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Culture

Déconfiture en Afghanistan
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:2365 Le 20/09/2006 | Partager

Le colonel Dufour, qui a donné, le 16 mars à Casablanca, une conférence sur «les nouvelles formes de la guerre» (cf. L’Economiste des 16, 17 et 20 mars 2006; www.leconomiste.com), est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexe 2004A Bruxelles, la semaine dernière, les pays membres de l’OTAN se sont vus demander 2.500 hommes pour l’Afghanistan, en plus des 20.000 déjà engagés. La requête est tombée à plat. Personne ou presque n’a répondu favorablement. Logique avec elle-même mais non sans remous internes, la Pologne a tout de même annoncé l’envoi de 900 soldats. Le Canada, bien qu’au bout de ses possibilités, a confirmé sa volonté de renforcer son contingent avec 15 chars Léopard(1). Voilà qui va conférer aux Canadiens une puissance de feu certaine. Pourtant, le terrain afghan ne se prête guère à l’emploi des blindés et les Taliban n’en ont plus. Ces réticences illustrent une évidence: l’OTAN peut à la rigueur contenir les Taliban pour les empêcher de reprendre le contrôle du pays, elle ne saurait les vaincre. La stratégie menée si loin de l’Europe par l’organisation militaire intégrée de l’Alliance atlantique, n’est pas claire. S’agit-il de maintenir le gouvernement Karzaï au pouvoir pour mieux promouvoir la démocratie ? Veut-on reconstruire le pays, empêcher la culture du pavot, capturer Ben Laden, réduire le mouvement Taliban ? Sans doute un peu tout cela !Cependant, tout va mal ! Comme l’a déclaré dimanche le général Bentegeat, chef d’état-major des armées françaises, « la situation est mauvaise ». Lundi, un détachement canadien a perdu quatre hommes et dix blessés dans un attentat suicide, 25 km à l’ouest de Kandahar, une zone annoncée « nettoyée » par l’opération Medusa(2). De fait, les combats sont âpres. 27 soldats de l’OTAN ont été tués depuis le 1er juillet, 134 au total cette année. En janvier, quand les militaires britanniques ont relevé les Américains, Londres pensait ne pas avoir à tirer. Les Anglais en sont à huit cent mille cartouches consommées ! Les attentats suicides se multiplient. On en a compté 29 du 1er juillet au 31 août, 16 déjà depuis le 1er septembre.Dispersés lors de l’invasion américaine en 2001, les Taliban sont revenus en force, par groupes de 50 à 300 hommes, « très bien organisés, bien commandés, bien armés»(3). Tandis que le commandement US affirme mener de grandes opérations, certaines informations font état d’une mentalité « bunker » chez les G’I : trop peu de patrouilles, pas assez de contacts avec la population, volonté absente d’impliquer la jeune armée afghane. A mesure que la violence s’amplifie, deux phénomènes apparaissent. Les Taliban sont devenus plus politiques et moins scrupuleux. Ils autorisent la culture du pavot qui leur assure tout à la fois une base financière solide et un utile terrain d’entente avec les paysans, lesquels s’éloignent du gouvernement Karzaï. Compte tenu de l’insécurité, la reconstruction du pays stagne, le gouvernement reste éloigné du peuple. Pour l’Afghan moyen, l’aide financière accordée à son pays n’améliore en rien les conditions de vie de la population. Largement exploités par les Taliban, ces manquements nourrissent l’insurrection. Celle-ci, de surcroît, est rendue plus efficace par l’arrivée de combattants étrangers expérimentés, par l’émergence de chefs plus agressifs, par la mise en œuvre de techniques et de tactiques ayant fait leurs preuves en Irak. Ce dernier pays devient un vivier de combattants, à même d’assister toute insurrection islamique en devenir. Deuxième phénomène, Britanniques et Canadiens sortent plus souvent de leurs bases, se révèlent plus dynamiques que les Américains, plus soucieux de contacts avec les gens ; ce faisant, ils se heurtent plus fréquemment aux Taliban. De tout temps, le contrôle du terrain a constitué l’objectif prioritaire des armées étrangères présentes en Afghanistan. Si les villes sont relativement faciles à tenir, la pacification du pays exige un effort déterminé en direction du peuple des campagnes. L’hiver approche. Les pertes augmentent, les combats s’intensifient. Comme s’il s’agissait de marquer des points avant la mauvaise saison ! Celle-ci, toutefois, n’empêchera pas armes et renforts de parvenir aux Taliban, ni les candidats au martyre de se faire exploser ici ou là. Sans solution à l’horizon, l’avenir est glauque. L’OTAN présente en Afghanistan, les Taliban ne pourront sans doute pas s’imposer mais l’OTAN ne sera pas toujours là…


Chaussettes blanches érotiques…

LE mouvement a été fondé en octobre 1994 au Pakistan, avec des Afghans sunnites du sud de l’Afghanistan, membres des confédérations pachtounes Durrani et Ghilzai. Son chef est le mollah Omar, nommé par ses compagnons le chef des croyants, Emir-oul-mominin. Le mouvement recrute ses partisans parmi les jeunes réfugiés afghans, élèves des écoles coraniques de tendance wahhabite, les fameuses « madrasas ».Dans les zones qu’il contrôle, le mouvement instaure la Loi islamique, sous la direction du ministère de la Promotion de la vertu et de la Répression du vice. Les interdictions promulguées sont multiples :- Bijoux, cerf-volant, chaussettes blanches (jugées érotiques), talons hauts, cinéma, école pour les filles de plus de huit ans, jouets et poupées, maquillage, musique, photographie,- Sont également prohibés: le rire aux éclats, les sacs en papier, les tableaux ou portraits chez soi, la télévision, le travail des femmes (sauf dans les professions de santé)…--------------------------------------------------------------(1) Le Canada aura donc en Afghanistan le quart de ses chars de bataille ; c’est la première fois depuis la Seconde guerre mondiale que ce pays déploie un escadron blindé à l’étranger.(2) Durée un mois, 2000 hommes engagés, quelques centaines de Taliban annoncés tués. (3) Général Bentegeat, op. cit.

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