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Economie

Criquets pèlerins: Sur les traces du «voleur affamé»
De notre envoyée spéciale à Errachidia, Mouna KADIRI

Par L'Economiste | Edition N°:1743 Le 08/04/2004 | Partager

. A Errachidia, la machine de guerre est rôdée. “0 dégât, 0 intoxication”. Les bandes larvaires se mettent en mouvementNous partions à la rencontre du criquet pèlerin, tel qu'il vit dans son essaim. Nous avons trouvé des cadavres de criquets et des bandes larvaires, mais pas d'adulte à l'œuvre, pas d'essaim. Nous, c'est une délégation d'une quarantaine de journalistes. Conviée par le ministère de la Communication (vendredi dernier) et supervisée par la Gendarmerie, la presse nationale s'est rendue à Errachidia (sud-est du Maroc) les lundi et mardi 5 et 6 avril pour se rendre compte par elle-même de la situation. . Les hommes incollablesLes journalistes ont certes été un peu «déçus» de ne pas avoir vu en pleine action ces «voleurs affamés» (les photographes faisaient des montages en mettant des criquets morts sur des buissons!) Par contre, beaucoup d'hommes incollables sur la question (cf. www.leconomiste.com).Ce n'est donc pas sans fierté que les autorités locales d'Errachidia ont mis en avant leur travail. Preuve en est le traitement «just in time» des zones infestées. Chaque jour, celles qui sont identifiées sont traitées. «C'est à peine si nous leur donnons le temps de s'installer dans un endroit», souligne un technicien. Jusqu'à ce jour, quelque 100.000 hectares ont été traités dans la deuxième région la plus grande en surface du pays, qui couvre 8% du territoire (les interlocuteurs mettent un point d'honneur à la rappeler).. “0 dégât, 0 intoxication”C'est ainsi que la région peut se féliciter d'avoir empêché le moindre dégât. Mais aussi la moindre intoxication. Les responsables du ministère de la Santé, du poste de commandement sont formels: «Il n'y a eu aucun cas d'intoxication». Selon ces mêmes responsables, la sensibilisation de la population est une condition préalable à la lutte antiacridienne. «Les autochtones sont au courant des dangers que peuvent présenter ces pesticides».Cette expertise marocaine est d'ailleurs sollicitée chaque année par plusieurs pays, comme la Mauritanie, le Mali, le Tchad. Sur le terrain, difficile pour autant que la situation soit maîtrisée. «Le comportement du criquet change d'une année à l'autre. Selon une hypothèse, il peut détecter des variations de microclimat généré par une végétation. Aussi, les paramètres sont tellement nombreux: la végétation, le sable, le vent, la température», explique Saïd Lghout, responsable au Centre de lutte antiacridienne à Aït Melloul, grand expert du criquet. Ce qui complique encore plus les choses.Finalement, le criquet du désert est «étrange, intelligent, virulent, fascinant, imprévisible, complexe», pour ne citer que quelques adjectifs par lesquels les hommes du poste de commandement d'Errachidia tentent de l'approcher.Pour la deuxième journée du programme, l'équipe de journalistes a visité l'aéroport pour assister à une simulation de traitement par avion. Les avions et les pilotes étaient espagnols. Dernière étape: le site de Takraret (à quelques dizaines de kilomètres d'Errachidia). Cette zone semi-aride avait déjà fait l'objet d'une invasion, et comme toutes les autres, avait illico été traitée par le malathion, un dangereux insecticide à manipuler avec précaution et dont l'effet apparaît une à deux heures après administration. Des centaines de carcasses de criquets gisaient sur le sol. Il ne fallait surtout pas les toucher. Ces insectes viennent d'Algérie (cf. encadré). Elles ont traversé les couloirs de la chaîne de l'Atlas. Ce qui fait dire à beaucoup de responsables qu'elles sont «intelligentes». Elles sont essentiellement de couleur rosâtre, c'est-à-dire immatures à la frontière. Elles peuvent voler à haute altitude. Le plus dangereux, après cette vague-là, sera de lutter contre les bébés. Le potentiel de ces oothèques peut aller jusqu'à 320 millions de criquets par hectare!!! Heureusement, tous les œufs ne survivent pas aux conditions climatiques. Mais déjà, le criquet pèlerin peut se rassembler avec une densité variant de 10 à 124 unités par m2. Chaque femelle pond jusqu'à trois fois. Chaque oothèque peut contenir jusqu'à 100 œufs. Faites le compte. Nous avons fait le compte, et nous avons vu ces bandes larvaires infester un buisson ou un arbrisseau. A peine leurs parents condamnés, les bébés-criquets sortent pour se rassembler. Les larves sont toutes petites, elles font peut-être demi-millimètre. Elles viennent de naître. Elles sont très nombreuses. Vus de loin, on les prendrait pour des moustiques qui se démènent par terre, voire à des flaques de pétrole. L'instinct grégaire est manifeste dès leur naissance, elles bougent ensemble. Ces larves ont déjà infesté la vallée du Drâa. «C'est la guerilla des criquets» plaisante un autochtone. «C'est leur manière à eux de se battre: chaque fois qu'une vague meurt, elle laisse derrière elle leur descendance». Une descendance dont il faut identifier le lieu de ponte, suivre le déplacement de ces larves et les traiter 7 jours plus tard, quand le produit fera son effet. C'est effectivement complexe comme opération. «Ce qui est plus pernicieux, c'est que les naissances se font en fonction des conditions de températures. Une ponte d'un essaim ne veut pas dire que ses larves naîtront en même temps», explique Saïd Lghout.


Sauver la palmeraie

C'est la priorité des priorités des autorités locales d'Errachidia. «Cette oasis fait 60.000 ha. Si le criquet y pénètre, c'est la famine», explique un habitant de la région. La famine, la région en a connu, et à cause du criquet. Tout comme elle a survécu à quatre invasions de criquets (celle de 88-89, 93-94, 94-95). Pourtant, jamais le fameux proverbe «l'année du criquet, c'est l'année de l'abondance» n'a été autant vérifié. Que ce soit de la bouche d'un haut fonctionnaire ou d'un habitant, il y a un accord implicite sur la chose.«Nous sortons d'un cycle de sécheresse de 6 ans», «jamais nous n'avons eu une aussi bonne campagne agricole depuis 15 ans. Les habitants nous disent de laisser tranquille le criquet, qu'il était porteur d'abondance», témoignent les responsables. Alors que c'est plutôt le criquet qui recherche l'abondance. Un ira même jusqu'à expliquer qu'il est parfois difficile de convaincre les habitants que le criquet n'est pas bon. «On a essayé de leur dire, mais on a plutôt tourné la chose en relation avec l'islam, et dit carrément: le criquet c'est un péché!».


Le criquet, une arme algérienne?

L'idée fait tiquer, fait sourire, fait réfléchir. Plusieurs responsables ont d'une façon ou d'une autre suggéré cette éventualité. Pour l'un d'eux, c'est une arme dans le sens où les Algériens (440 km de frontière passent par la province d'Errachidia) laissent passer les essaims sans trop se fouler la cheville. Les plus modérés l'expliqueront par le désintérêt pour la chose vu qu'ils ne traversent que leur désert, et que les Algériens «ont d'autres chats à fouetter». Or, «la solution justement, c'est de les combattre en Algérie», ajoute le responsable du sous-PC d'Errachidia. Les derniers essaims qui ont traversé la frontière venaient d'Algérie. Et Saïd Lghout, tout comme les autres intervenants est formel: «Sans collaboration entre pays, il sera quasis impossible de venir à bout de ce fléau».


Clin d'oeil au Maroc inutile

Errachidia est une perle du désert. Avec ses couleurs ocres et nacrées, ses Kasbahs, ses oasis et la moiteur de l'été, elle ébloui les sens. On dit pourtant qu'elle fait partie du Maroc inutile. Ce «Maroc inutile» dont parle un jeune étudiant de Midelt vit à un autre rythme. «A Midelt, ancienne ville minière, les plus chanceux vivent de l'agriculture, les autres vivotent à droite et à gauche, travaillent dans l'administration. Il y a beaucoup de pauvres et beaucoup d'analphabètes. Le rapport avec l'autorité n'a pas toujours été le meilleur. Mais, aujourd'hui, nous sentons vraiment une sensibilisation pour la question des droits de l'homme. Les autorités sont perçues et se comportent différemment», témoigne l'habitant.A Zaida, petite bourgade dans laquelle la délégation s'est arrêtée sur le chemin du retour, près d'une série de boucheries et sandwicheries, des groupes d'enfants font les cireurs. Je m'approche de l'un d'eux: «Tu vas à l'école? Non. J'aide ma mère. Mon père est mort. Mes grands frères ne travaillent pas et j'ai encore un petit frère. Lui, il va à l'école coranique». Beaucoup de petits cireurs déambulent ainsi le long de l'allée principale. Trop de pauvres aussi, des jeunes l'air désabusé se promènent avec des sachets d'amandes ou de noix à vendre. Ces villes transit reçoivent plusieurs touristes qui s'arrêtent le temps d'une halte. Pourtant, l'odeur de la misère se mélange à celle des grillades destinées à ces passants. Bâtisses, routes délabrées, détritus. Même le touriste doit être frappé par la misère des lieux.

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