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Economie

Commerce de fruits et légumes
La mercuriale: Comment ça marche

Par L'Economiste | Edition N°:2676 Le 19/12/2007 | Partager

. Une commission se réunit 2 fois par semaine. Chaque produit a sa propre taxe. Le fardage, une pratique couranteC’est en fonction du prix de référence et de la nature du produit transporté que le camionneur s’acquitte d’une redevance calculée à l’entrée du marché par une grande balance reliée au système informatique de la direction du marché. C’est ainsi que la mercuriale est arrêtée. Une fois le tonnage pesé, le camionneur passe à la caisse. En principe, chaque produit a sa taxation spécifique. En principe seulement, dit-on, car l’astuce pour contourner la «forte» taxation (7% de la valeur globale du produit dont 6% vont à la commune et 1% aux mandataires des carreaux) consiste à faire passer des fruits comme «la banane ou l’avocat, par exemple, pour des oignons ou de la pomme de terre», glisse malicieusement un grossiste au milieu d’une conversation. Par ailleurs, et comme la qualité de la marchandise est très hétérogène, le fardage reste une pratique très courante. Des trieuses spécialisées sont recrutées pour la besogne.Mieux encore, comme le règlement est toujours cash et en liquide, il suffit d’oublier quelques chiffres dans le tonnage pour baisser de moitié le ticket d’entrée et sous-déclarer les volumes. C’est dire que la fraude fiscale est monnaie courante dans cette bourse de fruits et légumes. Autrement, si tout est en règle, c’est le consommateur qui trinque. La procédure veut qu’une commission, qui relève de la direction du marché et qui se réunit 2 fois par semaines, détermine un prix de référence pour chaque variété de fruits ou légumes. C’est en fonction de ce prix de référence que la taxation sur le tonnage est fixée. Par ailleurs, les prix du jour varient en fonction de la saison agricole et dépendent donc de la loi de l’offre et de la demande. Une fois dans les carreaux ou magasins, les étals de marchandises sont exposés pour la vente. Et c’est la parole (El Kelma) qui prend toute sa signification dans les transactions. Des centaines de tonnes passent de main à main sur la base… des mots, de la confiance. Une tradition locale car tous les marchands se connaissent entre eux. Les acheteurs sont des grossistes, semi-grossistes, intermédiaires (appelés aussi chennaka), détaillants, restaurateurs, voire, surtout le samedi, de simples consommateurs. «C’est le dernier maillon de la chaîne, le petit marchand qui vend directement au consommateur qui est gagnant à tous les coups. Il a la marge la plus importante», précise le directeur du marché. L’importance des volumes drainés par le marché de gros fait que les recettes sont des meilleures bon an mal an. Pour preuve, avec près de 2 milliards de dirhams de chiffre d’affaires dont 124 millions de DH de taxes en 2006 uniquement, à lui seul, le marché contribue à hauteur de 40% aux recettes de la ville de Casablanca. Une contribution ô combien importante, mais qui ne profite pas au marché. Elle n’est pas réinjectée dans l’écosystème du business (entretien des bâtiments, maintenance, sécurité, formation, manutention, hygiène, animation…). La gestion du marché incombe directement au conseil de la ville. Mais en même temps, la recette ne lui est pas totalement versée. Les charges liées au fonctionnement (2 contrats de nettoyage et de gardiennage) sont toujours assurées par l’administration auprès des sociétés SOS (pour le nettoyage) et «Perdoune Travaux» (pour le gardiennage). La manutention y est encore entièrement manuelle. Pas d’entrepôts ou docks de déchargement, pas de zones dédiées au tri non plus.Des porteurs octogénaires courbés à la barbe blanche transportent à même le dos des caissons et des paniers d’oseille lourds de plus de 60 kg. Face à notre étonnement, un marchand à la fibre sociale surdimensionnée rétorque: «C’est leur gagne-pain, où voulez-vous qu’ils partent. On ne veut pas de machines ici». L’automatisme n’est pas pour demain.En une vingtaine d’années seulement, l’état des lieux des bâtiments (carreaux, magasins, administration…) s’est tellement délabré. On dirait un édifice qui date du Protectorat. L’hygiène laisse à désirer, des détritus sont jetés partout, des fruits et légumes écrasés à chaque coin des carreaux, les fruits impropres à la consommation et autres déchets du tri sont un peu partout, en plus du manque d’hygiène dans les sanitaires… «C’est aussi culturel, les gens ne sont pas sensibles à l’hygiène ici. Il ne faut pas oublier qu’ils sont à 99% analphabètes et viennent essentiellement du milieu rural», explique, l’air désolé, un membre de l’association du marché. Sur les murs de l’entrée de l’aire de vente, un slogan en gros caractères resté lettre morte: «Mon frère agriculteur, commerçant et ouvrier, l’hygiène est un comportement, des valeurs et une conscience». Les installations de nettoyage sont inexistantes de même que celles de stockage. Les marchands regrettent beaucoup l’ancien marché de gros de Belvédère connu sous l’appellation marché «Crio». Il était, dit-on, mieux géré, plus rémunérateur et moins sale. «Là bas au moins, il y avait la baraka et tout le monde y trouvait son compte. Ici, les marchands se sont appauvris en si peu de temps», confie un grossiste septuagénaire. Normal, renchérit-il en même temps, «on nous a casés à proximité de deux cimetières. C’est de mauvais augure!» . Made in USALe marché reste ouvert 24h/24 et 6 jours sur 7 (excepté le vendredi). Les flux sont tellement importants qu’il est difficile de sensibiliser à l’hygiène une population quasi-rurale estimée à 35.000 personnes/jour, fait remarquer un membre de l’association du marché. En plus, les camions entrent et sortent à tout moment de la journée: «Nous sommes le seul marché de gros à autoriser les camions à sortir avant d’écouler la marchandise, cela permet d’alimenter d’autres régions en fruits et légumes et de décongestionner le marché», fait valoir le directeur Sebki. En même temps, pour assurer un approvisionnement normal et régulier, la nouvelle direction invoque des mesures incitatives depuis 2006. Objectif, précise Sebki, inciter les agriculteurs et camionneurs à acheminer eux-mêmes fruits et légumes pour couper l’herbe sous les pieds aux spéculateurs qui renchérissent les prix. Le constat sur place est qu’il y a une pléthore d’intermédiaires (agriculteurs, collecteurs, grossistes, semi-grossistes, spéculateurs, détaillants, marchands ambulants, mandataires, commissionnaires…). Une chaîne d’intervenants qui font que les prix flambent compte tenu des marges de chaque maillon de la chaîne. Tout le Maroc est représenté au marché de Casablanca. Les camions viennent de toutes les régions du Maroc (Souss-Massa, l’Oriental, Doukkala, Chaouia, El Gharb, Saïss, Tadla…). Mais c’est le terroir du Souss-Massa, Chaouia et Doukkala qui sont présents en force.A partir du marché de Casablanca, les camions ont la possibilité d’alimenter toutes les régions aussi bien au Nord qu’au Sud et à l’Est (Al Hoceïma, Nador, Oujda, Berkane, Larache, Marrakech…). Ces dernières années, une nouvelle tendance caractérise le marché de la métropole. Des fruits exotiques sont importés et vendus à partir des magasins. Ce sont principalement des raisins, des pommes, des bananes, des poires, mangue, kiwi, ananas, kaki et autre avocat. Ils proviennent de Côte d’Ivoire, du Costa Rica, d’Italie, France, Espagne… et même des Etats-Unis. C’est surtout la pomme qui provient de chez l’oncle Sam. Un produit de gros calibre, propre et brillant certes mais de qualité gustative très moyenne, voire insipide, répètent des grossistes sur place. Les premières livraisons datent du lendemain de la signature de l’accord de libre-échange Maroc-USA.«Ce sont des produits de niche destinés à une clientèle particulière, généralement les hôtels, restaurants et quartiers huppés du centre-ville», explique le gérant d’un magasin. D’aucuns grossistes se sont spécialisés dans ces produits de niche, à tel point qu’ils ont investi dans la conservation athmosphérique. Un procédé frigorifique élaboré et contrôlé qui permet d’allonger le cycle de vie de certains fruits tout en conservant leur brillance et leur fraîcheur comme s’ils étaient cueillis la veille. Cette technique de conservation athmosphérique permet, grâce à une oxygénisation des chambres froides, non seulement d’allonger la durée de vie du fruit, mais de le vendre au prix cher en dehors de sa saison.


Flandria, Rabea et les autres

Le marché de Casablanca a son propre vocabulaire. Un mélange détonnant d’humour, de grivoiserie… en somme, un jargon qui renvoie souvent à la campagne et à la femme. Ainsi, à titre d’exemple, un ancien modèle de camion de marque Ford est appelé Rabea ou Jamila. La marque Bedford est pour sa part appelée Hippia. Un autre modèle asiatique aussi célèbre s’appelle Hino, mais c’est «la Mitchi» (ndlr: Mitsibushi) qui est la plus prisée par les agriculteurs nantis. Elle est, dit-on sur place, plus fiable et performante sur l’asphalte même avec le surtonnage. Il en est de même pour le fourgon Ford Transit. Autre tendance du Rungis casablancais, la prédominance de triporteurs made in China qui servent aussi bien au transport de marchandises qu’à celui de personnes. Mais ce sont les anciennes Flandria des années 60 qui raflent la vedette. Pour les porteurs, ce sont plutôt des chariots confectionnés pour transporter le maximum de caisses en hauteur, jusqu’à 8 corbeilles, qui sont à la mode. Aussi le marché se caractérise-t-il par le phénomène des Moby-taxi. Des mobylettes et autres Yamaha qui transportent les commerçants de et vers le marché avec le casque passager en plus. Tarif de la course: 5 DH TTC!


Ben Laden, Al Jazeera, Al Bissara…

Le marché, c’est aussi un lieu de vie (2 banques - Banque Populaire et Crédit Agricole-, une douche, une quarantaine de cafés…). Un lieu d’activités qui a permis l’émergence d’une pléthore de petits métiers (porteurs, trieuses, marchands ambulants, transporteurs, peseurs, gardiens…). Plusieurs commerçants ne le quittent que pour aller au hammam ou voir la famille. De jeunes mineurs y vivent aussi au même titre que des repris de justice ou des recherchés pour des délits mineurs (vols à l’arrachée, agressions…) sans être inquiétés. Certains passent la nuit dans les camions ou au-dessus des caisses dans les carreaux. Il y a aussi un petit hôtel miteux à 40 DH en plus d’un autre à l’entrée à 125 DH, 3 mosquées, un coiffeur, des téléboutiques et plusieurs cafés (50), gargottes, épiceries et bureaux de tabac. Dans les cafés au carrelage kitsch, on sert la soupe aux fèves (Al Bissara) et le thé à la menthe à volonté tôt le matin. Des consommations très prisées dès 4 heures sur fond de musique générique du JT d’Al Jazeera. C’est la chaîne favorite qui sert aussi de fenêtre sur le monde aux marchands. Dès que l’image de Ben Laden apparaît sur le petit écran, un silence religieux règne dans le café. Hagards, les clients écarquillent les yeux. Ils ont tous le regard braqué sur le chef d’Al Qaïda. Amin RBOUB

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