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Economie

Comment Casablanca extermine ses chiens

Par L'Economiste | Edition N°:1944 Le 25/01/2005 | Partager

. Les cadavres sont jetés à la décharge publique. Les capteurs ne suivent aucune formation. Peu de moyens et beaucoup de risquesElle était là, tranquille, profitant des doux rayons de soleil, ne se doutant nullement de ce qui allait lui arriver quelques instants plus tard. “En voilà une”, dit le chauffeur, et la chasse commence. Les deux capteurs de chiens errants du Service vétérinaire de la commune urbaine de Casablanca, lassos à la main, s’approchent sans trop de tapage de leur cible. N’importe quel bruit peut réveiller la chienne qui dort en toute quiétude. Au dernier moment, elle se réveille et tente de s’échapper. Trop tard. Les capteurs sont plus rapides et expérimentés. Les lassos cernent déjà son cou et son corps. Elle se débat, mais cela ne fait que serrer davantage les lassos. Ses aboiements sont stridents et son combat de survie (sûrement le dernier) est acharné. Toutefois, les capteurs ne lâchent pas prise. Ils la tirent vers la voiture qui les attend, la mettent dans une cage, puis ferment la porte. Et tout est fini. Après cette première opération, Mohamed, chauffeur et aussi capteur, a déjà du sang sur le doigt. Il a été blessé pendant que la chienne luttait pour échapper à une mort certaine. “C’est juste une petite égratignure. J’en ai eu d’autres, plus sérieuses. Les blessures sont monnaie courante chez nous. Chacun des membres de l’équipe a déjà été mordu au moins trois fois”, avance-t-il. En effet, la logistique des capteurs semble bien modeste pour les protéger contre les attaques des chiens. Ils ne sont équipés d’aucun moyen de protection. Même pas un gant. “C’est un métier à haut risque. Quand il s’agit de chiens dangereux comme les pitbulls, les dobermans ou les bergers allemands, la tâche est encore plus dangereuse. Il faut savoir que nous n’avons suivi aucune formation”, confirme un capteur. De leur côté, certains citoyens ne facilitent pas la tâche des capteurs. Ils les surnomment “les tueurs de chiens”. Effectivement, dès leur apparition dans une ruelle derrière la Comanav, les capteurs sont suivis par une horde de curieux. Les compréhensifs essayent d’aider les membres de l’équipe en leur montrant les cachettes de l’animal en fuite. Les réticents, très en colère, ne mâchent pas leurs mots: “Laissez ces chiens en paix, espèce de tueurs. Allez faire autre chose, plutôt que de vous rabattre sur de pauvres bêtes”, lance un passant. “Dans les quartiers chauds et les bidonvilles, c’est avec des couteaux et des bâtons que certains habitants nous accueillent. C’est le chasseur qui devient la cible”, assure Tarik, le capteur de l’équipe. Après une première opération fructueuse dans le parking de la Comanav, les capteurs récidivent. Cette fois, c’est aux alentours de la porte N°4 du port. D’autres chiens errants ont été signalés dans cette zone. Mais la densité de la circulation ne facilite pas le travail et les curieux sont de plus en plus nombreux. Malgré ces difficultés, d’autres chiens ont été pourchassés et capturés. Dans la voiture, qui garde encore les traces bien évidentes des attaques de certains chiens, une odeur nauséabonde commence à se propager. “Nous devons supporter l’odeur des chiens. Elle est encore plus suffocante, surtout quand il fait chaud et quand la voiture est pleine de chiens. Parfois, nous arrivons à chasser plus de vingt chiens en une seule sortie. Les cages sont tellement pleines que souvent de petits chiots meurent pendant le trajet”, affirme Mohamed.La chasse aux chats fait également partie de la tâche de cette équipe. Selon Tarik, ils sont plus difficiles à capturer. “Nous utilisons un filet et il faut les prendre par surprise. Parfois, nous sommes obligés d’ôter nos chaussures, de vider nos poches et réduire même le frottement de nos pantalons, pour ne pas émettre de bruit. Sinon, ces animaux très vifs se sauvent”, explique Karim, un autre capteur.Pour les capteurs, les risques du métier sont également d’ordre psychique. Même s’ils ne le disent pas explicitement, ils avouent faire parfois des cauchemars où il est question de cadavres de chiens. “Surtout pendant mes premiers mois de travail”, avance Mohamed. Karim, plus superstitieux, fait allusion à des apparitions nocturnes qui se multiplient quand il travaille la nuit. Au quartier général du service, dans les anciens abattoirs, les chiens capturés sont tués par injection. Une centaine de cadavres sont entassés les uns sur les autres. Deux corps de chiens tremblent encore. “La piqûre n’a pas encore fait son effet. Mais ils ne souffrent pas”, rassure un capteur. Selon ce dernier, faute d’incinérateur, les cadavres sont transportés vers la décharge publique.“L’incinérateur est en panne depuis plusieurs années. Il n’y a aucun risque à jeter les cadavres à la décharge mais pour une ville qui se respecte, il faut un incinérateur”, confirme un responsable. Aucun danger ? Cela reste à vérifier.A l’arrière des locaux, de petites cages d’un mètre carré environ, sont alignés le long du mur. Des chiens de différents âges et races attendent leur dernière heure. Sans aucune nourriture, les uns s’acharnent à aboyer, d’autres sont résignés. Ils se contentent de suivre, d’un regard vague, les allées et venues de leurs “geôliers”. Difficile de rester insensible devant les aboiements étouffés de quelques petits chiots. Ils n’ont même pas encore ouvert leurs petits yeux. “Ils ont été capturés avec leur mère qui venait de mettre bas”, souligne un capteur. “Tous ces chiens seront “piqués” dans les heures qui suivent. C’est difficile, presque inhumain, mais c’est comme ca!”, se contente-t-il d’ajouter.


3.200 chiens capturés

Composé de sept personnes, quatre capteurs et trois chauffeurs, qui travaillent également comme capteurs, le Service de ramassage des chiens errants qui relève du Service vétérinaire de la commune urbaine de Casablanca dispose de seulement trois véhicules. Durant les six derniers mois, ce service a capturé plus de 3.200 chiens. Le mois de décembre a été le plus fructueux avec 713 chiens et 83 chats. Durant cette période, seulement six cas de rage animale ont été déclarés: trois chiens et trois… ânes.Mohamed AKISRA

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