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Politique Internationale

Cycle BCM : ''Le Maroc dans le Maroc de l'autre" : Matisse ou l'invitation au voyage

Par L'Economiste | Edition N°:99 Le 14/10/1993 | Partager

Marcelin Pleynet, poète et historien, titulaire d'une chaire d'esthétique à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris, animait, il y a quelques jours, une conférence sur le thème "Henri Matisse, le Maroc et la lumière", dans le cadre du cycle de conférences "Le Maroc dans le regard de l'autre" organisée par la BCM. Conférence suivie de la projection du film "Matisse voyages" de Didier Baussy. Illustrant ses propos à l'aide de diapositives reproduisant des oeuvres choisies, Marcelin Pleynet a retracé pour l'assistance ce qu'il a appelé "la quête du Sud" du grand maître. De Cateau-Cambrésis, ville de tisserands du Nord de la France où il est né et où il tâte - assez tardivement - de la peinture, jusqu'à Tanger où il réalise à 43 ans quelque 23 toiles et 60 dessins considérés parmi les plus remarquables et les plus marquants de son oeuvre, en passant par Paris où il étudie sous la férule de Gustave Moreau; le Midi, la Corse, l'Italie et l'Algérie - un très court séjour à Biskra...; la peinture d'Henri Matisse ose de plus en plus et s'affirme jusqu'à éclater en une plénitude de la palette et des formes, à la fois joyeuse et sereine, qui fera de lui, aux côtés de Picasso, un des deux principaux fondateurs de la peinture moderne. Son voyage polynésien sera, quant à lui, moins fécond. Il faudra attendre les ultimes années d'un Matisse presqu'immobilisé - mais toujours étonnant de créativité - pour voir apparaître les bleus de l'Ile de Pâques, sous forme de gouaches découpées aux ciseaux et collées - les très belles et fameuses séries "Jazz" et "Océanie".

De fait, par sa couleur comme par sa puissance ornementale, l'oeuvre de Matisse reste des plus méditerranéennes qui soient.

Selon Marcelin Pleynet, la rencontre de Matisse avec le Maroc - plus exactement avec Tanger, ville où il séjournera par deux fois et qu'il ne dépassera jamais - joue un rôle extrêmement déterminant dans l'élaboration de la pensée de l'artiste. Bien plus déterminant que ne le signalent la plupart de ses exégètes.

L'importance et la considération de Matisse pour l'art islamique auquel il emprunte le souci décoratif, le sens de l'arabesque, du motif presqu'abstrait répété à l'infini, Pleynet le voit symbolisé dans l'attachement qu'a eu l'artiste pour cette étoffe-fétiche rapportée - ainsi que nombre d'autres objets - du Maroc et jamais quittée. Il s'agit d'une espèce de "haïti" - curieusement qualifiée de "moucharabia" (!?) par le conférencier - et qui porte, en plus du décor usuel sous forme d'arcades, une très belle broderie représentant un feuillage simplifié. Feuillage qui va revenir inlassablement dans les compositions - post-marocaines - du maître. Comme on retrouvera le même "haïti" en toile de fond dans une huile représentant une jeune fille au piano, 20 ans après!

Le discours de Marcelin Pleynet - qui assurément connaît son sujet - aurait peut-être été encore plus éclairant s'il n'avait sacrifié au jargonnage malheureusement toujours en vigueur dans les milieux voués à la critique d'art. Jargon de plus en plus contesté tant par le grand public que par les artistes eux-mêmes. Quand on sait que Matisse s'est toujours soigneusement démarqué de tout discours théorique...

C'est sur ce même thème, le voyage, que Didier Baussy a construit son superbe documentaire réalisé à la gloire de Matisse (Premier Prix du Festival International du Film d'Art de Paris, 1988). Dans un lent et poétique montage d'images - accompagné d'un texte débité sur un ton volontairement(?) monocorde, où se mêlent citations de l'artiste et commentaire de l'auteur - la caméra passe, en travelling avant et arrière, du blanc et noir à la couleur, du paysage naturel au tableau..., en respectant les étapes géographiques franchies successivement par l'artiste, et en insistant, autant que le fit le conférencier, sur le rapport étroit que l'on peut relever entre l'évolution de l'oeuvre et les pérégrinations du maître. Mais pourquoi donc Didier Baussy, qui n'a pas hésité, marchant sur les traces de Matisse, à tourner ses images en Polynésie comme à New-York, a-t-il "oublié" de faire un saut à Tanger?

Jamal BOUSHABA

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