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    Economie

    De grandes entreprises en cause : L'eau éclabousse la classe politique française

    Par L'Economiste | Edition N°:157 Le 08/12/1994 | Partager

    Les grands noms français des opérateurs de l'eau courtisent le Maroc, quand ils n'y sont pas installés. Ils sont éclaboussées par des affaires de corruption en France qui remontent jusqu'au ministre.

    Le monde est plein de ces paradoxes qui paraissent défier les lois du bon sens. Ainsi en va-t-il de l'eau en France: elle est abondante, de bonne qualité, bien répartie sur le territoire et pourtant hors de prix. Pire: les grandes sociétés distributrices, qui comptent parmi les plus profitables entreprises françaises, sont aujourd'hui accusées d'être au coeur du système de corruption qui gangrène la vie politique du pays, et vient d'envoyer en prison un ministre démissionnaire du gouvernement Balladur.

    Dans un pays européen comme la France, le problème n'est pas le manque d'eau: 37 milliards de mètres cubes sont distribués chaque année, dont 5 milliards de mètres cubes d'eau potable, et chaque Français en consomme près de 200 litres par jour pour ses usages domestiques.

    Pour autant, cette eau n'est pas disponible partout en fonction des besoins, et surtout n'est pas nécessairement consommable à l'état naturel.

    Il faut donc l'acheminer jusqu'au consommateur, la traiter, puis l'épurer quand elle est usée avant de la rejeter. Tous ces impératifs coûtent cher, et puisque de telles opérations sont indispensables, elles attirent les convoitises.

    Les métiers de l'eau

    Il y a encore quelques années, la majeure partie du traitement et de la distribution de l'eau étaient entre les mains de régies municipales, et souvent de syndicats intercommunaux qui ont longtemps eu pour vocation d'assurer la création des réseaux d'infrastructures qui faisaient défaut.

    Dès l'immédiat après-guerre, et jusqu'au milieu des années 70, le pays s'est ainsi trouvé lardé de tranchées d'adduction: ils ont permis que pratiquement toutes les collectivités du pays puissent offrir l'eau courante à leurs administrés.

    Lorsque les réseaux ont été installés, il a ensuite fallu les moderniser, créer des usines de retraitement adaptées aux normes modernes, et surtout à l'augmentation considérable de la consommation.

    Progressivement, mais de plus en plus vite, les collectivités locales ont estimé que ces "métiers de l'eau" n'étaient pas de leur ressort, et qu'il convenait donc de rétrocéder les concessions à des opérateurs privés.

    Les deux principaux, à savoir la Compagnie Générale des Eaux et la Lyonnaise des Eaux-Dumez, se sont de la sorte taillé de véritables empires. Ces deux géantes détiennent aujourd'hui, respectivement, 35,6 et 21,4% du marché de l'eau en France, 25% de celui-ci demeurant entre les mains de régies municipales. Les deux autres opérateurs significatifs sont la CISE, filiale du groupe Saint-Gobain (6,8%) et la SAUR, filiale du groupe Bouygues (9,7%).

    Un denrée abondante mais chère

    Les enjeux économiques sont énormes, car l'eau en France a beau être une denrée abondante, elle coût cher.

    Pour un particulier de Nice, chaque mètre cube fourni par la Générale des Eaux lui sera facturé 15,50 Francs; ce sera 17,26 F à Toulon, 10,07 F à Nantes (Régie municipale), 11,02 F à Paris (Régie Municipale) ou 15,60 F à Bordeaux (Lyonnaise des Eaux-Dumez)...

    Il n'est guère étonnant dans ces conditions que l'eau assure aux entreprises concernées un chiffre d'affaires considérable,qui augmente régulièrement.

    Ainsi, le précieux liquide a-t-il représenté, en 1993, 37,8% du chiffre d'affaires de 147,6 milliards de Francs pour la Compagnie Générale des Eaux et 17,4% d'un chiffre d'affaires de 93,6 milliards de Francs pour la Lyonnaise des Eaux-Dumez.

    Si ces entreprises se trouvent aujourd'hui au coeur de plusieurs affaires de corruption, c'est qu'elles paraissent avoir été tentées de conquérir par des moyens détournés de nouveaux marchés.

    Un ministre en prison

    C'est ainsi que la maire de Grenoble et ancien ministre de la Communication d'Edouard Balladur, Alain Carignon, se trouve d'avoir cédé la gestion des eaux de sa ville à la Lyonnaise des Eaux-Dumez au prix de contreparties illégales, qui confineraient à l'enrichissement personnel.

    Non sans avoir, au passage, renfloué les caisses de la publication électorale du maire. Avec pour conséquence une augmentation significative du prix de l'eau pour les consommateurs grenoblois...

    Elus courtisés

    Et le phénomène se retrouve partout. Puisque la décentralisation le leur permet, ce sont les élus locaux qui fixent le prix de l'eau. Rien d'étonnant dans ces conditions à ce que ces élus soient courtisés par les entreprises de distribution d'eau. Elles sont généreuses avec les caisses électorales des candidats à l'élection ou au renouvellement. Et les comptes des partis politiques -publiés pour la première fois au Journal Officiel de la République Française le 18 novembre dernier sont fort éloquents. Ils ont reçu au total, en 1993, 200 millions de Francs des entreprises. Mais quelles sont parmi ces dernières, celles qui mettent le plus généreusement la main dans la poche? La Compagnie Générale des Eaux, la Lyonnaise des Eaux-Dumez, Bouygues... A noter qu'elles sont éclectiques, et qu'elles versent généreusement à la majorité et à l'opposition, sans exclusive. A noter qu'elles ont promis de cesser ces pratiques.

    On ne doit pas oublier non plus que l'eau n'est pas seule en cause, ces entreprises oeuvrant également dans le bâtiment ou la communication. On n'a pas fini de parler d'elles...

    Jean Guisnel Correspondant à Paris

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