×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Commerce extérieur : Financement : Les banques boudent le crédit export

Par L'Economiste | Edition N°:226 Le 18/04/1996 | Partager

La mise en place du marché des changes introduit plus de souplesse dans les opérations avec l'étranger. Mais pour relancer les crédits à l'exportation, les taux comme les quotités et les prélèvements sont à réaménager.

La publication des circulaires instituant le marché des changes inscrit à l'ordre du jour la révision du système de financement des exportations. A cet effet, l'ASMEX (Association Marocaine des Exportateurs), avec l'appui du GPBM (Groupement Professionnel des Banques Marocaines), organisera prochainement des séances de travail pour débattre notamment des apports du marché des changes aux entreprises exportatrices et étudier les mécanismes de couverture du risque de change. Par ailleurs, certains obstacles au financement des exportations soulevés par la profession dans le plan Export 2 seront discutés par les deux parties.
Parmi les apports du marché des changes, la circulaire de l'Office des Changes précise que le produit des exportations des biens et services doit être cédé aux banques dès son rapatriement, dans les conditions du marché, conformément aux modalités fixées par Bank Al-Maghrib (BAM). L'exportateur disposera immédiatement de la contrepartie en Dirhams. Ainsi disparaît l'obligation de cession des devises à l'Institut d'Emission et les banques peuvent compenser les devises entre elles.

Matelas de devises

De leur côté, les exportateurs titulaires de comptes en devises seront crédités en devises, après le rapatriement des recettes et ce, dans la limite de 20% des recettes, taux fixé par la réglementation des changes. Le reliquat peut être cédé sur le marché des changes.
Autre apport du marché des changes pour l'exportateur: lors du rapatriement des devises, l'exportateur n'attendra plus la confirmation par BAM du cours pratiqué et, de ce fait, la distinction entre date de cession et date d'application effective n'a plus lieu d'être.
Dans le même sens, le délai de dénouement des opérations se réduit
puisqu'il passe de 4 à 2 jours au maximum, conformément aux normes internationales. De plus, les cours d'achat et de vente pour les opérations au comptant seront connus à l'avance par l'opérateur.
Concrètement, l'incertitude sur le montant définitif à virer au Maroc disparaît, car le prix de cession des devises communiqué devient définitif.

Afin de se prémunir à court terme contre le risque de change, l'exportateur a la possibilité de souscrire auprès de sa banque un contrat de vente à terme, moyennant une commission de 0,2% à verser à BAM. A l'issue de l'opération, l'exportateur s'engage à livrer à l'échéance les devises, produit de la transaction. Sa banque est alors tenue de le créditer de la contre-valeur en Dirhams sur la base du cours fixé préalablement. Cependant, le coût de couverture est jugé élevé.
L'enveloppe de devises de 20% consentie aux exportateurs peut, selon eux, alimenter le marché des changes. Ce matelas de devises servirait à la mise en place de mécanismes de couverture du risque de change. En contrepartie, les banques prendraient en charge une partie du coût de couverture. Mais à en croire les banques, l'utilisation de ce matelas de devises n'est possible que dans un marché des changes ouvert...
Hormis ces assouplissements introduits par le marché des changes, plusieurs obstacles entravent le financement des exportations.

Baisse régulière des crédits

Ainsi, concernant le loyer de l'argent, les opérateurs soulignent que les taux appliqués au secteur à l'export sont passés de 8 à 10%, alors que le coût des liquidités n'a cessé de baisser. Pourtant, les banquiers affirment qu'en dépit de la libéralisation des taux le secteur à l'export continue de bénéficier de taux "préférentiels" de 9 à 9,50%, avec un taux de base de 8,75% pour la clientèle de premier ordre.
Par ailleurs, les exportateurs imputent leurs difficultés de trésorerie à la baisse régulière des engagements bancaires en leur faveur.
La place marginale des crédits à l'export dans les crédits bancaires est en partie imputable à la faiblesse de la marge bénéficiaire des crédits à l'export perçue par les banques. Les exportateurs relèvent en outre que le montant du préfinancement à l'export, fixé à 15% du chiffre d'affaires (CA) pour les activités saisonnières (10% pour les autres), ignore l'accroissement annuel du CA réalisé à l'export. Les opérateurs prônent une augmentation de la quotité de financement à 25 ou 30% pour les situations qui l'exigent en prenant comme référence le chiffre d'affaires le plus favorable entre celui réalisé et celui prévu par les carnets de commandes.
Enfin, pour certaines sociétés exportatrices pouvant accéder aux financements extérieurs, une taxe fiscale de 10% sur les intérêts payés aux institutions étrangères est prélevée à la source.
Les opérateurs affirment pourtant que la suppression de cette taxe rétablirait la concurrence dans le financement des exportations entre banques marocaines et étrangères.

Mouna KABLY.


Des délais bancaires trop longs

Les exportateurs affirment que le délai de séjour de la marchandise au port atteint en moyenne 14 jours nécessaires aux procédures administratives. Selon la Commission Nationale de Simplification des Procédures du Commerce Extérieur, sur cette échéance, près de sept jours sont imputables aux démarches dans le circuit bancaire. "Ce délai trop long élimine l'avantage comparatif de la proximité par rapport à nos marchés que nous détenons sur nos concurrents", explique un opérateur.
Le retard qui concerne la circulation des documents dans le circuit bancaire s'explique en partie par la lenteur de la transmission des documents entre banques locales et leurs correspondants étrangers. D'autre part, le traitement des opérations internationales demeure totalement centralisé au niveau des sièges des banques locales.
Plus de 90% des transactions commerciales avec l'étranger se dénouent par remise documentaire ou crédit documentaire.
Ces moyens de règlements impliquent que les documents, notamment le titre de transport de la marchandise et la facture définitive, transitent impérativement par le canal bancaire.
Or, seul le titre de transport (connaissement, lettre de transport aérien ou routier) revêt une valeur de titre de propriété et permet donc de lever la marchandise.

Donc tout retard d'expédition via le circuit bancaire oblige l'importateur à s'acquitter de frais supplémentaires de magasinage, sans compter les encombrements portuaires et les pertes sèches si la marchandise est périssable.
Dans ce cas, seule une lettre de garantie pour absence de connaissement délivrée par la banque permet à l'opérateur de lever la marchandise en attendant l'arrivée des documents. "C'est une opération de crédit sélective et coûteuse". En effet, celle-ci n'est octroyée qu'au client solvable et elle implique le versement d'une commission jusqu'à la restitution de l'original de la caution.
Par ailleurs, sur le plan du traitement des documents, les agences bancaires font office de simple boîte aux lettres. "Elles ne disposent ni d'un personnel suffisamment formé, ni du pouvoir de décision".
En effet, dans le domaine de l'export, la vérification des documents se fait systématiquement au siège. Aucun encadrement du client n'est fourni par l'agence en cas de rectification ou d'erreur des documents. Pourtant ce type d'assistance aux entreprises éviterait les aller-retour des documents entre le siège et le réseau, réduirait sensiblement les délais.

Mouna KABLY.


La profession prône des crédits de structure

La modernisation du système de financement des exportations suppose une offre de produits bancaires diversifiée qui réponde aux besoins des entreprises. A ce titre, l'ASMEX suggère la mise en place de formules de financement intermédiaires entre le long et le moyen termes. Ce sont des prêts de structure à cheval entre crédit d'investissement et crédit de fonctionnement.
Il s'agit de crédits revolving destinés par exemple au financement de l'innovation ou de la restructuration du service export au sein de l'entreprise. Ce sont donc des prêts de structure et d'aide à l'innovation destinés à renforcer les assises techniques et les structures de gestion interne ou à mieux maîtriser les circuits de distribution étrangers. "A l'étranger, les exportateurs bénéficient de produits financiers exclusivement consacrés à l'amélioration des structures d'entreprises et au financement de l'innovation", indique un exportateur.

Ces instruments sont destinés à préparer l'outil d'entreprise à affronter les marchés extérieurs en faisant face à la concurrence. D'une part, ces prêts de structure font appel à des aspects de financement bancaire pur. D'autre part, ils font intervenir des aspects de couverture de risques à travers la souscription d'une assurance à l'exportation. Ce qui suppose une harmonisation des services bancaires à l'exportation et des services d'assurance à l'export.
Par ailleurs, les professionnels expriment la nécessité d'une mise en place d'autres produits financiers nouveaux, tels le financement des stocks à l'étranger ou des crédits destinés à l'adaptation des produits aux marchés extérieurs.
D'autres propositions figuraient dans le Plan Export 2 mais demeurent sans suite. Elles concernent notamment la garantie de cautionnement mutuel et la couverture du risque de change. La profession réclame une couverture pluriannuelle tant à l'import qu'à l'export avec reconduction tacite ainsi qu'une couverture spécifique aux crédits à moyen et long termes.
Les options de change prévues par la circulaire de la Banque centrale relative au marché des changes permettent de faire face aux risques à court terme. En attendant la mise en place d'un système approprié pour la couverture du risque de change des crédits d'investissement, exportateurs et banquiers étudient les possibilités de financements extérieurs à des taux concessionnels.

Mouna KABLY.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc