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Economie

Comment le Maroc veut redresser ses tanneries

Par L'Economiste | Edition N°:2475 Le 01/03/2007 | Partager

. Les opérateurs réclament des mesures d’urgence pour sauver la filière. Des unités dotées de vieilles machines pour faire face à la concurrence. Les banquiers interpellés Bab Dbagh, l’entrée du quartier des tanneurs à Marrakech, est belle à voir. Récemment restaurée et pavée à neuf, celle-ci donne l’impression d’entrer dans une zone moderne et structurée. Erreur, car une fois la superbe porte en bois dépassée, on plonge dans un univers glauque et nauséabond, digne d’un roman d’Eugène Sue. L’atmosphère est pestilentielle. Odeur de chaux et de peaux en putréfaction, d’urine d’animaux, de fiente de pigeons, de produits chimiques… Bref, les sens olfatiques en prennent un sacré coup. Et le quotidien des riverains ne doit pas être rose. De fait, le quartier des tanneurs jouxte de nombreuses habitations, des commerces, des cabinets juridiques et médicaux. Comment peut-on vivre dans un tel endroit? «Nous y sommes habitués. Les odeurs font partie du quotidien», répond avec lassitude cette habitante. Pour accéder aux tanneries traditionnelles, on doit patauger dans une boue nauséabonde, jonchée de détritus de toutes sortes. On ne peut faire autrement, c’est le seul accès aux fameuses fosses qui font le bonheur des touristes. Des fosses que l’on visite quasiment en apnée, histoire de s’offrir un véritable dépaysement. Des hommes et des femmes s’y affairent sans protection ou quelque sécurité. Pourtant, on a parlé de nouvelles unités modernes. Elles existent en effet, mais elles n’ont de moderne que le nom. Celles-ci se situent autour des 20 souks de tanneries traditionnelles. Il s’agit de PME dotées de machines vétustes, vieillottes de 50 ans et plus. On y  travaille les peaux des bovins, caprins et ovins. Près de 30 unités jugées «neuves» y traitent 154 tonnes de peaux par mois. «C’est un tissu  industriel à dominance familiale, faiblement ouvert sur des stratégies de rapprochement ou de fusion et très sensible aux fluctuations de l’environnement», souligne Latifa Boughalem, gérante de Khiam Cuir -une véritable unité moderne- et présidente de l’Association des tanneries modernes et fabricants de cuir de Marrakech, récemment créée. «La filière a connu de beaux jours avant que ne surgisse le problème de la vache folle et que le gouvernement décide de limiter l’export de cuir semi-fini», indique Latifa Boughalem. Nous sommes alors en 1999. La décision était tombée comme un couperet. Résultat: plusieurs unités ont fermé leurs portes. Seuls quelques téméraires sont restés (de jeunes héritiers de sociétés familiales), tentant de sauver le secteur avec les moyens du bord. Les autres se sont reconvertis dans d’autres métiers, laissant à l’abandon leurs tanneries.C’est le cas de l’unité Moussa. Elle était dans un temps un des fleurons du secteur de la tannerie et faisait travailler une soixantaine de personnes. «On y traitait plusieurs types de peau, du mouton et de la chèvre notamment», raconte un technicien du cuir qui a vécu les beaux et les mauvais jours de la filière. Aujourd’hui, dans ses locaux délabrés remplis de poussières, avec des machines en mauvais état à côté de vieilles peaux jamais travaillées. Seul espace encore productif, une petite boutique créée à l’entrée de l’usine, qui est occupé par un artisan. Il y fabrique des sacs d’artisanat. Un peu plus loin, la tannerie Bourial. L’unité est encore en marche. On y travaille davantage les croûtes de cuir destinées à l’artisanat local. C’est la partie intérieure (côté chair) de la peau refendue. Lorsque les peaux d’animaux sont épaisses, il est en effet possible de les trancher 1 ou 2 fois dans le sens de l’épaisseur. Les propriétaires de cette tannerie, qui emploie 6 personnes, ne peuvent pas passer à un autre stade de valorisation du cuir, faute de moyens. Dans le passé, l’entreprise avait une vingtaine d’employés. Quelques ruelles plus loin, l’unité d’Adeljalil Slaissi a été montée dans une ancienne maison. Slaissi est un ingénieur technicien spécialisé dans le traitement du cuir. Il a acquis cette unité vieillotte qu’il a rénovée avec des machines d’occasion, mais en bon état. L’investissement, hors foncier, lui a coûté plus de 500.000 DH. Pour Slaissi, la tannerie est un secteur porteur à condition que qualité et innovation soient de mise. Sa petite unité produit actuellement 2.000 pieds carrés par jour (1 pied carré =10 décimètres). Une production destinée à 50% au marché intérieur (maroquinerie), son investissement ayant été entrepris en partenariat avec un industriel dans la maroquinerie. Pour les 50% restants, Abdeljalil espère toucher le marché de l’export, directement ou indirectement à travers d’autres industriels.Le propriétaire de la tannerie Mouhssine en sait quelque chose. Il a investi dans une unité moderne au milieu des années 1990, construite sur un terrain nu. Il a développé un portefeuille clients important et, aujourd’hui, se sent à l’étroit  et ne peut répondre aux demandes. Et encore moins aller vers des technologies plus modernes. «Pourtant, j’ai des compétences capables de travailler le cuir aussi bien pour l’ameublement, la maroquinerie qu’autre…». Un projet de transfert des tanneries modernes dans la zone industrielle Sidi Bouatmane est en cours d’étude. Pour l’entrepreneur, après les années de vaches maigres, le secteur donne des signes de reprise. «Mais, il faudra savoir les accompagner», ajoute-t-il. De loin, l’unité de Haj Hannafi, un vieux tanneur traditionnel, la soixantaine environ, qui  a hérité le métier de père en fils, est la plus moderne de ce quartier. En se convertissant à la tannerie industrielle, Haj Hannafi a vu «les choses en grand». Il a subi les contrecoups et les conséquences du déclin de la filière, après avoir investi 2 millions de DH pour la création d’une unité de transformation (pour la fabrication de ceintures et sacs de voyage). Il regrette aujourd’hui son investissement. «En dehors des contraintes d’espace, dit-il, nous devons faire face aux problèmes de la maintenance qui nous guettent tous les jours, la hausse des coûts de la matière première…».Il faut dire que la filière a traversé une crise durant plusieurs années qui a eu pour conséquence une baisse notable de compétitivité. Du reste, la filière est essentiellement productive, avec une approche marketing insuffisamment agressive et peu structurée. D’où un accord de relance pour le cuir conclu entre la Fedic et le gouvernement en juin dernier, et où il est question de restructurer ce secteur, aujourd’hui confronté à des difficultés structurelles qui limitent les investissements et la croissance (cf. www.leconomiste.com). La filière est inscrite parmi les priorités du plan Emergence comme un des secteurs porteurs. Qui dit plan de relance, dit théoriquement des mécanismes de financement. «Le préalable serait de disposer d’un outil de financement prêt à fonctionner, maintenant que la libéralisation des exportations des peaux et cuirs a été décidée», avait confié à L’Economiste le président de la Fédération marocaine des industries du cuir (FEDIC), Abdeslem Alaoui El Hassani. Mais pour les banques, le cuir  est encore une filière à risque.


Artisanal

Souk Dbagh de Marrakech comprend une vingtaine de souks et de tanneries traditionnelles. Chaque souk compte une centaine de fosses et chaque fosse emploie deux personnes au moins, sans parler des autres métiers gravitant autour. C’est dire l’importance de ce secteur en termes d’emplois.  Dans ces souks, on travaille la peau de manière artisanale, sans avoir recours à aucune machine.Badra BERRISSOULE

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