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Compétitivité: L'histoire de deux économies

Par L'Economiste | Edition N°:528 Le 14/06/1999 | Partager

Stephane GARELLI
Professeur à l'IMD Lausanne et à
l'Université de Lausanne. Il est également directeur du projet "Compétitivité
Internationale" à l'IMD.

· La société compétitive est celle qui parvient à établir un parfait équilibre entre l'économie de proximité et l'économie de globalisation
· Le centre d'intérêt de la compétitivité change progressivement du niveau sectoriel et national au niveau international
· Les dix règles d'or pour créer une société compétitive


Aujourd'hui, aussi bien les gouvernements nationaux que régionaux visent à promouvoir leur productivité à travers le renforcement de la compétitivité. Mais faut-il tout abandonner pour devenir compétitif? Quels sont les changements nécessaires pour un pays ou une entreprise pour survivre dans ce nouveau monde de compétitivité? La recherche de l'efficacité peut-elle menacer la survie des pays et des entreprises? La réponse à ces questions est intimement liée à la capacité d'un pays à créer ce que l'on pourrait appeler "société compétitive".
La société compétitive est celle qui réussit à établir un équilibre dynamique entre la création de richesses et la cohésion sociale. Elle n'est pas nécessairement synonyme d'efficacité économique à tous les coûts et dans tous les secteurs. Elle peut même impliquer de la part des citoyens une décision délibérée d'accepter un certain niveau d'inefficacité. Selon toute vraisemblance, une société compétitive est une société qui identifie et gère de façon active tous les aspects de sa compétitivité, des infrastructures jusqu'à l'éducation. Elle doit aussi réussir à établir un parfait équilibre entre la proximité et la globalisation.

Un pays, deux économies
Chaque pays a deux économies: une économie de proximité qui fournit des biens et services, proches de l'utilisateur final; et une économie de globalisation, caractérisée par une gestion de la chaîne de valeurs à l'échelle mondiale. Ces deux types d'économie ont des fonctions différentes et des coûts différents; et il est difficile de déterminer quelles activités et quelles fonctions appartiennent à quel type d'économie.
Durant les deux dernières décennies, la révolution technologique et managériale des marchés internationaux a entraîné le passage d'une économie à une autre (généralement, de la proximité à la globalisation). Résultat, nombre d'entreprises ont aujourd'hui adopté de nouveaux critères de référence.
L'économie de proximité
C'est une économie qui se développe en étant proche de l'utilisateur final. Elle englobe les activités traditionnelles (plombiers, bouchers, boulangers, employés du bâtiment, agriculteurs) et nouvelles (les entreprises de développement de logiciels). Elle comprend aussi des activités à valeur ajoutée locale et sociale, (secteur de santé, plus précisément: médecins, dentistes, pharmaciens, etc).
L'économie de proximité constitue généralement la plus grande part du PNB d'un pays. Néanmoins, les entreprises diffèrent dans leur évaluation des industries devant faire partie de cette catégorie. Exemple, dans certains pays, les chemins de fer, les postes et télécommunications, le transport aérien ainsi que les différents types d'industries "stratégiquement sensibles" sont inclus dans cette catégorie. Dans d'autres, ils sont cédés au secteur privé. L'économie de proximité a ses propres particularités. Elle a très peu de mobilité. Les artisans, les administrations publiques ou les services sociaux, par exemple, ne visent pas la mobilité physique, mais la multiplication des petites entités, proches de l'utilisateur final. Elle est protégée contre les investisseurs étrangers et contre les interventions directes de l'Etat.
Elle peut être également caractérisée par des interférences importantes avec les mécanismes du marché libre, (participation à des accords, fixation de prix, passation de marchés publics et monopole) quoiqu'en théorie, ce type de pratique doit être interdit par les lois de la concurrence. Bien que cette économie soit généralement perçue comme étant inefficace et peu rentable sur le marché, elle permet certes de créer des emplois et d'offrir des services au niveau local.
Il est bien entendu utile de savoir dans quelles mesures les citoyens sont disposés ou capables de subventionner, à travers les contributions fiscales ou les prix élevés, un système plus efficace qui assume une fonction sociale. Si les citoyens pensent payer beaucoup d'argent, alors la question devrait se présenter comme suit: dans quelles mesures, l'économie doit-elle s'ouvrir aux mécanismes du marché libre (dans les secteurs de santé ou d'éducation, par exemple) ou à la concurrence étrangère?
Enfin, le dilemme fondamental qui en ressort peut être exprimé sous forme d'une question: quels coûts sociaux, (chômage, voire déstabilisation sociale) les sociétés sont-elles prêtes à payer pour une augmentation potentielle de l'efficacité?

L'économie de globalisation
Contrairement à l'économie de proximité, l'économie de globalisation part du principe que les facteurs de production ne doivent pas nécessairement être proches de l'utilisateur final. Elle vise à tirer partie des différents avantages comparatifs des nations et à les intégrer dans la gestion globale de la chaîne de valeur. Elle a pour but de faire bénéficier les grandes compagnies seulement, probablement les 1.000 plus grandes dans le monde. Aujourd'hui, même les petites entreprises ont accès à l'économie de globalisation grâce à l'ouverture aux marchés internationaux, au développement notoire de la technologie de l'information et à l'éminente amélioration des logistiques internationales, notamment au niveau du transport. Cette économie est marquée par une orientation complète vers la performance. Parce que la chaîne de valeur est gérée à l'échelle internationale, la compétitivité entre les nations (et entre les départements d'une même entreprise) est portée à son paroxysme.
La rentabilité et la valeur ajoutée sont les critères qui la caractérisent. En somme, il s'agit d'une stratégie qui cherche à combiner puissance et souplesse.
Enfin, la possession de la chaîne de valeurs n'est plus une priorité. Ce qui importe, c'est de savoir qui la contrôle et qui la gère.

Quelle est la valeur locale d'une économie de globalisation?
L'orientation considérable vers la rentabilité, la mobilité et la présence internationale qui prévaut dans l'économie de globalisation soulèvent des questions fondamentales, qui sont aujourd'hui au premier plan des priorités de la pensée économique moderne:

- Quel est l'impact économique réel des multinationales? La mobilité dans l'acquisition, la fabrication ou la distribution, la sous-traitance et les alliances et le recrutement indirect, rendent l'évaluation de l'importance des multinationales très difficile.

- Quelle est leur contribution par rapport à l'économie du pays? Les nouveaux sièges sociaux regroupent de moins en moins de personnes. Ils gèrent un réseau d'activités géographiquement dispersées. Ces activités ne sont pas nécessairement situées dans le pays d'origine.

- Qui contrôle, en cas de besoin, l'économie de globalisation? Exemple, les grandes fluctuations monétaires peuvent constituer une grave menace pour l'économie du pays. Comment peuvent-elles être évitées? Faut-il adopter des codes d'investissement ou des chartes internationales qui définissent les règles fondamentales de l'éthique des affaires et des pratiques sociales et politiques? Certaines institutions internationales comme le G8, L'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) ou l'OMC (Organisation Mondiale de Commerce) ont sérieusement commencé à envisager toutes ces éventualités.


Syndication Financial Times-L'Economiste
Traduction: Majda BENKIRANE


En Bref


L'économie de proximité se développe tout en étant proche de l'utilisateur final. Elle englobe aussi bien les activités traditionnelles que nouvelles et les activités à valeur ajoutée sociale et locale. Elle dénote très peu de mobilité; elle est protégée contre les investisseurs étrangers et contre les interventions directes de l'Etat. Elle peut être considérée comme étant inefficace et peu rentable, mais reflète essentiellement le système de valeurs d'un pays. L'économie de globalisation, à laquelle P.M.E. ont de plus en plus recours les PME, vise quant à elle à tirer parti des différents avantages comparatifs des nations. C'est à partir de cette économie que la plus grande révolution se fait en matière de productivité. La compétitivité de chaque pays repose sur sa capacité à trouver un équilibre entre les deux économies.

Majda BENKIRANE


Les dix règles d'or des sociétés compétitives


1- Créer un environnement juridique stable et prévisible;
2- Travailler sur une structure économique souple et flexible;
3- Investir dans des infrastructures traditionnelles et technologiques;
4- Promouvoir l'épargne privée et l'investissement domestique;
5- Développer une agressivité sur les marchés internationaux (exportations, etc.) et une attraction pour les industries étrangères à valeur ajoutée;
6- Mettre l'accent sur la qualité et la rapidité d'exécution lors des réformes et des restructurations;
7- Maintenir une adéquation entre le niveau des salaires, la productivité et la fiscalisation;
8- Préserver le tissu social en réduisant les disparités salariales et en renforçant la classe moyenne;
9- Investir massivement dans l'éducation, surtout au niveau du secondaire, et dans la formation et le renforcement à très long terme des capacités de la main-d'oeuvre;
10- Trouver un équilibre entre l'économie de proximité et l'économie de globalisation pour garantir la création de richesses, maintenir la cohésion sociale et préserver le système de valeurs souhaité par les citoyens.

Majda BENKIRANE

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