×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Culture

De Barack Obama à Magdi Allam: Quelle dialectique entre le politique et le religieux?
Par Hakim EL GHISSASSI

Par L'Economiste | Edition N°:2752 Le 09/04/2008 | Partager

Hakim El Ghissassi, spécialiste de la laïcité et droit des cultes, fondateur et directeur des magazines Sezame (« ex-la Médina ») et Madarik, l’hebdomadaire du fait religieux. Il est auteur de «Regard sur le Maroc de Mohammed VI» publié chez Michel Lafon en 2006Barack Obama déclare ne pas être musulman. Le journaliste italien Magdi Allam est baptisé en grande pompe par le pape Benoît XVI. «Fitna»: un film de propagande anti-islam est mis en ligne, les musulmans des Pays-Bas appellent au calme: ils connaissent bien le courant extrême droite de Wilders, disait le Néerlandais-Marocain, ancien député vert, Mohamed Rabbae. La Cour constitutionnelle turque a annoncé lundi qu’elle allait examiner une demande d’interdiction du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, pour activités allant à l’encontre de la laïcité. En conséquence, l’Union européenne met en garde et menace de ralentir plus les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE. L’inauguration, le 14 mars, de la première église au Qatar et les discussions pour l’ouverture d’églises en Arabie saoudite accompagnent le soutien du roi Abdallah pour un dialogue entre les trois religions monothéistes et la publication par l’OCI d’un rapport alarmant sur l’islamophobie… L’actualité multiplie les événements où l’on redoute à chaque instant des dérapages violents. . Quand la religion fait la uneAinsi, la politique religieuse est devenue centrale dans l’actualité internationale. Elle pose des questions épineuses sur les limites de la liberté d’expression et la liberté religieuse et son rapport avec le politique.«Le livre rouge» de l’Eglise annonce dans son édition 2008 que le nombre de musulmans (19,2%) dans le monde dépasse désormais celui des catholiques (17,4%). Mgr Vittorio Formenti, directeur de cet annuaire du Vatican, précise que le nombre de chrétiens de différentes confessions - catholiques, orthodoxes, anglicans, protestants - «représente 33% de la population mondiale». Ces statistiques peuvent-elles nous éclairer sur la politique du Vatican? Sont-elles pour quelque chose dans les idées avancées par le pape dans sa conférence de Ratisbonne à propos de l’islam et des fondements hellénistiques du catholicisme, sachant qu’une forte proportion de catholiques vit en Amérique latine où la théologie de libération trouve le plus d’adeptes? L’Eglise catholique, comme les grandes religions traditionnelles, est confrontée à une forte sécularisation et à une difficulté dans la transmission de sa morale. Il a besoin pour se régénérer de revivifier son identité et de marquer ses différences avec les autres expressions religieuses et mettre plus en valeur le discours de Jésus-Christ le sauveur. . Affirmation identitaireCette politique de fermeté et d’affirmation identitaire s’est manifestée dans la confirmation de la prière de conversion des Juifs, contenue dans la messe en latin du vendredi saint. Malgré les protestations virulentes des dignitaires religieux juifs, le Vatican a en effet refusé de porter des modifications sur la nouvelle version de la prière qui demande à Dieu qu’il «éclaire le cœur des juifs» afin «qu’ils connaissent Jésus-Christ, sauveur de tous les hommes», et lui demande aussi de permettre «que tout Israël soit sauvé en faisant entrer la foule des gens dans (son) Eglise». Jusqu’à la réforme liturgique du concile Vatican II dans les années 1960. Selon l’ancien texte, les fidèles priaient «pour la conversion des Juifs», afin que Dieu «retire le voile de leur cœur» et qu’il leur accorde d’être délivrés de «l’obscurité» et de «l’aveuglement». Le dialogue entre les trois religions monothéistes soutenu par le roi Abdallah, bien reçu par le grand rabbin d’Israël et le conseil des églises non catholiques, se retrouvera-t-il devant une impasse? L’appel au dialogue n’est pas nouveau. Les communautés israélites, chrétiennes et musulmanes d’Europe le pratiquent au quotidien. Dans les pays de l’Islam, le vivre ensemble est une injonction divine, inscrite dans la plupart des constitutions. Ce sont le messianisme, le prosélytisme et l’absolutisme qui deviennent de plus en plus des handicaps au rapprochement et source de conflit. Comment peut-on parler de dialogue quand les expressions anti-islam, antijuive ou antichrétienne ne sont pas combattues et décriées avec force. Le dialogue interreligieux aura son sens le jour où les adeptes des trois religions monothéistes œuvreront ensemble pour la lutte contre la violence sous toutes ses formes et pour le respect sincère d’autrui. Le politique avec son rôle de facilitateur, est, sans doute, un élément déterminant, mais sera-t-il capable de marier entre l’instantanéité qui l’habite et l’au-delà du religieux?La décision de la Cour constitutionnelle turque d’examiner une demande d’interdiction du parti de l’AKP au pouvoir démontre les difficultés d’une entente entre le politique et le religieux si les sphères de chacun ne sont pas identifiées et respectées, et s’ils ne prennent pas en considération l’évolution des sociétés et du monde. Devant des opinions conflictuelles qui ne cherchent pas un terrain d’entente, la démocratie ne résiste pas. Elle est vite supplantée par l’autoritarisme. Comme l’essence du politique est de s’inscrire dans la modernité, le religieux est appelé à revisiter son fonctionnement afin qu’il s’adapte et s’inscrive dans la vie des gens. Vouloir construire un imaginaire sur l’islam comme ennemie ne fait qu’exaspérer les extrémismes et heurter la sensibilité d’une forte composante de l’humanité. Le temps des révélations scellé, l’homme est appelé à assumer sa responsabilité.


Liberté, conversion et signe politique

Sur un autre registre, la médiatisation de la conversion d’un musulman n’est pas innocente. Si nous respectons le choix du journaliste italien, Magdi Allam, d’adopter une religion qui répond à ses questionnements, son baptême ultramédiatisé, par le pape en personne, est un signe politique envers le monde de l’Islam tant décrié comme irrespectueux des libertés religieuses, il est regardé par ce dernier, comme une incitation à l’évangélisation des musulmans et un soutien à des courants très critiques envers l’islam et qui parfois ne sont que le reflet d’expressions maladives et haineuses. «Au-delà du phénomène des extrémistes et du terrorisme islamique, la racine du mal est inhérente à l’islam», écrit Magdi Allam dans son journal, au lendemain de son baptême. Un islam qu’il juge «physiologiquement violent et historiquement conflictuel». Il poursuit dans sa longue lettre que «son esprit s’est affranchi de l’obscurantisme d’une idéologie qui légitime le mensonge et la dissimulation» et «la soumission aveugle à la tyrannie», lui permettant «d’adhérer à l’authentique religion de la Vérité, de la Vie et de la Liberté». Le porte-parole du Vatican, Fedrico Lombardi, a justifié la démarche du pape en déclarant que «accepter dans l’Eglise un nouveau croyant ne signifie évidemment pas en épouser toutes les idées», et que le pape a pris le risque de ce «baptême» pour «affirmer la liberté de choix religieux découlant de la dignité de la personne humaine». Une mise au point qui conforte la lecture politique de l’action du pape. Nous ne pouvons pas ne pas voir dans cet acte le signe d’une mise en garde contre les dernières fermetures d’églises en Algérie, l’assassinat de l’évêque chaldéen de Mossoul, Mgr Rahou Farak, ou encore une réponse de fermeté envers les menaces proférées par Ben Laden contre le pape.


Obama: «Je n’ai jamais été musulman»

«En fait, je n’ai jamais été musulman», a rappelé Barack Obama aux dignitaires juifs de Cleveland. Il était contraint à plusieurs reprises de se justifier en déclarant qu’il n’est pas musulman mais un fervent chrétien et qu’il a prêté serment sur la Bible en prenant ses fonctions de sénateur. Ces déclarations viennent quelques jours après avoir exprimé sa volonté d’organiser une fois élu «un sommet dans le monde musulman avec tous les chefs d’Etat» afin de «discuter franchement sur la façon de contenir le fossé qui s’agrandit chaque jour entre les musulmans et l’Occident».Le deuxième prénom d’Obama, Hussein, la tunique blanche et le turban kenyan traditionnel, (portés lors d’une visite au Kenya en 2006, pays d’origine de son père) ont paru des éléments suffisants pour l’accuser de dissimuler son islamité et sa proximité avec le monde de l’islam. Il a expliqué que son «grand-père, qui était Kenyan, s’est converti au christianisme, puis à l’islam… (son) père n’a jamais pratiqué, il était agnostique». Donc, a-t-il dit, «hormis mon nom et le fait que j’ai vécu dans un grand pays musulman pendant quatre ans quand j’étais enfant, j’ai très peu de lien avec la religion musulmane». Cette obstination à coller à Obama l’étiquette de l’islam, pour lui nuire, ainsi que cette vigueur avec laquelle Obama tient à se démarquer de l’islam et de la culture de ses parents paternels, démontrent à quel point l’islam est devenu la «tare» qui pourrait faire perdre les élections au prétendant à la Maison-Blanche.


Moule politico-idéologique

Louis Farrakhan (73 ans) est le leader américain de Nation of Islam. Il n’a pas apporté formellement son soutien à Barack Obama, mais il a annoncé: «Ce jeune homme est l’espoir du monde entier, de voir l’Amérique changer et devenir meilleure». Barack Obama a dénoncé les opinions de Farrakhan, qualifiées «d’antisémites et racistes». Il s’est démarqué des propos de son pasteur et amin, Jeremiah Wright, qui avait jugé que les Etats-Unis étaient partiellement responsables des attentats du 11 septembre 2001 et que les Noirs américains devraient dire «Que Dieu maudisse l’Amérique» (au lieu de la formule rituelle: «Que Dieu bénisse l’Amérique»). Ces dénonciations et le discours éloquent d’Obama à propos du racisme et de la religion ne satisfont pas Hillary Clinton dans sa course pour la Maison-Blanche et qui a déclaré: «Nous n’avons pas le choix en ce qui concerne nos familles, mais nous avons le choix quand il s’agit du pasteur et de l’église que nous fréquentons». Il est devenu difficile d’exprimer des opinions si elles ne s’accordent pas avec la pensée unique et n’entrent pas dans le moule politico-idéologique régnant.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc