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Economie

Crise mondiale de l’apiculture
Le Maroc est-il concerné?

Par L'Economiste | Edition N°:2689 Le 09/01/2008 | Partager

. Baisse de la production nationale de miel de 35% en 10 ans . Forte mortalité des abeilles partout dans le monde. Changement climatique, pesticides, virus... qui incriminer? L’heure est grave. Un mal mystérieux décime les ruches partout dans le monde et plus encore dans les pays industrialisés. Il s’agit de cas d’empoisonnement généralisé qui intervient tout au long de l’année. Si les causes ne sont pas déterminées de manière formelle, les conséquences, elles, sont effroyables. Aux Etats-Unis, depuis octobre 2006, plus de 30% en moyenne des abeilles meurent. Le nombre de ruches a baissé de moitié, passant de 5 à 2,5 millions. En France, de 1995 à 2005, la production nationale a chuté de 30%. Au Maroc, la situation est tout aussi inquiétante. La production est passée de 3.000 tonnes en 1995 à 2.000 en 2006, soit une baisse de près de 35%. Comment expliquer cette dégringolade alors même que le nombre de ruches s’est amélioré d’environ 24% sur la même période? «La baisse du rendement est incontestablement due au changement climatique et à la sécheresse», avance Saïd Tazi, ingénieur à la Direction de l’élevage au ministère de l’Agriculture. Il faut dire que la recherche scientifique dans les domaines de pointe tels que la biométrie de l’abeille, les maladies... reste encore très timide, ajoute le spécialiste. D’où la difficulté d’appréhender le phénomène. Mais qu’en est-il ailleurs? . Recherche de responsabilitéComment les scientifiques et autres experts justifient ce mal qui ravage les ruches? Rien n’est encore certain, aucun coupable jusqu’à aujourd’hui n’ayant pu être désigné. Les abeilles seraient menacées en raison des pratiques agricoles inadaptées qui affaiblissent leur système immunitaire. Les apiculteurs montrent du doigt les pesticides, en particulier les insecticides, utilisés dans l’agriculture. Comment? par les résidus déposés sur les plantes qui contaminent la nourriture des insectes, pollen et nectar. Mais rares sont aujourd’hui les chercheurs qui incriminent les seuls Gaucho et le Régent (principaux pesticides utilisés en agriculture) dans les mortalités d’abeilles. Parce que l’imbrication de nombreuses molécules rend difficile la recherche de la responsabilité de l’une d’entre elles. En décembre 2007, lors du congrès annuel des entomologistes(*) en Californie, des experts américains ont avancé la piste des pathologies: les virus tels que le Varroa et le Nosema apis. Ces parasites de l’abeille, comme on les appelle, sont devenus résistants aux traitements traditionnels. A cela s’ajoutent les carences liées aux monocultures (par exemple le tournesol) et les pesticides d’origine apicole. Pourtant, les pesticides restent la seule solution pour protéger les ressources alimentaires contre les plantes et les animaux nuisibles. Par ailleurs, le milieu scientifique pointe aussi du doigt l’exploitation commerciale des abeilles, qui est très lucrative. Les apiculteurs font voyager leurs ruches pour polliniser les champs des agriculteurs qui louent leurs services, imposant aux abeilles des conditions de vie contre-nature. Le transport les rendrait plus vulnérables aux maladies et virus. En définitive, il y aurait plusieurs coupables mais difficile de désigner le principal. . Les changements climatiques en têteAu Maroc, c’est donc les changements climatiques que l’on incrimine. Pourtant, l’apiculture a traversé une grave crise en 1989-1990 suite à la maladie de la varroase (genre d’acariens qui attaquent les abeilles) qui a décimé une grande partie du cheptel. D’ailleurs, la production était tombée à 2.000 tonnes, niveau atteint en 2006 malgré les efforts de modernisation. Les apiculteurs ont eu, du coup, beaucoup de difficultés à repeupler les colonies. Il faut dire aussi que l’activité souffre d’un manque criant d’organisation. Selon le ministère de l’Agriculture, la filière est aujourd’hui encore sous exploitée du fait de l’absence de partenariat entre les apiculteurs et les agriculteurs d’une part, et avec l’Etat d’autre part. «Nous n’avons pas jusqu’à présent d’interlocuteur national afin de développer des partenariats entre le ministère et les opérateurs, et de moderniser l’activité», s’indigne Tazi. «Une profession non fédérée ne peut pas aller loin», renchérit Noureddine Belkadi, ingénieur, anciennement responsable à l’Office régional de mise en valeur agricole du Gharb et conseiller apicole auprès des associations. En 1989-1990, suite à la vague de la varroase, les associations en partenariat avec l’Etat, se sont mobilisées pour lutter contre la maladie. Cela avait donné d’excellents résultats, soutiennent les experts. Depuis, ces structures sont très peu dynamiques. «Il s’agit aujourd’hui de redynamiser les coopératives apicoles et surtout de regrouper les unités pépinières apicoles qui contribuent au développement du secteur», propose Belkadi. Ces unités produisent des reines sélectionnées qui donnent des colonies fortes mais qui ne sont pas vendues dans un cadre structuré. D’où la suggestion de créer une association d’éleveurs de reines. L’idée est lancée mais le projet peine à aboutir. L’apiculture marocaine souffre par ailleurs de contraintes spécifiques qui freinent son développement. Il s’agit du faible niveau de technicité des apiculteurs et d’une faible productivité des colonies d’abeilles: en moyenne 20 kg/ruche/an contre 50 à 70 kg dans les pays grands producteurs de miel (Mexique, Inde, Argentine). Pourtant, les potentialités apicoles au Maroc sont très importantes grâce aux ressources très diversifiées: 4,7 millions d’ha de forêts. Rien que dans le Gharb, on dénombre 80.000 ha de forêts d’eucalyptus, 40.000 ha de forêt naturelle, 17.000 ha de vergers d’agrumes et de rosacées, les plantes naturelles de montagnes telles que le thym, le romarin et la lavande. De quoi faire beaucoup de miel et du bon...


Menace sur la biodiversité

Au-delà de la production de miel, les abeilles ont un pouvoir inestimable sur Dame Nature. Selon des études récentes aux Etats-Unis (mai 2007), elles sont à l’origine de 80% de la pollinisation des plantes. Près de 40% de l’alimentation de l’homme (fruits, légumes, oléagineux...) dépend de leur action fécondatrice. Ces insectes pollinisateurs sont essentiels à la reproduction de nombreuses plantes. Près de 20.000 espèces végétales menacées sont encore sauvegardées grâce à cette action pollinisatrice. Ce rôle d’auxiliaire de l’agriculture est pourtant rarement mis en avant. Par ailleurs, le miel, la gelée royale, le venin demeurent des produits très appréciés au Maroc et ailleurs pour leurs qualités diététiques mais aussi thérapeutiques. «Au Maroc, ce sont pas moins de 34.000 agriculteurs qui tirent aujourd’hui leur revenu en totalité ou en partie de l’apiculture. Celle-ci est, tout de même, rarement une source unique de revenu», précise Saïd Tazi, ingénieur à la Direction de l’élevage au ministère de l’Agriculture. Jihane KABBAJ -----------------------------------------------------------------------* L’entomologie est la partie de la zoologie qui étudie les insectes.

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