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    Culture

    De l’influence des jnoun sur le caractère
    Par Me Fatiha BOUCETTA

    Par L'Economiste | Edition N°:2405 Le 21/11/2006 | Partager

    Fatiha Boucetta a été notaire à Casablanca pendant 14 ans après avoir exercé comme avocate au barreau de la capitale économique pendant 8 ans, avec pour spécialité les contentieux commerciaux. Elle a aussi publié un roman, Anissa captive, aux éditions Eddif en 1991. Peintre et photographe à ses heures perdues, elle n’en a pas moins organisé une dizaine d’expositions pour ses œuvres. Elle se propose, à travers des chroniques racontant des cas vécus, de partager, avec les lecteurs de L’Economiste, les expériences heureuses et malheureuses des gens avec la Conservation foncière, le fisc, la justice, les avocats, les notaires… (Ph. privée)Ne trouvez-vous pas que conter une fois l’histoire d’un homme, une fois celle d’une femme devient assez fastidieux? Il est vrai que le choix est limité, à part raconter des histoires d’animaux, ce que Kalila wa Dimna et La Fontaine faisaient à la perfection, mais à moins d’avoir un jour le vrai avis de nos amies les bêtes, il faudrait qu’elles parlent… Afin de ne pas verser dans la monotonie, voici ce qui est arrivé à un groupe de personnes travaillant dans une société. Ces employés sont dirigés par un haut cadre compétent, affable, mais pourvu d’un caractère emporté, basculant des éloges les plus sincères aux plus basses insultes à ses collaborateurs.Certains employés dépriment, démissionnent; une bagarre manque d’éclater entre le fameux directeur et son fidèle second; ceci pour un chèque que la banque a renvoyé, exaspérée également par les manières cyclothymiques, diraient les psychiatres, du directeur. Et cela, malgré un compte en banque pourtant bien fourni.. Photo du directeurCette fois-ci, les subordonnés, tous de bons Marocains croyant dur comme fer aux envoûtements et autres sortilèges, se réunissent en secret et cherchent une solution. Après d’âpres discussions, une seule hypothèse fait l’unanimité: il doit être envoûté par quelqu’un; les jeunes cadres haussent les épaules, les plus vieux les rabrouent en leur enjoignant de croire en les êtres occultes cités d’ailleurs dans le Coran. Exit les avis des jeunes écervelés sans expérience. Comme ils aiment bien leur directeur au fond, ils décident d’aller «consulter» pour lui. Justement, sa secrétaire a une cousine habituée des voyantes les plus réputées de Casa. La secrétaire en chef se procure une photo du directeur et va voir, remorquée par sa cousine, une bonne femme logeant dans une modeste maisonnette da la vieille médina. C’est vous dire ses pouvoirs! Heureusement que la crédulité humaine n’a pas de limites, sinon les voyants ne pourraient même pas pointer au chômage, vu notre absence d’ANPE… La femme de l’art les fait asseoir et se fait apporter une vasque accompagnée d’un broc plein d’eau, et une demi-douzaine d’œufs. Elle casse les œufs un par un, pour «lire» dans le jaune qu’elle ne transvase pas de demi-coquille en demi-coquille, mais de sa main droite à sa main gauche, après avoir laissé choir les coquilles dans l’eau. Il semblerait que le jaune soit plus révélateur dans ses paumes. Après examen approfondi de chaque jaune d’oeuf, elle le laisse aussi tomber avec les coquilles, puis elle présente le dernier, bien rond, bien brillant, à la visiteuse qui observe, emplie de respect, les gestes de la magicienne, espérant que celle-ci n’a pas l’odorat dérangé par tous ces œufs qu’elle manipule à longueur de journée. Puis la «savante» rend son verdict. «Tu dis que ton patron est trop coléreux? Mais c’est enfantin, il est possédé!». «Ah! Je me disais bien, dit la brave secrétaire. Alors il faut lui faire t’fousikha  (désenvoûtement)?». «Tu ne m’écoutes pas, reprend la vieille femme avec indulgence. Oui, il est mashour, (encorcelé), bien sûr, mais il est surtout maskoun (possédé), et tu sais par qui? Par Mira». Les connaissances «jinnesques» de la bonne secrétaire ne vont pas jusque-là. La voyante se charge de lui donner un petit cours de sorcellerie. Notre religion (un comble!) comporte plusieurs jnoun (singulier «jinn» et pas «djinn» comme disent les occidentaux): il y a Mira, symbole des sautes d’humeur, dont la couleur est le jaune, Aïcha Qandicha symbolisée par le rouge avec l’évocation de laquelle on terrifie les petits enfants, et bien d’autres, femelles et mâles, Hammou notamment, et le célèbre Chamharouch, d’ailleurs enterré quelque part au Maroc (ah  bon? On les enterre? C’est comme les anges, alors: mariage, enfants, et même mortalité. D’accord). Et puis, comme le Ramadan est terminé car ils étaient enchaînés jusqu’à Laylat el qadr (la nuit du Destin) et qu’ils sont délivrés par les pouvoirs célestes cette nuit-là, il faut recommencer à les craindre et donc s’en prémunir par des actions spécifiques. C.Q.F.D.Donc, quelle est la sentence? Il faut, dit l’experte en sciences occultes, de toute urgence offrir un poulet, que dis-je, un coq, en sacrifice à Mira, dont l’ «antre» se trouve à Merchich. Ne serait-ce pas l’hôpital psychiatrique de Marrakech? Eh bien non, apprenons-le, il existe un autre Merchich quelque part dans les environs de Casa. La cousine intermédiaire l’y conduira.Suite dans notre édition du mardi 28 novembre

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