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    Comité de Suivi du Développement du Secteur Privé : Les axes pour une croissance soutenue

    Par L'Economiste | Edition N°:178 Le 04/05/1995 | Partager

    Le mot d'ordre est "transparence, compétence, professionnalisme". Les mentalités sont appelées à changer pour opposer l'optimisme au pessimisme et convertir les défis en challenges. Telle est la mission que le Comité de Suivi du Développement du Secteur Public s'est assigné en décidant de tracer une stratégie de croissance soutenue de l'économie.


    Après avoir conduit avec succès le programme d'ajustement structurel, "il s'agit maintenant de construire sur ce socle macro-économique une croissance annuelle oscillant au moins entre 6 et 8%", explique M. Saâd Kettani, président du Comité de Suivi du Développement du Secteur Privé, constitué en juin 1994. Ce Comité est composé de six représentants du secteur privé et six représentants du gouvernements et deux hauts responsables de la Banque Mondiale. Le Comité, dont le rôle est consultatif auprès du gouvernement a entrepris des réunions mensuelles et entrepris un certain nombre d'études et d'actions. Il a entamé actuellement le stade de la communication de ses actions. Il a organisé un point de presse le 3 mai 1995 au siège de la CGEM.
    La révolution qu'a entreprise ce Comité était de poser la question: "dans le cadre d'une économie mondiale devenue globale et transnationale avec comme toiles de fond les nouveaux accords du GATT et la constitution claire de grands espaces économiques régionaux: la triade Amérique, Asie, Europe, qui marginalise le reste ddu globe et compte tenu de nos forces et faiblesses, quel type de joueur le Maroc peut et veut être à l'horizon 2005?".

    Vision à long terme

    La réponse constituera un "projet mobilisateur pour l'avenir". Ce projet devra viser un objectif final à long terme tout en posant différentes étapes. Les objectifs seront déclinés en plans d'actions "avant une mise en oeuvre rapide", précise M. Kettani.
    Toutefois, en vue de faciliter son application, une sensibilisation sera entreprise en vue d'assurer l'adhésion d'un nombre maximum de la population. Le Comité compte faire participer à la réflexion les médias, les universitaires, les leaders d'opinions, les dirigeants "modernes" d'entreprise, les dirigeants "visionnaires" des partis politiques et des syndicats...
    C'est une métamorphose de notre environnement qui peut se produire. Mais l'essentiel, rappelle le président du Comité, est que les équilibres macro-économiques soient maintenus en vue d'assurer le financement du "projet mobilisateur" par les marchés financiers et les capitaux étrangers.
    Les ressources de l'Etat devront ainsi être destinées, en plus des charges de fonctionnement de l'Etat et de la dette, aux secteurs sociaux: éducation, logement, santé, "en vue de rattraper le retard accumulé". Ceci constitue en fait la première ligne directrice de la nouvelle stratégie définie par le Comité.

    Pôles de croissance: Le social

    Même pour ces secteurs sociaux, l'Etat n'étant pas en mesure de répondre à l'ensemble des besoins, le privé sera encouragé à investir ces secteurs. Il est également espéré que l'intervention du privé ait un rôle stimulant même pour les établissements publics.
    Pour ce qui est du système de l'Education, qu'il soit public ou privé, "la gestion aveugle doit prendre fin" , affirme M. Kettani qui ajoute: "les secteurs primaire, secondaire, supérieur et la formation professionnelle doivent être performants et répondre aux besoins du Maroc futur que l'on veut construire". Autrement dit, il s'agira de définir le profil du Marocain qui devra assurer une croissance soutenue de l'économie: ouvert d'esprit, facilement communicatif, sociable, maîtrisant les langues...
    Ces secteurs sociaux seront par ailleurs confiés au privé suivant un cahier des charges. Ils constitueront, par ailleurs, des pôles de croissance et ne seront plus considérés comme une charge.

    Infrastructures: Vent de libéralisme

    La deuxième ligne directrice du projet mobilisateur est le secteur des infrastructures. Le Comité voudrait instroduire un vent de libéralisme dans ce secteur. Ce dernier constituera également un grand pôle de croissance et par la même occasion contribuera à l'amélioration de l'environnement pour l'investissement privé en mettant à sa disposition des infrastructures suffisantes en quantité et en qualité, qui permettront en outre l'exploitation de la proximité du Maroc par rapport à l'Europe.
    Le système qui sera mis en place est celui de la concession de services publics, soit pour chaque projet pris isolément, soit par une loi-cadre pour l'ensemble des projets. "La libéralisation sauvage est toutefois à éviter", note M. Kettani qui donne l'exemple de la libéralisation des transports en commun "qui a été entreprise d'une manière aveugle et sauvage . L'environnement des grandes villes aujourd'hui en pâtit alors que nous aurions pu construire un métro ou des lignes ferroviaires pour desservir les zones industrielles".

    Les infrastructures, selon M. Kettani, sont des projets mobilisateurs de fonds très importants et ayant d'énormes potentialités de croissance. La concession de la centrale thermique de Jorf a permis, par exemple, de drainer un montant équivalent à 1,3 milliard de Dollars.
    Ceux sont la totalité des projets d'infrastructures qui sont prévus de passer au secteur privé: autoroutes, barrages, métro de Casablanca, télécommunications, énergie, distribution d'eau et d'électricité, transport aérien, déchets domestiques, zones industrielles...Face au déficit chronique de ces dernières, il est question dans 8 à 10 mois de lancer la construction, par le privé, de deux parcs industriels de 100 hectares chacun à Casablanca et à Tanger. La sélection des promoteurs se fera suite à un appel d'offres international. Il est également question de construire un important corridor qui lierait un pont aérien à un terminal portuaire. La gestion des zones industrielles devra elle-même être livrée au secteur privé en vue de mettre fin "à leurs conditions d'exploitation déficiantes", note le président du Comité.

    Industries compétitive

    La troisième ligne directrice est l'identification des secteurs productifs qui sont compétitifs ou qui disposent d'un potentiel de compétitivité important. Une fois les secteurs définis, il s'agira de déterminer avec une approche moderne des plans d'action pour assurer leur développement.
    L'appel d'offres pour la réalisation de cette étude a été lancé. Le montant du projet est de 1 million de dollars, financé sur le budget de l'UECette étude exigera environ 9 mois de travail.
    C'est l'analyse par la méthode des grappes, qui se base sur l'Ecole de Michael de Porteur. La notion de grappes permet d'appréhender les liens et les interactions économiques qui, à l'intérieur d'une branche d'activité ou entre industries, facilite la circulation de l'information et la diffusion des technologies. Ceci encourage les entreprises à plus de souplesse et d'adaptabilité et contribue à l'amélioration de la productivité. L'intérêt du regroupement de l'industrie en grappes est qu'il permet de faciliter la mise en place de politique capable de promouvoir une croissance rapide de l'économie en se posant la question: comment rendre l'ensemble d'une grappe performante, du sous-traitant au client en passant par le transporteur?

    Laïla TRIKI

    Les nouveaux défis du Maroc

    "L'ajustement est un processus qui ne s'arrête jamais", précise d'emblée M. Saâd Kettani, président du Comité de Suivi du Développement du Secteur Privé. Il s'agit d'apporter une réponse, un nouveau type d'ajustement à chaque nouveau défi interne ou externe.
    Les nouveaux défis internes que le Maroc est appelé à affronter sont la croissance démographique galopante, les jeunes diplômés au chômage, un tissu industriel devant se restructurer pour se tailler une place dans le commerce international, une bonne partie de la main-d'oeuvre à recycler et la vulnérabilité de l'économie par rapport à l'agriculture.
    L'ouverture de l'économie a été également réalisée sans qu'il y ait une véritable coordination entre la politique gouvernementale conduite à un bon rythme et les changements qui devaient s'opérer au niveau du tissu industriel. "Les événements se sont précipités trop rapidement, du coup il y a une co-responsabilité Etat-secteur privé", précise M. Kettani. Cette situation découle du fait qu'il n'y a pas eu de définition d'un projet d'avenir qui soit suffisamment concret dans lequel tous les intervenants auraient pu s'inscrire et s'identifier. Aussi le Maroc protectionniste des années 1970 connaissait-il, par ailleurs, une certaine autosatisfaction qui ne l'incitait pas à se remettre en question.

    Les défis externes se résument principalement aux changements survenus au niveau de l'Union Européenne que qualifie M. Kettani de "véritables tremblements de terre": avènement du marché unique, extension vers de nouveaux pays, chute du Mur de Berlin..."Chaque événement est porteur de conséquences gigantesques qui ne se feront ressentir qu'après plusieurs années". "Le propre d'un pays réactif est qu'il réagit dès que ces événements se produisent et pense à leurs conséquences sur son économie", ajoute-t-il.
    Ainsi, l'UE n'a pas changé de politique envers le Maroc, mais elle n'a fait que s'adapter elle-même à son nouvel environnement. "Nous étions installé dans ce confort psychologique qu'était la zone de libre-échange alors qu'il est question actuellement d'une large zone euro-méditerranéenne", explique M. Kettani. "Il s'agit donc aujourd'hui de tracer un projet d'avenir pour participer dynamiquement à la construction de ce vaste marché qui devrait constituer un attrait pour tout investisseur".
    L'UE est tout d'abord un vaste marché que le Maroc n'exploite probablement pas assez. Une diversification de la clientèle au sein même de l'Europe tout en créant des liens de complémentarité de produits ou de période pourrait conduire l'économie marocaine à réaliser, selon le président du Comité, des sauts de croissance très importants.

    L'insertion du Maroc dans le sillage de l'UE constituera un apport considérable à l'économie marocaine.
    En dépassant le problème de la pêche qui est en phase de résolution, des potentialités de collaboration avec l'Espagne sont considérables, estime M. Kettani. Pour ce qui est de l'agriculture, il est question de trouver des complémentarités. Enfin, il est laissé au Maroc le soin de définir le rythme d'ouverture de son tissu industriel dans l'optique d'éviter les risques de destabilisation.
    De son côté, l'UE devra s'investir pour aider le Maroc à appliquer ses réformes en vue d'assurer la compétitivité de son économie. En effet, "l'UE a tout intérêt à avoir sur son flanc sud une économie prospère", affirme-t-il.
    La philosophie d'aide est appelée également à être modifiée dans le sens où les ressources financières ou les dons seront octroyés en vue de consolider le secteur privé, "ce qui est une bonne chose".
    Le Maroc devra également, dans le cadre de l'apport de solutions à ses défis externes, rechercher une diversification de ses partenaires: continents américain, asiatique, africain, Moyen-Orient..."Le Maroc est un carrefour, il doit par conséquent exploiter sa situation géographique", conclut M. Kettani.

    Laïla TRIKI.


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