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    Politique

    Crise au Parlement
    Un conseiller prend l’institution en otage

    Par L'Economiste | Edition N°:2424 Le 18/12/2006 | Partager

    . Youssef Tazi proteste contre ses avanies judiciaires. Des élus, mis en cause dans l’achat de voix, le rejoignent. L’Istiqlal garde le silenceUN vote négatif d’un budget sectoriel, et c’est tout l’édifice parlementaire qui est perturbé. Les sept conseillers qui ont rejeté le budget du ministère de la Justice, voté en commission mercredi matin, ont réussi à attirer l’attention sur eux. 5 votes ont été favorables, et 6 se sont prononcés contre. Celui de Youssef Tazi, Istiqlal, a fait la différence. Son vote fait tomber le budget du département mené par le socialiste Mohamed Bouzoubaâ. C’est à ce dernier, en particulier que s’adresserait le «message» de Tazi, conseiller à la deuxième chambre. «Nous voulons une justice pour tous», clame le fils de l’autre Tazi Abdelhaq, ancien ministre, père du contestataire. «Nous sommes à la veille des élections; nous voulons que la justice soit la même pour tous», insiste Youssef Tazi. En fait, dans les rangs des frondeurs, on trouve des élus aux prises avec la justice. Leurs affaires sont en cours de jugement, notamment dans le cadre du dossier de l’achat des voix. Mohamed Saoud et Ali Kayouh, deux autres conseillers de l’Istiqlal, ont pris en otage la séance du vote au sein de la commission de la Justice. Le premier, élu de la région de Larache, a écopé, en première instance, d’un an de prison ferme, de 60.000 DH d’amendes et de l’inéligibilité pour une période de dix ans. Un jugement en appel est attendu, et, en attendant, les mis en cause exercent leur mandat. Il avait auparavant menacé de ne pas y aller. Ali Kayouh, quant à lui, n’est pas directement concerné par ces affaires, mais l’élu du Souss fait chorus. Les deux hommes se sont lancés dans un réquisitoire contre une justice «non équitable». Saoud allant jusqu’à invoquer des exemples occidentaux où «les ministres présentent leur démission face à des situations similaires». Ali Kayouh défie son monde de trouver des élus «clean». La corruption électorale est-elle véritablement généralisée ? C’est le message pourtant que l’élu de la seconde Chambre tentait de faire passer, au risque de passer aux yeux de l’opinion publique pour celui qui veut que rien ne change dans cette corruption.L’incident, qui n’a par ailleurs aucun impact sur la validation définitive du budget, celui-ci est passé sans encombre en séance plénière à la seconde Chambre avant son adoption finale, a mis en émoi le microcosme politique. Le premier secrétaire de l’USFP a eu un seul mot que pour qualifier les faits: «scandaleux». Mohamed El Yazghi juge paradoxal que «des conseillers qui invoquaient l’intervention de la justice pour régulariser le processus électoral reprochent aujourd’hui à cette même justice de faire son travail». Des conseillers de l’USFP, qui ont organisé la riposte, tentant de défendre leur ministre et leur parti, n’hésitent pas à parler de «règlement de compte». Ils trouvent «anormal que pour des questions personnelles on prenne en otage toute l’institution législative». La question mérite débat. Confronté à ces accusations, Youssef Tazi nous confie qu’il a «agi en pensant à l’avenir du pays». La position du jeune conseiller avait-elle pour autant été concertée au sein du PI? «Dans toutes les réunions du parti les positions allaient dans ce sens», se contente-t-il de nous répondre. Du côté de l’Istiqlal, c’est le silence radio: le secrétaire général du parti est resté injoignable. El Yazghi tente de tempérer en assurant que «les groupes parlementaires de la majorité ont eu une position digne». «Il s’agit d’actes individuels», déclare-t-il pour qualifier la fraude de Tazi et préserver la Koutla. Ce sentiment est loin d’être partagée. Au sein de la seconde Chambre, on n’hésite pas à désigner «l’absence» remarquée des conseillers de la majorité comme facteur de désordre. Une absence «coupable», selon beaucoup: c’est à cause des absents que le coup de force de Tazi et ses amis a eu de l’impact.L’épisode inédit de la seconde Chambre a ainsi mis à nu la fragilité de la représentation politique. Cette crise, puisque c’en est une, a jeté un peu plus l’anathème sur les instances partisanes. Ceux de la majorité en particulier voient le piège se refermer sur eux. Ils étaient auparavant l’avant-garde du mouvement de revendication de la transparence des urnes. Ils sont les premiers à être éclaboussés par les affaires de corruption électorale, sans oser ni se désolidariser des mis en cause ni prendre leur défense. C’est la conséquence directe d’une magnanimité coupable à l’égard des notables. Dans le troc des militants engagés contre des élus à la bourse pleine, ils ont certes gagné en nombre de sièges électoraux mais perdu en crédibilité et en image. Ils entravent, de fait, le jeu démocratique.La non cohérence des positions face au phénomène de la corruption électorale discrédite les partis de la majorité. Du pain béni pour le PJD. Le sarcasme du conseiller Saoud, qui a donné à voir le paradoxe de ces formations en déclamant, en pleine séance de vote, les déclarations de chefs de partis, critiquant les condamnations de leurs hommes, n’a pas manqué sa cible. De fait, les interrogations fusent. Que veut-on réellement? Faut-il légitimer la corruption? Le signal donné par les pouvoirs publics serait nul si l’on venait à remettre en question le processus engagé. La démarche n’est pas pour autant exempte de faiblesses. Ainsi, les critiques sur la manière dont les instructions et les jugements ont été menés dans certains cas peuvent être justifiées. Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain? C’est l’opinion publique qui risquerait de se retourner contre le processus et de se détourner définitivement des institutions. L’affaire des conseillers poursuivis pour achat de voix est porteuse d’enseignements. Le premier est une remise en question salvatrice pour la crédibilisation des institutions. En premier lieu: les partis politiques comme acteur fondamental du jeu démocratique. Khadija RIDOUANE

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