×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Economie

D'après une étude sur plusieurs secteurs : Le prix n'est qu'un outil mineur de la concurrence

Par L'Economiste | Edition N°:65 Le 04/02/1993 | Partager

L'ajustement structurel de l'économie marocaine exigeait l'adoption d'un certain train de mesures dont la libéralisation des prix. L'application de cette dernière n'a pas entraîné un dérapage des prix(1) Cependant elle n'a pas atteint un de ses objectifs majeurs, celui de la concurrence par les prix. La structure des marchés en serait une des causes, selon les auteurs du livre '"Prix et concurrence au Maroc", publié par le Ministère des Affaires économiques.

L'étude du comportement des prix demande à être accompagnée de celle de la structure des marchés, pour mieux approfondir les causes de l'évolution de ces prix en relation avec les imperfections possibles des marchés sur le comportement des entreprises. En ne considérant les marchés que du point de vue de leur degré de concentration ou de concurrence, c'est une typologie à quatre éléments qui se fait jour:

Typologie

- un marché oligopolistique à forte concentration (la part des deux premières entreprises dépasse 75% du total): biens de consommation intermédiaires (emballages métalliques, pneumatiques, fer à métaux, papier et carton). En principe, cette structure est propice aux ententes sur les prix. Le processus de détermination des prix est régi par une entente formelle ou plus simplement par une entreprise leader. Mais, le nombre d'articles concernés et leur valeur pondérée sont très faibles. La libéralisation des prix montre qu'aucun changement fondamental des entreprises de ce marché n'a été enregistré;

- un marché oligopolistique à faible concentration dans lequel, en dépit du nombre réduit d'entreprises productrices, aucune n'occupe une position dominante. Dans cet échantillon, prennent place les entreprises de dérivés laitiers, du riz, des allumettes, et des véhicules, mais pour les articles de l'ICV et 28 de l'IPG seulement.

La décision de libéralisation n'a pas changé le fait que les prix continuent toujours à être fixés d'une manière ouverte par les associations des professionnels des secteurs concernés, ou de manière tacite. Segmentation du marché et promotion d'une image de marque restent les seules formes de concurrence de ce secteur.

10 articles de l'ICV

- un marché monopolistique: il compte 10 articles compris dans l'ICV avec une valeur pondérée de 6,9%, 5 articles dans l'IPG avec une part pondérée de 7,7%;

- enfin un marché concurrentiel, structuré de façon qu'aucun des nombreux participants ne possède une part suffisamment forte pour que sa politique de prix s'impose aux autres. Il regroupe 184 articles de l'ICV sur 209 et 189 articles sur 231 de l'IPG. En principe, la compétition entre les producteurs devrait s'étendre à d'autres aspects, comme la qualité du produit, le service après-vente, etc...et la concurrence par les prix devrait être très forte. Néanmoins, les habitudes de concertation entre les producteurs les mieux implantés, déjà en cours lors de la phase réglementation, n'ont guère varié. De façon générale, les pratiques anti-concurrentielles développées par les producteurs (sous forme de concertation pour la fixation des prix) sont considérées par eux comme légitimes et ne revêtent aucun caractère blâmable.

Oligopole concentré: Cas de l'emballage

Carnaud-Maroc, avec 54% des parts en 1990 et Gourvenec avec 38% dominent le marché des Emballages Métalliques (EM) ne laissant à Metalgrafic (5%) et Mutronic (3%) que des miettes. Si, pendant la période de réglementation, la concurrence par les prix s'exerçait peu depuis Janvier 1985, date de la libéralisation des prix. celle-ci ne s'est pas vraiment développée.

Ces deux leaders procèdent à des augmentations à la même date et au même taux les deux autres entreprises se contentant de suivre.

Le secteur des EM fait partie, d après la Nomenclature des Activités Economiques (N.A.E). de la division des Industries Métalliques. Mécaniques et Electriques (IMME). Il se situe en amont de l'industrie des conserves en fabriquant trois types de boîtes: les boîtes pour conserves de poissons (BCP), pour conserves végétales (BCV) et à usage industriel (BI).

Sécurité d'approvisionnement

L'évolution des prix nominaux (PN) indique que, de 1977 à 1984, le taux annuel moyen de variation (TAMV) a été de +10,2, et de 1985 à 1990 de +7,3. On constate ainsi une décélération de la hausse des PN depuis 1985, même si elle est moins forte que le ralentissement de l'inflation depuis cette date (+5% par an en moyenne). L'analyse des prix réels (2) confirme cette évolution: de 1977 à 1984, le TAMV des prix réels a été de +0,4, alors que de 1985 à 1990 ce taux a grimpé à +2,4 par an. La période de libéralisation a donc coïncidé avec un mouvement de hausse des prix réels.

La concurrence ne jouant pas par les prix, ce sont la garantie de la sécurité d'approvisionnement, la rapidité de la livraison et le respect de délais de livraison qui entrent en jeu. Les conserveurs estiment que la création de Métalgrafic (en 1982) et Mutronic (en 1986) a contribué à pousser les deux "grands", Carnaud (fondé en 1928) et Gourvenec (en 1936), à améliorer leurs relations avec eux et à étendre la gamme de leurs produits.

Oligopole non concentré: Cas du riz

Dans leur enquête sur le riz, les auteurs de "Prix et Concurrence" estiment "qu'en redonnant leur liberté aux transformateurs, on devait s'attendre, en principe, à l'émergence d'une concurrence par les prix. En fait, elle n'a jamais été pratiquée". Les ajustements sont opérés aux mêmes dates et au même taux. Cette entente déclarée semble, aux yeux des transformateurs, relever du naturel, quand bien même elle découlerait de la crainte d'une déstabilisation due aux conditions climatiques.

Quatre unités de transformation composent le secteur du riz: Amal (créée en 1958), Somaroz (1956), Marocer (1972), toutes trois sont basées à Kénitra et la Scari (1972) à Allal Tazi. La décision de libéralisation des prix est intervenue en 1985.

Habitudes alimentaires

Le TAMV des prix nominaux "sortie d'usine" du riz rond, de 1974 à 1985, a été de 9,7%. II sera de 6,9% de 1985 à 1990.

Notons toutefois qu'un allégement de la fiscalité a été apporté durant cette seconde période. L'évolution du prix réel du riz rond indique que, de 1974 à 1985, le TAMV a été de +0,1%. Mais il passe à +2% pour la période 1985-1990.

Cela signifie qu'en 1990, le prix réel du riz était plus élevé que celui qui prévalait au lendemain de l'application de la réglementation des prix. Certes, les usiniers sont satisfaits de la politique de libéralisation des prix. Elle leur évite les contraintes des délais dans la procédure de révision, elle a créé un état d'esprit nouveau chez les riziers en les incitant à intervenir plus directement dans le secteur. Mais la libéralisation n'a guère provoqué de changement dans la gestion des prix par les usiniers. Dans un contexte où les habitudes alimentaires favorisent plutôt une préférence pour les dérivés des céréales principales, cette gestion ne peut étendre le champ de la concurrence, ni inciter à une substitution des produits.

Marché concurrentiel: Cas de la peinture

La libéralisation des prix du secteur de la peinture, en 1982, dans un secteur où le nombre élevé d'offreurs permettait l'exercice d'une concurrence réelle, offre un aspect paradoxal: aucun changement n'est intervenu concernant la pratique des prix intérieurs. Les entreprises présentes, nombreuses et dynamiques, - Astral (40% du marché), Sadvel (21%), Belhaj (14%), Chimicolor (10%), Prodec (9%), etc...- étaient incitées à déterminer librement leur prix de vente.

Or, l'association des professionnels du secteur a perpétué la pratique de fixation des prix, avec l'alignement de tous, à plus ou moins brève échéance.

L'évolution du prix nominal de la peinture montre que le TAMV a été de +7,59 jusqu'en 1982, puis de +9,7% de 1982à 1990. Quant à l'analyse du prix réel, elle permet de constater que le TAMV a été de - 3,5% de cette date à 1990. La phase de la réglementation s'était ainsi traduite par une baisse du prix réel. En octobre 1990, celui-ci représentait 1,3 fois celui enregistré en Août 1982.

Dans ce secteur, la modification des parts de marché est déterminée par les rapports avec les fournisseurs, la clientèle ou le réseau de distribution.

Ainsi, les entreprises attachent plus d'importance que par le passé à leur politique commerciale, à la modernisation ou à l'innovation dans le démarchage de la clientèle. Enfin, devant la variété des produits, la qualité devient un critère de choix, surtout pour les professionnels du Bâtiment.

Kenza LOUDIYI

(1) Cf L'Economiste du 14 Janvier 1993.

(2) L'indice des prix réels (IPR) est obtenu par la formule: IPR=100 (IPN/ICV).

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc