. Il posait comme postulat de départ que la marche vers la démocratie était désormais inéluctable et que celle-ci "même si elle demeure encore généralement une aspiration, s'exprime par opposition au parti unique en terme de pluralisme: pluralisme dans les médias, pluralisme syndical, pluralisme politique ou multipartisme et respect des droits de l'homme. Fondamentalement, elle se veut un régime reposant sur la volonté populaire sans équivoque s'exprimant à travers un libre choix des citoyens.

Les points à l'ordre du jour étaient des propositions concrètes, tendant toutes à une meilleure maîtrise de la Transition.
Le 1er point inscrit était relatif au rôle de l'armée et les délégués furent unanimes à considérer que désormais l'armée doit retourner à sa mission de défense nationale et s'abstenir de toutes interventions dans le champ politique.
Le 2ème point inscrit peut paraître surprenant a priori, mais il démontre que les participants étaient décidés à traiter les éléments les plus subtiles et à ne rien négliger pour assurer une transition pacifique vers la démocratie, il s'agit du statut des anciens Chefs d'Etat.

Ce point était considéré comme important par les intervenants et l'exemple du Bénin fut finalement adopté. La Conférence Nationale du Bénin avait en effet adopté une loi d'amnistie interdisant que l'ancien Président Kérékou soit cité à quelque titre que ce soit devant les tribunaux pour des actes intervenus alors qu'il assumait la Présidence de la République.
Une telle mesure était jugée par tous comme étant de nature à faciliter la transition pacifique. Bien plus, le Docteur Seydou Badian, Secrétaire Général de l'U.S.R.D.A. du Mali et considéré comme l'un des sages de l'Afrique, se situant dans une perspective historique, demandait que: "eu égard au passé et dans le souci de l'avenir, il serait bénéfique à l'équilibre et à la paix de leur témoigner notre respect pour les responsabilités qu'ils ont assumées, l'expérience humaine qu'ils ont acquise et le nom de notre pays qu'ils ont porté; au demeurant cela nous semble une des conditions essentielles de la réussite de l'alternance qui, dans nos pays, est plus difficile à réaliser que le pluripartisme", lorsqu'on sait que le Dr. Badian a vécu plus de 25 ans en exil, on mesure tout le chemin parcouru. Les autres points inscrits à l'Ordre du Jour comprenaient:

- l'institutionalisation de la Conférence des Partis Politiques Africains;
- la création de l'observatoire panafricain de la transition dont la présidence fut confiée à M. Abdou Diouf et la vice-présidence à Monseigneur De Souza du Bénin;
- la création d'un Comité Panafricain de médiation présidé par M. Ibrahim Babangida Chef de l'Etat du Nigéria, la vice-présidence était confiée à M. Abdoulaye Wade, Ministre d'Etat du Sénégal et animateur de la Conférence;
- enfin la Conférence a adopté la déclaration de Dakar.

Si à l'unanimité les partis politiques africains considèrent qu'il n'y a d'avenir que démocratique pour l'Afrique, une certaine prudence s'impose, l'enthousiasme devrait peut être se modérer car la démocratie ne résout pas tous les problèmes, elle n'est pas une fin en soi et démocratie n'est pas synonyme de développement. On a vu parfois de part le monde des régimes autoritaires qui ont favorisé le progrès économique, mais malheureusement la restriction des libertés en Afrique n'a pas été compensée par la lucidité, le patriotisme, l'intégrité et le savoir faire des dirigeants, il reste à souhaiter que ces qualités ne fassent pas défaut aux nouveaux dirigeants qui seront issus des systèmes démocratiques qui se mettent en place, afin que demain les aspirants dictateurs ne soient pas accueillis en sauveurs.
La démocratie c'est d'abord un état d'esprit comme l'a souligné M. Pédro Peres, ancien Premier Ministre du Cap Vert, il faudrait procéder "à une étude culturelle dont l'objectif serait la diffusion et l'intériorisation des valeurs fondamentales de la démocratie".

La démocratie est donc d'abord d'essence culturelle si on veut qu'elle soit durable et non éphémère, cela alors que "nos cultures traditionnelles en général donnent une idée du chef qui est éloignée de celle que nous voulons lui attribuer dans un régime démocra-tique.o

Abdelmounaïm DILAMI

Extrait de la déclaration de Dakar des leaders politiques africains

Les leaders politiques africains réaffirment le droit de chaque citoyen, quelle que soit sa sensibilité politique, de pouvoir servir son pays à tous les degrés de responsabilité.
Ce droit s'exerce en conséquence dans un système de société pluraliste et démocratique, régi par des règles et des mécanismes acceptés par la majorité des citoyens.
Les leaders politiques africains doivent promouvoir au sein de leurs formations politiques respectives et dans la vie politique nationale, la culture démocratique qui est essentiellement basée sur le dialogue, le consensus, la tolérance, le respect de la différence.
Les leaders politiques africains réunis à Dakar prennent l'engagement de conduire l'Afrique du système de parti unique au multipartisme et à la démocratie, et de tout mettre en oeuvre pour maîtriser la transition démocratique.
A cette fin, ils adhèrent aux principes suivants:
1- Inéluctabilité de la transition vers la démocratie qui est une valeur universelle;
2- Nécessité de favoriser la transition démocratique par le dialogue, la maîtrise des conditions, des règles et mécanismes adéquats;
3- Nécessité d'une médiation africaine dans la résolution des conflits politiques en Afrique;
4- Promotion des voies pacifiques et constitutionnelles pour l'accession au pouvoir et sa gestion démocratique. A cette fin, les élections libres et transparentes constituent le seul moyen d'expression de la volonté populaire et la source de toute légitimité;
5- Nécessité du renouvellement périodique du mandat populaire par des élections régulières et sincères;
6- Nécessité de soumettre toutes les forces sociales, notamment l'armée, ainsi que les institutions, à des règles qui contribuent au fonctionnement normal et à la défense de la démocratie.

En conclusion, les leaders politiques africains décident de mettre en commun leurs énergies et leurs expériences, de promouvoir différentes institutions et divers mécanismes pour maîtriser la transition démocratique et d'assurer l'émergence d'Etats de droit afin que l'Afrique soit au rendez-vous du XXIème siècle, exemple de toute dictature et de tout régime non respectueux des Droits de l'Homme.

Chère lectrice, cher lecteur,

L'article auquel vous tentez d'accéder est réservé à la communauté des grands lecteurs de L'Economiste. Nous vous invitons à vous connecter à l'aide de vos identifiants pour le consulter.
Si vous n'avez pas encore de compte, vous pouvez souscrire à L'Abonnement afin d'accéder à l'intégralité de notre contenu et de profiter de nombreux autres avantages.

Mot de passe oublié?
CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
ABONNEZ-VOUS
  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc