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    Décès de l'auteur des lois de Parkinson à Londres : Parkinson: Pourquoi les fonctionnaires sont si nombreux

    Par L'Economiste | Edition N°:71 Le 18/03/1993 | Partager

    S'il n'y avait que deux livres de gestion à lire, ce serait “le principe de Peter” et “les règles de Parkinson", dont l'auteur est mort récemment. L'un et l'autre amusent en affirmant: La rationalité des dirigeants des entreprises et des administrations est l'exception. Partout, c'est le règne de l'incompétence et la multiplication d'effectifs inutiles. Un rappel des règles d'or de Parkinson, encore très actuelles, même au Maroc.

    Une vieille dame oisive peut consacrer une journée entière à la rédaction d'une carte postale, destinée à sa nièce, en vacances au bord de la mer". C'est ainsi que Northcote Parkinson, décédé ces jours-ci, illustrait son principe qui a fait sa célébrité. Des années de recherches sur les entreprises l'avaient conduit à la conclusion suivante: "Plus on dispose de temps pour accomplir un travail, plus ce travail prend du temps". Tout travail se dilate pour occuper tout le temps disponible. Conséquence, dans toutes les institutions, les effectifs se gonflent, indépendamment du travail à fournir.

    C'est ce que défendait en 1958 M. Parkinson, professeur britannique de Sciences politiques dans un livre assassin: "1=2 ou les règles d'or de M. Parkinson".

    Avec beaucoup d'humour, l'auteur démystifie les dirigeants d'entreprise, les gouvernements, et au passage les théories qui croient, depuis Taylor et l'OST, au management rationnel "Pour les jeunes gens, les élites, les auteurs de manuels de droit constitutionnel et d'économie, le monde est un ensemble plus ou moins rationnel... par lequel les meilleurs et les plus sages deviennent ministres... ou capitaines d'industrie"...

    Affirmation ridicule aux yeux de Parkinson: De tels livres sont bons pour les rayons de science fiction, à côté des récits d'anticipation pleins d'engins intersidéraux et d'hommes singes.

    A l'observation des organisations, Parkinson découvre des phénomènes curieux.

    La marine anglaise, la mythique Royal Navy, est son exemple favori d'inefficacité et de multiplication des effectifs stériles. En 1914, au faît de sa gloire, elle disposait de 65 gros bateaux, de 150.000 marins et de 2.000 fonctionnaires à l'amirauté. En 1928, il n'y a plus que 20 unités, 100.000 marins, mais le nombre de fonctionnaires a augmenté à 3.600. Une véritable marine de... terre. Conclusion, il n'y a jamais de relation entre le nombre de fonctionnaires ou d'employés et le travail à fournir. Ils croissent, ils se multiplient. D'où l'équation 1=2. En conséquence, Parkinson énonce deux axiomes:

    - un fonctionnaire entend multiplier ses subordonnés et non ses rivaux,

    - des fonctionnaires se créent mutuellement du travail.

    Ainsi, si un fonctionnaire A se trouve (où se croit) surchargé de travail, il ne demandera pas de le partager avec un alter ego B . Celui-ci pourrait être un jour un rival. A crée un poste "d'adjoint" A1, puis un autre A2, sous ses ordres, pour partager son travail...

    Un an plus tard A1 et A2 seront "surchargés" de travail. Ils se créeront des adjoints A11 et A12 et A21 et A22. Les notes, les signatures sur les documents se multiplient.

    Comitologie

    Une fois instituées, ces bureaucraties budgétivores et papivores s'entourent de comité d'experts. Ils sont souvent vieillissants, querelleurs et à moitié sourds . Ils inspirent à Parkinson une nouvelle science: la "comitologie", et un autre axiome: "la loi de l'insignifiance", "le temps passe sur une question est inversement proportionnelle à son importance". Ainsi, des administrateurs de société ou des élus locaux approuveront un contrat pour un réacteur nucléaire de quelques murmures. En revanche ils passeront deux bonnes heures à discuter la question du toit pour le garage à bicyclettes des employés.

    Parkinson est allé jusqu'à calculer un “coefficient” des comités, tentés eux aussi par la multiplication. Le nombre idéal est de 5 membres: 4 spécialistes et un bavard, qui ne domine aucun sujet et qui se réserve la présidence. Pour les cabinets ministériels, 20 est un maximum. Au-delà, les réunions gouvernementales tournent aux bavardages en duo, à chaque bout de table.

    Incompétence et jalousie

    Les comités et les effectifs abondent paralysant les entreprises et les Etats qui ne peuvent plus réagir. S'y développe en revanche ce que Parkinson appelle "l'injalitance". I comme Incompétence et J comme Jalousie. "Chacun n'ayant réussi à rien faire de son service intervient chez, les autres, cherche à prendre en main la direction centrale". L'échec appelle l'ambition. Au passage l'injalitant élimine ceux qu'il soupçonne d'être plus compétents que lui. Un homme de deuxième plan veille à ce que ses collaborateurs soient :du 3ème plan. Il ne lui restera qu'une dernière activité, la construction d'un beau siège.

    Parkinson soutient que lorsqu'une organisation innove, se développe, le désordre règne dans ses bureaux, ses locaux. Dans l'état comateux, elle s'investira dans la construction d'un bel immeuble, qui est l'oeuvre la plus facile, pour une industrie ou une administration.

    Le cas d'école est la Société des Nations, mère de l'actuelle Organisation des Nations Unies. Créée en 1920, son échec fut constaté en 1933 avec les premières folies d'Hitler. Son siège fut inauguré en 1937 quand elle avait pratiquement cessé d'exister.

    Cette autre règle sur les sièges prestigieux a contribué au succès du livre de M. Parkinson qui 10 ans plus tard en a rédigé un autre "la loi de Madame Parkinson". Il affirme que "la chaleur produite par la pression des tâches ménagères se dilate pour remplir tout l'esprit disponible d'où elle ne peut se transmettre qu'à un esprit plus froid", celui du mari. En d'autres termes, moins une dame est occupée, plus elle agace son mari. L'analyse de l'organisation du travail entre dans le travail. Mme Parkinson n'appréciait peut être pas cette loi. Devenue veuve, elle regrettera son auteur, décédé à l'âge de 83 ans.

    Khalid BELYAZID

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