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Comment articuler le marché financier national et le financement international

Par L'Economiste | Edition N°:53 Le 12/11/1992 | Partager

Par Le Pr Jamal Eddine TEBBAA

L'institut des Hautes Etudes de Management (HEM a rassemblé les divers partenaires publics et privés au financement de l'activité pour étudier les changements prévisibles que provoquera l'ouverture du Maroc. Le Pr Tebbaâ a réalisé la synthèse des travaux, organisés par HEM, avec la collaboration du Ministère des Finances et de l'Association Finances Méditerranée, le 30 Octobre 1992.

Au cours des années quatre vingt, le débat économico-politique s'est focalisé dans notre pays autour du programme d'ajustement structurel sous ses différentes facettes. Précisons que cette politique a permis au Maroc de rétablir progressivement certains équilibres monétaires et financiers tout en accentuant cependant les des équilibres sociaux.

Les années quatre-vingt-dix seront marquées, entre autres, par les nouvelles formes de redéploiement financier à l'échelle nationale et internationale, avec comme corollaire le développement de techniques de financement tout à fait nouvelles. Face à une telle situation, le Maroc, à l'instar de plusieurs pays en voie de développement doit redynamiser sa politique de collecte de l'épargne interne et renouer avec le recours au marché financier international, tout en évitant l'aggravation de l'endettement et en assimilant les nouvelles techniques de financement international.

Une telle stratégie suppose, dans le cadre d'une politique de plus en plus libérale avec désengagement étatique progressif, de trouver une articulation stratégique financière cohérente entre la mobilisation des ressources internes en relation avec la dynamisation du marché financier local, l'accès maîtrisé au financement international et le développement de l'édifice financier dans le cadre d'une réforme homogène de l'intermédiation financière.

C'est à l'analyse de l'articulation de ces trois composantes, que se sont attelées les multiples communications et interventions lors de cette rencontre, dans un esprit de politique positive, c'est à dire d'ouverture, d'écoute et de dialogue pragmatique entre les différents participants et partenaires nationaux et étrangers.

L'objectif premier a été, aussi bien en séance plénière qu'au niveau des travaux en ateliers, d'effectuer un diagnostic de l'existant dans le domaine du financement, et ce, de façon constructive.

Les analyses ont concerné aussi bien les acteurs principaux dans le domaine financier (Trésor public, organismes bancaires et financiers, assurances, entreprises, organismes d'épargne, bourse des valeurs, ménages etc.), que leur comportement vis-à-vis du développement des mécanismes financiers nationaux et internationaux

Certes, la mobilisation de l'épargne est indispensable pour toute poli tique de développement. Cependant si des progrès notables ont été enregistrés et si l'épargne nationale potentielle semble importante, il n'en demeure pas moins que des questions essentielles subsistent :

Comment accroître cette mobilisation? Comment la canaliser vers le long terme?

Comment harmoniser l'intervention des Pouvoirs Publics et celle du secteur privé dans la ponction de l'épargne nationale? Quel équilibre réaliser entre la politique des taux d'intérêt et l'encouragement de l'investissement? Comment encourager l'épargne tout en favorisant la demande interne nécessaire pour la relance de la croissance? Comment restructurer la bourse des valeurs et le marché des capitaux en général conformément aux objectifs d'une privatisation économiquement et socialement cohérente et maîtrisable ?

Toutes ces questions et bien d'autres, soulevées lors des débats, traduisent un constat fondamental, à savoir que la mobilisation de l'épargne suppose et impose :

- la mise en place et l'assimilation d'instruments institutionnels adéquats

- une redistribution des cartes entre l'intervention des Pouvoirs Publics et celle du secteur bancaire.

La mobilisation de l'épargne nationale et le développement du marché boursier nécessitent la mise en place de conditions institutionnelles et organisationnelles favorables à cet objectif.

L'idée de l'institution, pour quelques années, d'un code destiné à encourager l'investissement en valeurs mobilières, a été suggérée.

Cette mesure pourrait être complétée par une certaine transparence dans la gestion des entreprises, une information fiable et régulière, une protection efficace des actionnaires minoritaires etc.

Par conséquent, restructuration du marché des capitaux, fiabilité des informations, transparence, assimilation, voire démocratisation économique semblent être les bases d'une démarche qui viserait la diversification des outils et mécanismes du marché financier.

Mais ceci n'est possible que si les entreprises à leur tour font les efforts nécessaires pour se restructurer, en termes de managements, ce qui leur permettra d'ouvrir progressivement leur capital et donc de bénéficier des moyens de financement modernes plutôt que de recourir systématiquement au crédit bancaire.

En Effet, à réforme du système financier et monétaire doit correspondre une restructuration de l'entreprise ; cela ne peut se faire sans l'émergence et le renforcement de nouvelles catégories de managers. C'est à cette condition que la création d'outils boursiers performant (marché à terme, second marché etc.), et l'instauration de nouveaux produits (SICAV, SICAV mixtes, fonds participatifs etc.) peuvent engendrer une véritable dynamisation du marché des capitaux au Maroc.

La privatisation semble être une occasion opportune pour la dynamisation du marché boursier.

L'étude de l'expérience tunisienne en la matière peut permettre au Maroc d'éviter certains écueils d'ordre technique ou socio-économique.

Diagnostic du marché financier international

Le marché financier international a été marqué au cours des vingt dernières années par d'importantes mutations relatives aux flux de capitaux vers les pays en développement.

Si la crise de remboursement du Mexique a provoqué une baisse très notable des flux de capitaux d'origine privée vers les pays du tiers monde, il semble que l'on ait enregistré une relative reprise de ces flux, bien que de façon irrégulière, depuis 1988. Cependant cette remonté des flux de capitaux privés semble caractérisée par, d'un côté, une augmentation des investissements directs, et de l'autre, par une nouvelle orientation géographique bénéficiant avant tout aux pays de l'Europe de l'Est, aux pays du Sud-Est asiatique et colin à certains pays d'Amérique latine.

Parallèlement à ces mutations et eu égard à l'évolution en matière de communication internationale, les techniques du marché financier international ont énormément évolué.

Face à cette profonde mutation, deux constats s'imposent en ce qui concerne la situation du Maroc.

1er constat: s'étant exclu du marché financier international depuis environ une dizaine d'années suite aux difficultés d'endettement, le Maroc ignore relativement aujourd'hui les nouveaux mécanismes du marché financier international. Les intermédiaires financiers marocains, et à plus forte raison les entreprises, ne connaissent que très peu toutes les procédures de fonctionnement de ce marché. Or, sans connaissance relative de la part des entreprises, on ne peut espérer voir le secteur privé jouer un rôle significatif en matière de recours direct à ce type de financement.

C'est la raison pour laquelle un besoin d'information et de formation sur les mécanismes et les conditions l'accès au marché financier international existe; il s'agit d'y répondre au plus vite.

2ème constat: l'esquisse d'une nouvelle stratégie d'accès au marché financier international apparaît chez les Pouvoirs Publics. Cette stratégie de financement international tente, eu égard à l'expérience passée, d'une part de définir les contraintes d'ordre politico-économique, et d'autre part de délimiter les éléments de sa mise en oeuvre.

En ce qui concerne les contraintes, outre le désir d'éviter un endettement similaire, quant à ses conséquences, à celui des décennies passées, cette stratégie doit pouvoir maîtriser la variation et du taux d'intérêt et du taux de change afin de maintenir les équilibres monétaires et financiers fondamentaux tout en rentabilisant les placements et en assurant le remboursement des emprunts. Parallèlement, les autorités monétaires et financières doivent assurer les conditions adéquates à la convertibilité du Dirham.

Les éléments de cette stratégie sont de deux types :

- le Trésor public, malgré le désengagement étatique progressif, doit continuer à jouer un rôle important en créant les conditions propices à l'accès au marché financier international grâce à la maîtrise des mécanismes financiers et à la garantie qu'il peut présenter son rôle est incontournable ;

- l'intervention des intermédiaires financiers est nécessaire, voire indispensable, pour favoriser un recours progressif du privé au marché financier international. Cependant dans une première étape, cette intervention suppose l'organisation des intermédiaires financiers en consortium afin d'accroître leur poids de négociation et les garanties offertes.

La réforme de l'intermédiation financière est liée au rôle assigné dorénavant au secteur privé. L'objectif fondamental est de dynamiser l'intervention du secteur financier tout en mettant "des garde-fous" nécessaires au contrôle indirect.

Les changements dans le système financier marocain sont multiples et perceptibles :

- désencadrement du crédit ;

- réduction graduelle des emplois obligatoires des banques;

- taux d'intérêt non administrés;

- décloisonnement du système d'intermédiation ;

- mise en place de moyens indirects pour maîtriser la création monétaire.

Ces changements sont susceptibles de favoriser une plus grande concurrence entre les établissements de crédit.

Le bilan de cette politique de dynamisation de l'intermédiation financière ne peut se faire sans tenir compte de l'environnements socio-économique (aux niveaux de l'épargne, de l'assimilation du système financier, de l'action des Pouvoirs Publics, etc.). Certes des critères d'évaluation existent tels que le niveau de la bancarisation de l'économie, l'implantation régionale des banques, la nature des dépôts, la nature des prêts etc. Néanmoins, Cette évaluation mérite à chaque fois qu'elle soit relativisée comme en a attesté le débat au cours de cette rencontre.

En conclusion, cette journée d'étude n'a pas eu la prétention d'apporter des solutions aux problèmes complexes de financement, mais elle aura eu le mérite de contribuer à une réflexion collective, pratique et pragmatique face aux enjeux de la fin de ce siècle.

Parmi ces enjeux, la maîtrise des modalités de financement national et international semble primordiale pour; notre pays.

Par conséquent c'est en développant ce dialogue technique et socio-économique que l'on peut progressivement réaliser cette harmonisation essentielle entre les objectifs des Pouvoirs Publics en matière d'équilibre financier et la nécessaire libération des énergies et des créativités du serveur privé dans le recours au marché financier national et international .

Alors, poursuivons de façon pragmatique ce dialogue en vue de mettre en place progressivement les structure et les instruments financiers nécessaires pour accompagner notre objectif de développement économique et social.

En un mot, il faut restituer toute la stratégie de financement dans le cadre d'une stratégie globale, et ce, de façon concertée.

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