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    Politique Internationale

    Comment un médecin traditionnel centrafricain sauve les gens des «hommes-caïmans»

    Par L'Economiste | Edition N°:671 Le 30/12/1999 | Partager

    · Il est invisible pour ces «monstres» desquels il extrait les victimes
    · Ses consultations se font de 2 heures à 7 heures du matin


    Un médecin traditionnel centrafricain s'est taillé en quelques mois une stature de héros populaire à Bangui en défiant les "hommes-caïmans", une secte d'assassins qui sévit dans l'Est du pays.
    Fidèle Lingoula affirme détenir d'une fée un pouvoir qui lui permet de s'introduire, à leur insu, dans les caches secrètes où les redoutés "hommes-caïmans" séquestrent leurs victimes avant de les mutiler à mort. Les médias centrafricains ont largement contribué à la renommée de ce médecin analphabète d'une quarantaine d'années, installé à Bangui depuis quatre mois à peine.
    Originaire du pays des "hommes-caïmans", on lui prête d'avoir déjà soustrait à leur emprise plus d'une dizaine de personnes. Chaque semaine, la radio nationale diffuse deux ou trois communiqués pour annoncer ses missions salvatrices à l'intérieur du pays. Sourire éternel aux lèvres, dégageant des dents imposantes, Fidèle se verrait bien embauché à plein temps par les autorités pour faire de sa traque des "hommes-caïmans" et sorciers en tous genres une cause nationale. Selon des rapports de la gendarmerie locale, plusieurs dizaines de personnes sont tuées chaque année par les "fa-te-fa" ("homme qui s'est métamorphosé", en langue locale langbassi).
    Pourchassés pendant la colonisation française, ils ont été éradiqués de la capitale par l'ex-empereur Bokassa. Mais d'après les témoignages des villageois et pêcheurs terrorisés, ils pullulent sur les rives de l'Oubangui et de son affluent, le Mbomou, dans l'Est du pays.
    Ils semblent n'attraper leurs victimes que dans l'eau, lors de baignades, de parties de pêche ou de traversées en pirogue. Ils les entraînent ensuite vivantes par le fond pour les séquestrer dans leur antre, où ils les humilient et les torturent à mort des heures durant. Orbites vides, dents, langues, gencives et oreilles arrachées: les cadavres refont surface trois jours plus tard sur les lieux mêmes de l'enlèvement, aux dires de villageois. Mais Fidèle assure que sa puissance surpasse celle des "hommes-caïmans" aux yeux desquels ils devient invisible. "Quand je me rends à l'endroit de la capture, ceux qui m'accompagnent peuvent me voir mais pas eux", explique-t-il. "Je plonge dans l'eau, avec ou sans mes vêtements. Au bout de quelques minutes, je réapparais avec la ou les victimes. Les membres de la secte ne peuvent que constater que leur proie s'est échappée", déclare-t-il fièrement.


    Il exporte aussi ses talents


    Ses talents de traqueur d'"hommes-caïmans", Fidèle les exerce parfois jusqu'en République Démocratique du Congo (RDC) voisine. Toujours à la demande des familles de disparus qui prennent en charge ses frais de déplacements.
    Sa réputation lui a valu un afflux considérable de patients dans la capitale. Il y désenvoûte et guérit toutes sortes de maladies, y compris du sida, assure-t-il. Grâce à cette activité également lucrative, Fidèle possède aujourd'hui deux taxis et loue une maison enviable pour l'homme de la rue.
    Chaque nuit, des dizaines de personnes se pressent devant son domicile, munies de petits cartons où elles notent leur numéro de passage. Fidèle consulte de 2h à 7h du matin, mais ne prodigue ses soins qu'à partir de 13h : "c'est la consigne de la fée".

    Wissal SEGRAOUI (AFP)

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