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    De Kaboul à Tbilissi,
    en passant par Bagdad… les désastres américains
    Par Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie

    Par L'Economiste | Edition N°:2865 Le 22/09/2008 | Partager

    Au cours de la présente campagne électorale, Joseph E. Stiglitz prend fait et cause pour le candidat démocrate, Barak Obama (cf. L’Economiste du 10 septembre). Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001, enseigne cette discipline à l’université de Columbia après avoir dirigé le board des conseillers économiques du président Clinton et servi en qualité de directeur économique et de vice-président de la Banque mondiale. Il en a démissionné en 2000 et, depuis, il se montre très critique à l’endroit de l’institution. Son ouvrage le plus vendu, Globalization and its Discontents [La grande désillusion] a été traduit dans plus de 30 langues. Il a publié il y a un an «The Roaring Nineties: A New History of the World’s Most Prosperous Decade», que l’on pourrait traduire par «Les rugissantes années 90: une nouvelle histoire de la décennie la plus prospère du monde». Son dernier livre s’intitule «3.000 milliards de dollars, le vrai coût du conflit en Irak», présenté en avant-première dans nos colonnes, (cf. L’Economiste du 31 mars 2008)Bien entendu, l’apaisement des combats en Irak est une bonne chose, et le renforcement des effectifs a dû y contribuer. Néanmoins, il faut le reconnaître, cette violence ferait la Une des journaux si elle se produisait ailleurs dans le monde. Nous sommes devenus si insensibles à la violence en Irak qu’une journée nous semble bonne si «seulement» 25 civils sont tués!

    Soudoyer des insurgés?
    La montée en puissance militaire ne joue pas un rôle clair dans la réduction de la violence. D’autres facteurs y ont probablement bien plus contribué, comme de soudoyer les insurgés sunnites pour qu’ils combattent aux côtés des Etats-Unis contre l’Irak. Mais cette stratégie est dangereuse. Les Etats-Unis devraient former un gouvernement fort et uni, plutôt que de consolider les milices sectaires. Le gouvernement irakien est maintenant conscient des dangers et a commencé à arrêter certains leaders soutenus par le gouvernement américain. Les perspectives d’avenir stable semblent de moins en moins plausibles.Voilà le point essentiel: la montée en puissance militaire devait créer les conditions propices à la conclusion d’un accord politique, qui servirait de base à une stabilité de long terme. Or, cet accord n’a pas été conclu. Tout comme les arguments employés pour justifier la guerre et les mesures de son succès, les raisons de ce déploiement ne cessent elles aussi de changer. Pendant ce temps, les implications économiques et militaires de cette mésaventure deviennent de plus en plus évidentes. Même si les Etats-Unis étaient parvenus à la stabilité en Irak, cela n’aurait pas garanti une victoire sur la «guerre contre le terrorisme», sans parler de la réalisation d’objectifs stratégiques plus vastes. Les choses ne se sont pas déroulées pour le mieux en Afghanistan –c’est le moins qu’on puisse dire– et le Pakistan semble plus instable que jamais.En outre, la plupart des analystes s’accordent à reconnaître que l’invasion de la Géorgie par les Russes, qui a ravivé les craintes d’une nouvelle Guerre froide, est en partie due à la conviction que l’Amérique risquerait peu de réagir, ses forces armées étant déjà engluées dans deux conflits (et sévèrement entamées compte tenu d’une politique refusant de remplacer les ressources militaires aussi vite qu’elles s’épuisent). Les calculs de la Russie se sont avérés justes.Même le plus grand et le plus riche pays du monde a des ressources limitées. La guerre en Irak a été entièrement financée par le crédit; et la dette nationale américaine a augmenté de deux tiers en seulement huit ans, notamment pour cette raison. Les choses ne s’arrangent pas: rien que pour 2009, on s’attend à ce que le déficit s’élève à plus d’un demi-billion de dollars, hormis le coût des subventions et le deuxième train de mesures d’incitation que la quasi-totalité des économistes considèrent désormais comme urgent. La guerre et la façon dont elle a été menée ont réduit la marge de manoeuvre américaine. Elle creusera et prolongera certainement le déclin économique.
    Désastre afghan
    Il est particulièrement dangereux de croire que la montée en puissance militaire a porté ses fruits, car la guerre en Afghanistan se présente mal. Les alliés européens de l’Amérique sont las des batailles sans fin et des pertes de plus en plus importantes. D’une manière générale, les dirigeants européens ne maîtrisent pas l’art de la tromperie aussi bien que le gouvernement Bush, il leur est plus difficile de cacher les chiffres à leurs citoyens. Par exemple, les Britanniques ont conscience des problèmes qu’ils ont rencontrés à plusieurs reprises à l’époque impériale en Afghanistan. Comme on peut s’y attendre, les Américains continueront à exercer des pressions sur leurs alliés, cependant, la démocratie permet de limiter les effets d’une telle pression. L’opposition populaire à la guerre en Irak a empêché le Mexique et le Chili de céder aux pressions américaines pour approuver l’invasion, et les citoyens de ces pays ont finalement eu raison.Malgré cela, aux États-Unis, la croyance que la montée en puissance a «fonctionné» poussera nombre de personnes à affirmer qu’il faut renforcer les effectifs militaires en Afghanistan. Certes, la guerre en Irak a détourné l’attention de l’Amérique sur l’Afghanistan, mais les échecs en Irak sont une question de stratégie, non de renforcement des troupes. Il est temps pour l’Amérique, comme pour l’Europe, de tirer des leçons de la situation en Irak, ou, plutôt, de réapprendre celles apprises par la plupart des pays qui s’échinent à occuper d’autres pays et à décider de leur avenir.

    L’arnaque macho!

    La récession économique a détrôné la guerre en Irak en tant que question phare de la campagne présidentielle américaine, notamment parce que les Américains en viennent à croire que la situation s’est redressée là-bas, où la montée en puissance militaire aurait, soi-disant, intimidé les insurgés! Les conséquences à tirer sont claires: la démonstration de pouvoir est la plus forte. C’est précisément ce type de raisonnement macho qui a tout d’abord convaincu les Etats-Unis de partir en guerre, pour montrer la puissance stratégique de leur force militaire. Au lieu de cela, la guerre a fait ressortir ses limites. De plus, elle a sapé leur véritable source de pouvoir, leur autorité morale. Les récents événements ont rendu la méthode du gouvernement Bush encore plus dangereuse. Il n’a jamais fait de doute que les États-Unis ne choisiraient pas le moment où ils quitteraient l’Irak, à moins d’enfreindre une fois de plus le droit international. Maintenant, l’Irak veut que les troupes de combat américaines quittent le pays d’ici douze mois et l’ensemble des troupes en 2011.Copyright: Project Syndicate, 2008.Traduit de l’anglais par Magali Adams

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