×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Economie

Criquets: Le dispositif de défense réactivé

Par L'Economiste | Edition N°:98 Le 07/10/1993 | Partager

Pas de panique. Les criquets sont bien en Mauritanie mais le dispositif, comprenant gendarmes, militaires et des centaines de fonctionnaires, est activé. La défense est puissante, en proportion de la menace. Le P.C. de Rabat affiche une sérénité qui contraste avec les emballements de la rumeur.

La menace volante trouvera une défense volante et terrestre tout aussi impressionnante. Les criquets qui pourraient être tentés par les "pâturages" marocains trouveront une armada d'hélicoptères, d'avions équipés, et même des C. 130 conçus pour le transport des troupes. Les avions sont en place depuis 2 mois et effectuent des vols de routine. Le dispositif de lutte anti-acridienne comprenant gendarmes, militaires, fonctionnaires de l'Intérieur, de l'Agriculture... a été réactivé.

"La logistique est en place. Matériel, carburant et insecticides sont disponibles. Des formations spécifiques ont été dispensées, aux hommes qui peuvent être mobilisés pour les opérations. Les instructions d'alerte sont données". C'est ce qu'explique M. Moha Layid, Lieutenant Colonel de gendarmerie, coordonnateur national adjoint de la lutte anti-acridienne au P.C. Central de Rabat. Il ajoute que la gendarmerie apporte ses moyens matériels et humains répartis dans le pays, et agit pour la coordination de l'ensemble. Cependant, il insiste sur la participation des autres corps (FAR, Ministères de l'Agriculture, de l'Intérieur, du Transport, de la Santé Publique) et de la population. Une liste nominative du personnel mobilisable est tenue à jour, à l'image d'une "armée de réserve".

Situation préoccupante

L'organisation avait été créée en octobre 1987. Elle avait fonctionné jusqu'en mars 1989 et mise en stand by, un an durant, par précaution. "Aucun dégât d'ampleur n'a jamais été causé", affirment les responsables du P.C. Central. La structure a été maintenue depuis. Dans cette bataille, le Ministère de l'Agriculture agit un peu en "maître d'oeuvre". Il est en charge de "la protection des végétaux", et c'est là que s'exerce la menace. Le budget est logé au Ministère de l'Intérieur.

La vigilance va durer jusqu'en janvier, même s'il n'y a pas de certitude absolue sur des attaques de criquets. "C'est un phénomène biologique, avec ses incertitudes. Les conditions de météo et de végétation sont autant de facteurs favorables et imprévisibles", explique Rachid Lakhdar, directeur de la Protection des Végétaux. Il ajoute que, début 1993, la situation s'est compliquée à la Corne de l'Afrique. Les criquets sont partis vers l'Arabie Saoudite et le Yemen, puis sont revenus au Soudan se multiplier. Au début de l'été, ils sont repartis vers l'Ouest (Tchad, Mali, Niger), rejoindre leurs congénères. Résultat, une situation préoccupante, avec 80 essaims, des milliers d'hectares de larves, et des conditions de développement favorables.

"L'attaque préventive" est portée hors du territoire. Le Maroc a donné à titre d'aide 50.000 litres de pesticides à la Mauritanie et 20.000 au Soudan.

Le but du dispositif marocain est double : il s'agit de se protéger au plus loin contre les dégâts et de casser le cycle du criquet pèlerin.

Pour cette véritable guerre aérienne, une stratégie ad-hoc et des tactiques sont mises en place :

- Le premier axe stratégique est d'intercepter, de traiter le plus loin possible sur le territoire national. Des "lignes de défense" continues sont conçues au Sud, sur les contreforts de l'Atlas. Si la première ligne est franchie par un essaim. le dispositif (hommes et matériel) se replie sur une deuxième ligne plus à l'intérieur du pays, puis sur la 3ème ligne, au besoin. La profondeur du champ permet un repli plus efficace.

- Le deuxième principe stratégique est la décentralisation. Outre le P.C. Central de Rabat, il existe 12 P.C. régionaux, ayant chacun 2 ou 3 sous-PCR. Les gouverneurs coordonnent à ce niveau. Les PCR ont autonomie pour réagir, en fonction de ce qu'ils "voient". La perception et la rapidité de réaction sont fondamentales. Le P.C. Central reçoit l'information, coordonne les PCR, optimise les moyens.

- Un autre axe est l'écologie : traiter le plus au Sud signifie loin des populations, de leurs récoltes, "les pyréthrinoïdes et les organophosphorés aspergés sur les criquets sont bio-dégradable, n'atteignent pas les eaux. Leur toxicité est faible pour les mammifères et les oiseaux, ils ne laissent pas de résidu", assure M. Rachid Lakhdar. Seuls les criquets meurent à son contact, par immobilisation.

Le nerf de l'organisation

L'information, influx nerveux de toute organisation est exhaustive. Fax, radio, télex... toutes les technologies sont utilisées dans la salle des "Trans" (transmissions du P.C). Quant à la salle des "ops" (opérations) elle réunit (en cas d'attaque 24 heures sur 24) les chefs des administrations concernées autour d'une grande table. Ainsi. une information reçue par l'un est, de fait, reçue et utilisée par tous les autres.

L'information est aussi importante au niveau tactique. Sur le terrain, aux postes avancés les 150 prospecteurs (gendarmes, infirmiers dans des véhicules) scrutent le ciel, évaluent l'essaim, en appelle à la bagarre, qui dure le temps d'une nuit. Les criquets tombent en fin de journée et se mettent à brouter. Il faut les attaquer rapidement, de nuit ou au petit matin, car ces insectes à sang froid attendent que l'atmosphère se réchauffe pour prendre leur envol. L'information pendant l'opération importe autant qu'après les batailles. "Le Journal de Marché" imprimé comporte 29 livres de 250 pages. Une véritable encyclopédie de l'ennemi-criquet. 

Le criquet, glouton et voyageur

Le criquet avale herbes, feuilles. écorces, tout un menu... qui pèse entre 1,6 et 2,4g, c'est-à-dire son poids, tous les jours. Au stade "immature", d'adolescent en croissance, il est plus gourmand. Adulte, il se multiplie et chaque femelle peut pondre 80 oeufs, pourvu que le soi .soit favorable. Après 20 jour à 1 mois d'incubation, l'oeuf donnera une larve, et le criquet passe par 5 stades de développement. Il est "solitaire" puis "grégaire" par nécessité dès lors qu'il faut pour chercher de la nourriture. Le regroupement est dicté par la survie. Le changement sociologique s'accompagne de modifications biologiques. Le" ailes poussent pour les grands voyages de groupe. A l'Est, le criquet pèlerin a vers l'Est (Inde, Pakistan, Golf, à l'Ouest, il va vers le Sahel et le Maghreb. Son centre de ralliement est la Corne de l'Afrique (Soudan et Somalie).

K.B.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc