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Politique Internationale

Conseil National de la Culture : Mécénat : Plus compliqué qu'on ne l'imagine

Par L'Economiste | Edition N°:87 Le 08/07/1993 | Partager

Il se pourrait bien que cette journée d'étude organisée le samedi 3 juillet par le Ministère des Affaires Culturelles, suite à la recommandation de la dernière session du Conseil National de la Culture", autour du thème "Entreprise et Culture, débouche contrairement à l'usage, sur des actions concrètes.

EN effet, à bien écouter l'allocution de clôture improvisée par M. Mohamed-Allal Sinaceur, qui a lui-même présidé les débats, on peut dégager deux résolutions formulées avec assez de conviction et de fermeté pour qu'on se permette, d'ores et déjà, de leur conférer une valeur d'annonce.

La première a trait au principal obstacle le plus évoqué lors de cette journée - qui se dresse devant le plein développement d'un mécénat moderne d'entreprise, à même de dynamiser de manière signiE1cative la production culturelle et artistique du pays:

"Le problème essentiel est un problème législatif a reconnu le ministre des Affaires Culturelles, il faut penser un cadre juridique et fiscal nouveau, favorisant les relations entre l'entreprise et la culture. C'est là une responsabilité du ministère".

Auparavant, cette idée a été fortement défendue par le président de la fondation ONA, Farid Britel, qui a longuement évoqué et commenté, dans son intervention, le "Dahir 85".

Seule loi régissant les actions relevant du mécénat, ce texte ne concerne en fait que les associations - le terme "fondation" n'a pas une existence spécifique dans le droit marocain ayant acquis le statut d'utilité publique".

Un statut très convoité que les autorités ne délivrent qu'au compte-gouttes"), ce qui est compréhensible quand on sait qu'il dispense de tout impôt les dons accordés à 1' association bénéficiaire, quelle que soit leur importance ou provenance.

Eviter le "n'importe quoi"

Plaidant pour davantage de souplesse, M. Britel - qui rappelle au passage que "I 'Etat est I'Etat et qu'on doit lui demander du raisonnable, progressivement"- a proposé que les intéressés (CGEM et ministères concernés) se réunissent afin de réfléchir sur "un statut intermédiaire" entre l'association ordinaire et celle reconnue d'utilité publique.

Deuxième résolution: jugeant "désastreux que, dans un pays au tissu productif fragile, n'importe quoi soit fait", le ministre, tout en écartant toute idée de dirigisme, a promis la création au sein de son département, d'une "cellule" qui fonctionnerait comme "un service de consultation" et dont la vocation serait de concentrer les informations et d'orienter les entreprises désireuses d'oeuvrer dans le cadre du mécénat.

Cette proposition est venue en réponse aux nombreuses doléances exprimées à la fois par le public, les artistes et les entreprises mécènes leaders, au sujet des "errements" fréquents dans lesquels on a vu s'engager, ces dernières années, différentes expériences de mécénat.

danseuse du président ...

Un aspect essentiel de ce problème a été bien résumé dans l'intitulé de l'intervention de Zouheir Mhaji, directeur de la toute fraîche fondation Connaissance du Maroc, "Mécénat: technique de communication ou danseuse du président ?".

Une manière de s'interroger sur les motivations réelles qui poussent les entreprises à investir dans le mécénat.

Condamnant sans appel les actions ponctuelles, qui, pour mobiliser parfois des sommes importantes, n'en sont pas moins autant de "coups d 'épée dans l 'eau", ainsi que toutes les formes de "la bienfaisances culturelle ", Farid Britel a appelé les entreprises à développer leur action-mécène - qui se doit d'être "réfléchie et voulue"- dans le cadre d'une stratégie de communication "globale, claire et publique".

Une stratégie de communication "sont et discrète", jouant "le long terme", mais qu'il est nécessaire, estime Noureddine Ayouch de l'agence Shem's, de diriger autant vers l'intérieur de l'entreprise que vers l'extérieur, de manière à créer et développer chez le personnel les sentiments valorisants d'appartenance et de fierté, lesquels ne sont pas sans influer sur la productivité.

Toujours dans ce même esprit cherchant à adapter l'action-mécène à "un objectif et une cible" les mieux définis possible, le directeur de la fondation Wafabank, Abdelhamid Mrabet, a déploré, quant à lui, le manque de diversité qu'on peut relever dans le choix des créneaux adoptés par les différentes entreprises. Il est vrai que le secteur des arts plastiques reste celui qui s'accapare le plus d'attentions de la part des principales fondations, dans un esprit de concurrence pas toujours sain.

A propos, justement, des raisons susceptibles de présider au choix de champs d'action précis, Jamal Eddine Tabaâ, directeur de HEM, a opéré un subtil et nécessaire distinguo entre "les secteurs culturels validés par le marché et ceux qui ne le sont pas". Les derniers, cela va sans dire, ayant plus besoin du mécénat que les premiers.

Ceci est aussi bien le cas dans les pays industrialisés, où des secteurs primordiaux comme le théâtre par exemple - sont fortement subventionnés et par l'Etat et par le privé. Sans quoi, ils ne sauraient s'épanouir, ni peut être même subsister.

La note passionnelle, qui a peut-être manqué à ces débats - se voulant dans leur majorité "lucides et constructifs"-, a finalement été amenée par Joudia Hassan Benslimane, directrice de l'Institut National des Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine et premier défenseur du projet de restauration de la mosquée de Tinmel. Avec une voix tremblant autant de trac que de passion, Mme Benslimane a montré à l'assistance et de façon tout à fait imagée, la genèse de la réalisation de ce projet, ayant permis le sauvetage, in extremis, d'une des références essentielles de l'art de l'Occident musulman médiéval: il a fallu de multiples démarches, et des aveux d'impuissance des pouvoirs publics pour finalement arriver à communiquer une passion au mécène qu'a été l'ONA dans le cas de Tinmel. 

Jamal BOUSHABA

(1) La Fondation ONA vient de recevoir - son statut définitif d'utilité publique.

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