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    Contre la violence commerciale

    Par L'Economiste | Edition N°:408 Le 25/12/1998 | Partager

    Tous les pays riches ou pauvres courtisent les multinationales pour les emplois qu'elles créent. Mais des poches de résistance subsistent face à ces mastodontes économiques, pour qu'ils ne s'imposent pas aux Etats et respectent de bonnes conditions de travail.


    Quand un employé de Nike vint lui présenter un rapport interne sur les conditions de travail dans les usines Nike au Viêtnam, O'Rourke savait déjà que la situation n'était pas mirobolante. Il avait, en effet, été le premier observateur indépendant à avoir réussi à photographier les usines asiatiques de Nike. Il y était d'ailleurs retourné trois fois, pour enquêter sur les conditions de travail dans le cadre du Transnational Resource and Action Center (Centre transnational de documentation et d'action), une agence de contrôle indépendante dont le but est d'exterminer les ateliers clandestins. Mais ce rapport le choqua malgré tout: il révélait la présence dans l'usine d'un cancérigène, le toluène, à des degrés de 6 à 177 fois supérieurs à la quantité autorisée, et affirmait que plus de 75% des ouvriers souffraient de maladies respiratoires.
    "J'ai rencontré dans l'usine des ouvriers qui n'avaient jamais été informés du fait que les produits chimiques qu'ils utilisaient pour assembler les chaussures de sport étaient toxiques", raconte O'Rourke, dont le rapport fit la une du New York Times, forçant Nike et les autres fabricants à remettre un peu d'ordre dans leurs usines des pays en développement. La campagne d'O'Rourke démontra également l'efficacité du recours à des contrôleurs indépendants comme le TRAC pour inspecter les usines et favoriser le changement.

    "Nous devons construire des institutions qui bloquent la production clandestine tout en stimulant le développement", explique O'Rourke. "Cela dépendra de notre capacité à construire de puissantes coalitions chez les ouvriers, les activistes, les consommateurs et les membres de la communauté. Il faudra que nous exercions un vrai contrôle démocratique sur les décisions économiques et les systèmes de production internationaux. Il faudra en outre que nous croyions en la possibilité d'un monde totalement libéré de ses activités clandestines".
    Un autre bataille est menée contre les multinationales. Pour certains, le spectre d'un Ordre du Nouveau Monde évoque des images floues d'hélicoptères noirs et de greffes du cerveau. Pour Lori Wallach, professeur à l'Université de Droit de Harvard, l'idée d'une conspiration internationale est devenue soudain beaucoup plus tangible quand, l'année dernière, elle est tombée sur un projet secret de l'Accord Multilatéral sur l'Investissement (AMI): un traité commercial international qui, s'il est ratifié, rendra les gouvernements responsables envers les corporations et non plus envers leurs citoyens. Ainsi, l'AMI autoriserait les corporations et les investisseurs étrangers à poursuivre les gouvernements pour les dédommager de toute action qui pourrait affecter leurs bénéfices. Il rendrait également le boycott illégal; si l'AMI avait été signé dans les années 1980, Nelson Mandela serait toujours en prison.

    Wallach, directrice de Global Trade Watch (surveillance du commerce international), un groupe de soutien des citoyens visant à renforcer la société civile contre l'impact de la globalisation, a attaqué l'AMI sur son site internet et a commencé une campagne de rédaction de lettres qu'elle a l'intention de mener aussi loin que possible. Résultat? "L'AMI, tel un Dracula politique, ne supporte pas le plein soleil", répond Wallach. Plus de 600 organisations internationales lui ont offert leur soutien, mettant ainsi fin aux projets de l'AMI. "Les citoyens ne laisseront pas l'AMI dominer leurs démocraties", affirme Wallach. "Nous avons besoin de règles d'investissement internationales pour aider à enraciner le capital dans les communautés dotées d'une responsabilité démocratique, et le droit pour nos gouvernements de faire en sorte que les investissements profitent à l'intérêt public, et non pas seulement aux intérêts spéciaux".

    Réalisation World Media Network


    Le Samaritain du tourisme


    Après le tourisme de masse, Moustapha El Guindi annonce l'ère du tourisme "utile". Fin 1997, au lendemain de l'attentat terroriste de Louxor, cet Egyptien, président de l'Association des Hôteliers de Louxor et Assouan, lance une idée simple: et si une petite part des revenus du tourisme était redistribuée pour financer des projets de développement en Egypte? Car, constate ce tour-opérateur, fils d'un professeur d'histoire qui lui a transmis "sa sensibilité sociale", "la seule façon de combattre la vio- lence, c'est d'aider au développement".
    Depuis, la menace terroriste s'est éloignée, mais le projet a prospéré sous la forme d'une association "Tourism For Development" (le tourisme pour le développement). Au printemps 99, une centaine d'hôteliers et bateliers égyptiens afficheront la petite valise à roulettes, label de l'Association, et reverseront au fonds entre 25 cents et 1 Dollar par touriste.
    "On devrait arriver à une somme de 20 millions de Dollars", estime El Guindi.
    De quoi commencer à fournir, en quelques années, de l'eau potable aux villages qui en manquent. Gage de sérieux, la société d'audit internationale KPMG a proposé de surveiller la bonne utilisation des recettes. L'initiative, partie d'Egypte, intéresse déjà d'autres pays, du Maroc jusqu'au Brésil. Qui sait? Proposée par l'Association et s'appliquant à tout pays intéressé, la "Charte du Voyageur" pourrait bien marquer une nouvelle étape dans l'histoire du tourisme.


    Nom: El Guindi
    Prénom: Moustapha
    Age: 38 ans
    Métier: Tour opérateur
    Pays: Egypte
    Fonction: directeur, Tourism for Development (Le tourisme pour le développement)
    Ville: Le Caire
    Rêve: Faire du tourisme un moyen d'aider les pauvres à relever la tête


    Une terre pour tous


    S'il est condamné par le Tribunal Suprême Fédéral, Jose Rainha commencera le XXIème siècle en prison et n'en sortira qu'en 2023. Son crime? Etre un responsable national du mouvement des "sans terre".
    Depuis les années 80, ce mouvement d'essence pacifique cherche à faire appliquer une réforme agraire plus juste pour les 12 millions de paysans sans terre que compte le Brésil, où 1% des propriétaires terriens possèdent 49% des terres.
    "Quand nous parlons de réforme agraire, nous ne visons que les terres improductives, qui représentent 182 millions d'hectares, et non celles déjà cultivées", précise Jose Rainha.
    Aujourd'hui, près de 50 000 familles vivent au sein de campements provisoires dans de grandes propriétés occupées. Dans tout le Brésil, elles ont mis en valeur près de 5 millions d'hectares et se sont regroupées en coopératives de production.
    Ce n'est qu'un début, car à l'origine exclusivement rurale, le mouvement s'implante dans les villes, scolarise 38.000 étudiants et est devenu le fer de lance des revendications de justice et de démocratie. Lors de la marche des sans terre en avril 1996, les membres du mouvement ont été soutenus par les églises, les syndicats, certains partis politiques, les groupes indiens et une large part de l'opinion publique. Néanmoins, la réponse des grands propriétaires est claire, les milices privées et autres pistoleros ont déjà tué plus de 180 paysans depuis 1990.

    Nom: Rainha Jr
    Prénom: Jose
    Age: 37
    Métier: Paysan
    Pays: Brésil
    Fonction: Responsable, organisation du mouvement des sans-terre, Etat d'Espirito Santo
    Url: www.mst.org.br
    Ville: Vitoria
    Rêve: Faire avancer la réforme agraire pour que les exclus s'imposent comme des citoyens.

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