×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Commerce de fruits et légumes
Marché de gros: Un monstre de 30 hectares

Par L'Economiste | Edition N°:2676 Le 19/12/2007 | Partager

. Mandataires, grossistes, détaillants,commissionnaires, porteurs…. … 35.000 personnes s’y rendent chaque jour . 10.000 tonnes/jour écoulées en un temps record4 heures du matin. Il fait encore nuit et les artères de Casablanca sont désertes. Au détour d’une rue, surgissent d’un coup plusieurs dizaines de camions, utilitaires, triporteurs, grands taxis, carrioles… Ils empruntent tous le bd 10 Mars dans un seul sens. Destination: le Rungis casablancais, le marché de gros de fruits et légumes sis bd Commandant Driss El Harti dans la banlieue-est de la métropole économique. Sur place, plusieurs véhicules se suivent devant le portail impressionnant du plus grand marché de gros du Maroc qui s’étend sur 30 hectares. Les premiers camions chargés accèdent alors aux halles. Le souk s’anime tôt le matin. Dès 4 heures 30, le méga-marché de Sidi Othmane est en contraste avec une métropole qui dort encore. Il bouillonne de l’intérieur sur fond de cris de marchands, de craquement de caisses et de ronronnement de moteurs de camions. Des porteurs bougent tous azimuts dans cette fourmilière au milieu de caisses de fruits et légumes fraîchement cueillis. Tout le monde s’active dès l’aube: de l’agriculteur au marchand ambulant en passant par le transporteur et autres grossistes, intermédiaires, mandataires… Ici l’adage selon lequel «le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt» prend toute sa signification. Officiellement, ce sont quelque 35.000 personnes qui se rendent chaque jour à ce marché gigantesque pour vendre ou acheter des milliers de tonnes (10.000/jour) de fruits et légumes en un temps record. En principe, «le marché ouvre à 5 heures du matin et ferme ses portes vers 13 heures», signale le directeur du marché. Mais en réalité, il ne ferme pratiquement jamais. La marchandise est écoulée en un clin d’œil. Il faut être très vigilant et savoir saisir les bonnes occasions. «Ici, c’est une véritable école de commerce», estime un grossiste qui a vendu ses étals dès 6h30 et qui renchérit: «C’est plutôt l’école de la vie!». Elle apprend à «sentir» les caprices du marché. C’est pourquoi de gros producteurs de fruits ont souvent recours à des vendeurs commissionnaires qui savent tâter le pouls du marché. . Centrale d’achats Les prix fluctuent et la cotation change toutes les heures dans cette bourse atypique de fruits et légumes. Le produit étant très spécial car périssable, sa valeur se déprécie au fur et à mesure. Du coup, la cotation fluctue d’une heure à l’autre: «Le Premium se vend entre 5 et 7 heures du matin. C’est ce qu’il y a de plus cher», précise M’hamed Sebki, le directeur du marché. Ce sont généralement des fruits de gros calibre, frais, lavés, bien conditionnés et destinés aux hôtels-restaurants, superettes, échoppes de quartiers huppés ou au marché central. Vient juste après le prix moyen entre 9 et 10 heures pour une marchandise destinée aux marchés populaires, les souks de quartiers et épiceries. Le reste, de qualité très moyenne, voire parfois médiocre, est écoulé entre 11 et 13 heures aux marchands ambulants qui en fait «nettoient les halles des écarts», estime-t-on à la direction.Fort de son volume, le «Rungis» de Sidi Othmane est assurément le plus grand marché de gros non seulement de la région, mais de tout le Maroc en termes de superficie (30 hectares), de véhicules (un millier de camions/jour), de commerçants (30.000 à 35.000) et de tonnages (7 à 10.000 tonnes/jour dont 58,8% de légumes et 41,2% de fruits). C’est a priori ici que les fourchettes des prix sont arrêtées et dupliquées partout ailleurs. La marchandise provient de toutes les régions. En même temps, ce même marché approvisionne l’ensemble du pays. Une centrale d’achats qui brasse un chiffre d’affaires de plus de 2 milliards de dirhams. De l’extérieur, le marché ressemble à un complexe sportif géant de par ses structures métalliques, l’architecture de ses carreaux, la surélévation de ses constructions, ses 252 magasins de stockage. Au total, le marché est doté de 6 portes. Au rez-de-chaussée de l’administration, un poste de police dont les agents, relayés par des forces auxiliaires, veillent au maintien de la sécurité dans l’enceinte du marché. L’aire des ventes, appelée carreaux, s’étend sur quelque 7.000 m2. Elle est juste en face du bâtiment administratif. Une manière de garder un œil vigilant sur les transactions, les inconformités, les litiges…Une vingtaine de carreaux répartis entre une zone dédiée aux légumes et une autre réservée aux fruits de saison. Les carreaux sont gérés par des mandataires à raison de deux par carreau. Comme leur nom l’indique, ils sont mandatés par la commune pour gérer les transactions et autres services liés au sein de l’aire des carreaux (pesage, manutention, gardiennage…). Concrètement, après accord entre vendeur et acheteur, ce dernier se fait remettre un ticket de pesée, puis paye un quittancier employé par le mandataire. Le quittancier remet une facture qui est contrôlée à la sortie. Une fois les taxes déduites, les mandataires reversent les sommes collectées aux vendeurs.Mais qui sont ces mandataires? Ce sont généralement d’anciens combattants et des résistants de l’Armée de libération (32 sur 40) qui bénéficient gratuitement de cet «agrément» administratif de caissiers-percepteurs en récompense, dit-on, des services rendus à la Nation. Pour des raisons sociales, en cas de décès, ce sont les veuves et enfants qui prennent le relais.Leur mission consiste, selon le règlement intérieur, à louer de l’espace aux commerçants moyennant le prélèvement de 1% de la valeur de la marchandise qui transite par les carreaux (en plus de 6% pour la commune). Les magasiniers eux ne s’acquittent que des 6% pour la commune. Prélèvements auxquels s’ajoute un loyer mensuel «de respectivement 1.953, 2.504 et 5.007 DH selon les types de magasins et superficies: petite, moyenne ou grande aire de vente», précise le directeur Sebki. Les montants des loyers sont aujourd’hui contestés et une association de magasiniers a intenté un procès contre la commune pour réviser les loyers à la baisse. Abdelali El Iraqui El Hosseini, président de l’Association centrale du marché de gros (ACEMAG), est amer: «En 20 ans, nous avons équipé les magasins de chambres froides et investi, mais en même temps nous avons un statut temporaire d’exploitation régi par un contrat provisoire avec la commune. Pour une raison ou une autre, on peut nous mettre à la porte». Et d’ajouter, les investissements dans l’aménagement et l’équipement ne nous donnent même pas droit à un fonds de commerce malgré l’ancienneté (20 ans), ni d’accéder à des lignes de crédit. El Iraqui dénonce aussi la double imposition des loueurs de magasins: on s’acquitte d’une patente, de l’IGR en plus des 6% de taxes. Or, renchérit le président de l’association, tous les commerces au Maroc s’acquittent des impôts uniquement. En plus, les taxes des marchés de gros ne dépassent guère les 4,5% à l’échelle nationale. Pourquoi seul Casablanca impose les 6%! «C’est une décision du ministère de l’Intérieur», rétorque le directeur du marché. C’est une aberration, pense-t-on, car, à l’origine, les loueurs de magasins avaient des garages autour de l’ancien marché de gros avec seulement une patente. Avec la délocalisation, il y a eu non seulement un transfert de la patente, mais aussi les taxes communales en plus», martèle El Iraqui. Du coup, de nombreux commerçants ont mis la clé sous le paillasson à cause de cette «gestion communale qui taxe à tout va». Pour El Iraqui, c’est à la commune en tant que collecteur de taxes de payer les impôts sur la recette (entre 150 et 200 millions de DH de taxes sont récoltées par an).


Manque à gagner

Compte tenu de sa taxation jugée onéreuse (7%), le marché de gros de Casablanca pâtit depuis quelques années de la concurrence des marchés clandestins. Plusieurs camionneurs contournent le circuit du marché pour écouler leurs marchandises dans des souks informels à Hay El Hassani, Ben Msik, Mers Sultan, Hay Mohammadi ou encore Bernoussi, sans oublier les marchés périphériques situés à la frontière entre la ville et les communes rurales limitrophes. Globalement, quelque 25 à 30% de fruits et légumes destinés au marché de Sidi Othmane sont écoulés ailleurs. La direction du marché estime le manque à gagner entre 30 et 40 millions de DH chaque année en termes de recettes sur les taxes communales et autres mandataires. L’administration du marché de Casablanca pointe aussi du doigt le circuit de la grande distribution de la métropole (Acima, Marjane et Métro… notamment). Elle reproche à ces grandes surfaces de s’approvisionner directement auprès des producteurs et fermes sans passer par le marché de gros.


Litige!

Un litige est en cours au sujet des loyers des magasins. Car, de 1986, date de l’ouverture du marché, à 2005, le coût du loyer a subi une hausse estimée à 120%. La commune avait décidé il y a quelques années d’augmenter de 5% par an le loyer. Une augmentation qui a été revue à la baisse peu de temps après (3%). La décision de revoir le loyer à la hausse a suscité un tollé auprès des locataires. Des associations sont depuis montées au créneau. Elles dénoncent la tarification exorbitante des loyers arrêtés par la commune. En même temps, certains magasiniers ont arrêté depuis 2 ans de s’acquitter du loyer. Mais depuis 2006, «il a été décidé de procéder à une augmentation de 1% tous les 3 ans», temporise le directeur du marché. Amin RBOUB

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc