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    Dossiers

    Comportements: Ah! ces incontrolables individus

    Par L'Economiste | Edition N°:400 Le 15/12/1998 | Partager

    Jack Denfeld WOOD (Financial Times)

    Les individus ne se comportent jamais de la manière prévue par les entreprises. Ils intérfèrent sur les problèmes techniques, financiers ou commerciaux. L'étude du comportement humain insaisissable va au-delà de la gestion des ressources humaines. Le management doit faire avec cette source d'irrationnalité.

    Même si les Français l'enseignent dans leurs écoles, le comportement dans l'entreprise est une invention anglo-saxonne (plus précisément anglo-américaine). Les manuels d'introduction au comportement dans l'entreprise laissent supposer que c'est une discipline universitaire ayant existé depuis longtemps. Ceci n'est pas totalement vrai. Le comportement dans l'entreprise (OB or organisational behaviour) est une invention relativement récente. En tant que matière d'étude, elle n'a vu le jour qu'au début des années 60. Et ce n'est que pendant les dix dernières années qu'elle a commencé à se frayer une voie dans les programmes universitaires de l'Europe. Néanmoins, le comportement dans l'entreprise est tout à fait différent des autres matières enseignées à l'école de commerce. Il n'est pas sujet aux strictes limites de la fonction commerciale.
    Le comportement dans l'entreprise est profondément enraciné dans les disciplines universitaires établies. En fait, ce n'est pas tout a fait une discipline universitaire. C'est tout simplement un ensemble de théories et méthodes reliées entre elles émanant d'un large éventail de pensées et de recherches indépendantes dans les sciences sociales, naturelles et la littérature.
    Les domaines des affaires, analysés à travers les aspects du comportement dans l'entreprise, sont très nombreux. Ils englobent:
    1- La négociation du salaire avec les employés (motivation de l'individu).
    2- L'organisation des réunions (dynamisme du groupe).
    3- Le lancement des ventes internationales et des campagnes marketing (différences culturelles).
    4- La discussion sur une entreprise à risque ou une fusion (nature multidimensionnelle de la négociation).
    Dans les meilleurs des cas, le comportement dans l'entreprise est au coeur de la myopie culturelle et de la sagesse conventionnelle de notre conduite individuelle et collective. Dans les pires des cas, il est tout simplement les mauvaises habitudes du management ou sert plutôt d'excuse pour des intérêts sociaux, politiques ou économiques cachés.
    L'étude du comportement dans l'entreprise est-elle importante? Elle est vitale. Ce que sont les sciences sociales et les lettres pour l'enseignement universitaire est analogue à ce qu'est le comportement dans l'entreprise dans les écoles de commerce. Plus la formation du dirigeant est technique, plus le rôle du comportement dans l'entreprise est important. C'est pratiquement le seul domaine qui porte la sagesse humaine.

    Le comportement macro et micro


    La presque totalité des enseignants du comportement dans l'entreprise ont des diplômes universitaires dans l'une des sciences sociales. Le reste a des diplômes de management général ou de comportement dans l'entreprise. Ces enseignants qui proviennent de plusieurs filières différentes, se retrouvent tous, enfin de compte, dans la recherche et l'enseignement. La façon la plus simple pour atténuer la complexité du comportement dans l'entreprise serait peut-être de diviser cette matière en éléments "macro" et "micro". Le macro-CE tend à se concentrer sur le niveau d'abstraction " de l'entreprise " et suit une tendance plus sociologique. Le micro-CE s'intéresse, quant à lui, au niveau d'abstraction "du comportement" et suit une tendance plus psychologique.
    Par ailleurs, la préoccupation du comportement dans le comportement dans l'entreprise, caractérise souvent l'enseignant ou le chercheur en tant que micro-CE avec une tendance particulière aux questions de l'entreprise informelle, du petit groupe et de l'individu. Celles-ci concernent un ensemble d'étudiants en psychologie sociale, sociologie, anthropologie et management, qui s'intéressent à des thèmes comme la motivation, la communication, l'apprentissage, la perception, les attributions, la personnalité, les attitudes et les valeurs, la prise de décision individuelle et du groupe, le leadership, la dynamique de groupe et de l'intergroupe, la négociation, le plan de travail, l'autorité, les stratégies et le conflit.
    L'origine du Micro-CE découle d'un ensemble de psychologues allant d'Abraham Maslow et Carl Rogers à Albert Bandura et BF Skinner.

    Pourquoi étudier le comportement humain?


    Il y a quelques années, un jeune étudiant en MBA m'a demandé avec quelle personne je préférais travailler "les étudiants en MBA ou les directeurs?" Il s'attendait à ce que je réponde: étudiants en MBA parce qu'ils étaient généralement considérés par les enseignants et par eux-mêmes comme étant dynamiques, curieux, et défiants. J'ai répondu: "les directeurs". "Pourquoi?" a-t-il demandé. "Parce que les directeurs ont suffisamment d'expérience pour prendre le comportement au sérieux, y compris les aspects non rationnels et irrationnels", ai-je ajouté.
    La plupart d'entre nous commencent leur carrière avec des formations et des compétences techniques. Nous étudions, par exemple, le commerce, l'ingénierie ou l'informatique. Plusieurs années après avoir été en notre premier job, quelqu'un nous demande pourtant de diriger une équipe de projet. A cet instant, aucune formation technique acquise n'est alors suffisante pour rassembler un groupe ou le pousser à travailler. Les compétences sur le comportement sont nécessaires. Plus tard, quand nous avons atteint les plus hauts niveaux d'une organisation, les compétences stratégiques deviennent encore plus importantes. Mais la stratégie abstraite, aussi brillante qu'elle soit, risque d'échouer si nous n'avons pas les compétences sur le comportement pour formuler et mettre en place la bonne stratégie.

    Le comportement dans l'entreprise regroupe les résultats des disciplines universitaires traditionnelles et les applique au monde pratique des affaires. Il regroupe les théories universitaires dans une réalité quotidienne concrète. Les problèmes actuels des leaders commerciaux, que ce soit au niveau stratégique d'identification des risques d'investissement au Brésil, qu'au niveau opérationnel de mise en place d'une entreprise à risque en Russie, piétine sur le domaine étudié par le comportement dans l'entreprise.
    Il est très rare qu'un problème commercial important, externe ou interne à l'entreprise, passe inaperçu s'il a des implications importantes de comportement. Nous nous sommes tous retrouvés dans des entreprises sans aucune stratégie, sans aucun plan marketing ou sans aucun système de traitement d'informations électroniques. Aucun d'entre nous ne s'est retrouvé dans une organisation sans comportement. Les marchés sont plus des mécanismes psychologiques qu'économiques. Les affaires familiales peuvent avoir d'autres priorités que de maximiser le revenu.
    L'échec des organisations ne peut pas être attribué aux ouvriers, ni aux marchés changeants. C'est tout simplement un échec de gestion. Les grandes organisations ne sont pas défaillantes parce qu'elles n'ont pas les ressources pour réussir, mais parce qu'elles n'utilisent pas leurs ressources de la meilleure manière. Ce n'est pas simplement une question de connaissance, mais surtout de sagesse. Ou ceci figure-t-il dans les écoles de commerce? Est-il présent dans les cours de techniques quantitatifs?
    Le thème couvert par le comportement dans l'entreprise n'est pas "sans vigueur" comme pensent les sceptiques. C'est l'un des domaines les plus délicats. Des entreprises comme Thomson Electronics, Philips et IBM ont eu des difficultés, non parce qu'elles n'ont pas eu accès à la plus haute technologie ou au capital financier adéquat, mais pour des raisons relatives au comportement d'entreprises. Ils n'ont pas réussi à gérer leur personnel et leurs ressources technologiques de la même manière qu'ils traitent leurs concurrents.


    Un sujet, l'individu


    LE comportement dans l'entreprise n'est pas une fonction commerciale comme le marketing, les finances, la comptabilité ou la production. La fonction commerciale qui s'intéresse au comportement des gens s'appelle gestion du personnel (ou gestion des ressources humaines, GRH, si l'on préfère). Le comportement dans l'entreprise et la gestion du personnel/ressources humaines s'intéressent aux "individus", mais pas de la même manière.
    La gestion du personnel et des ressources humaines consiste à établir un plan, à mettre en oeuvre et à gérer les systèmes de management et de contrôle des personnes au sein d'une entreprise. Les spécialistes du personnel et des ressources humaines s'occupent principalement des aspects fonctionnels de l'emploi, comme le recrutement, le licenciement, les systèmes de rémunération et de gratification, les systèmes d'évaluation de la performance, les promotions, les programmes de formation et de développement, les mutations, la retraite, etc... La plupart des entreprises ont une personne, un groupe ou un département qui prennent en charge ces problèmes. Aucune entreprise ne possède un département de comportement dans l'entreprise.

    Traduction: Majda BENKIRANE
    L'Economiste




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