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Courrier des Lecteurs

Chronique des changes : Période du 7 au 18 Septembre 1992 : Les surprises du Mercredi noir

Par L'Economiste | Edition N°:46 Le 24/09/1992 | Partager

Et maintenant ? Oui, maintenant que les Français ont voté à une très courte majorité pour la ratification du Traité de Maastricht, que peut-on attendre de l'évolution des marchés des changes internationaux si tant est que la logique économique puisse prévaloir, et que soit oublié le " véritable camouflet " qui lui fut adressé lors de la semaine du 14 au 18 Septembre ? Avant de tenter de répondre à cette question importante qui conditionne le comportement de notre monnaie par rapport aux principales devises, arrêtons-nous un instant sur les événements historiques et inédits de la période écoulée.

La bourrasque monétaire qui s'est abattue sur les marchés internationaux n'avait aucun caractère prévisible. Rien, absolument rien de nouveau, en termes de " Fundamentals " économiques n'était venu, à la veille du Mercredi Noir 16 Septembre, changer la situation des monnaies qui furent concernées par la tempête. Bien au contraire serait-on tenté de dire, car le début de la semaine fut marqué par la baisse des taux directeurs allemands (une baisse " politique ", car effectuée sur l'insistance des autorités de la Communauté dont celle du Chancelier Kohl, lequel aurait rendu une visite secrète au siège de la Buba) et par un mini-réalignement au sein du SME aux termes duquel la Lire fut dévaluée de -7%. L'incertitude liée au vote des Français comme détonateur de la crise ? Non, cela faisait plusieurs semaines qu'on vivait avec, et elle ne justifie en tout cas pas tant de turbulences (épuisement des réserves de change des principaux pays pur défendre leurs devises, mais sans succès puisqu'ils durent capituler devant la " force " des marchés, soit en les retirant du mécanisme de change européen comme les Britanniques ou les Italiens soit en les dévaluant comme les Espagnols).

Quoi qu'on dise, le véritable détonateur fut les déclarations imprudentes du Gouverneur de la Buba à un grand journal économique allemand (" reproduites sans notre autorisation ", se défend-on chez les responsables de la communication de la Banque Centrale allemande) dans lesquelles M. Schlesinger disait avoir souhaité un " réalignement plus vaste des parités au sein du SME ". Les opérateurs sur les marchés des changes ne se sont pas fait répéter deux fois pour réaliser " le voeu " de cette grande figure du paysage financier mondial. Ils y " procédèrent " d'autant plus diligemment que, quelle qu'ait été l'issue du scrutin référendaire, le réalignement des parités leur semblait de toute façon inéluctable. En effet, dans le scénario du " Oui à Maastricht ", une modification des parités aurait permis la baisses des taux d'intérêt de pays comme l'Espagne, le Portugal ou l'Italie, qui, confrontés à un ralentissement conjoncturel, accompagné de déséquilibres budgétaires et de paiements, étaient candidats " obligés " à la dévaluation (les Britanniques se refusant pour leur part à envisager un quelconque ajustement du Sterling).

Désordres monétaires

Dans l'hypothèse du Non, que ce soit par flottement des devises considérées, la dépréciation de ces dernières aurait été le résultat des grandes secousses qui se seraient produites alors dans le SME et qui auraient certainement abouti à sa dislocation. Un autre facteur à l'origine de l'ampleur de la crise de la semaine précédente nous paraît être le suivant : les opérateurs cambistes auraient souhaité, en leur for intérieur, que le traité n'entrât jamais en vigueur. Non pas qu'ils soient opposés à l'idée européenne, en fait, l'Union Economique et Monétaire prévue par l'accord signifie, à un horizon de 4/5 ans au plus tôt, 7/8 ans au plus tard, l'institution d'une monnaie unique, laquelle implique la disparition de 12 monnaies européennes et avec des centaines de milliers d'emplois dans les salles marchés. Aussi espéraient-ils, en créant le désordre sur la scène financière européenne, peser négativement sur les votes des Français. Ils y ont presque réussi (mais pas tous seuls, puisque le " Oui " l'a emporté de justesse (50,82 %) ou, comme dit le proverbe marocain, " ezzrab tehte deffa " (" les poils sous la porte ").

Le Mark maître des lieux

Au terme de cette période mouvementée, on observe du côté gauche de notre tableau de variation, c'est-à-dire celui des devises qui ont vu leurs cotations s'apprécier en Dirhams :

- le Dollar (+6,16 % de hausse contre notre monnaie) et le Yen (+6,05 %) lesquels ont ainsi renoué avec des cotations inédites depuis le début de l'été (8,41 DH et 6,75 DH), et en même temps supérieures à celles prévalant à la fin de l'an dernier (respectivement +3,24 % et 3,35%);

- puis le Mark (+1,29% en Dirhams) conforté dans son rôle de véritable " maître des lieux " dans le Système Monétaire Européen ; il est suivi de près par la devise française (+0,68 %), épargnée relativement par la crise (elle ne baisse contre Mark que de -0,60 %).

Sur le côté droit du tableau figurent en revanche:

- les d'eux monnaies désormais en congé du Mécanisme de Change Européen : la Lire italienne (en repli de -7,76 % par rapport au Dirham) et la Livre Sterling (en baisse de -5,72 %) ;

- la monnaie " dévaluée ", à savoir la Pésète espagnole dont les 5 % de dévaluation ainsi que l'évolution subséquente de ses cotations sur les marchés européens se traduisent par une baisse en Dirhams de -6,54 % ;

- la devise lusitanienne dont les cours ont également baissé (-0,59 % en DH) en raison de son statut officieux de monnaie " potentiellement " dévaluable compte tenu de ses " Fundamentals " économiques (économie " non convergeante ") ;

- enfin, les soubresauts qu'ont enregistrés ces monnaies composantes (dépréciations pour la plupart d'entre elles), d'une part, la forte progression du Dollar (autre monnaie déterminante majeure des cotations du Dirhams) d'autre part, constituent sans doute les deux éléments essentiels de la baisse de -3,68 % enregistrée par l'Ecu.

Quelle visibilité peut-on avoir de l'évolution prochaine des marchés des changes internationaux, déterminante pour les cotations de notre monnaie ? A dire vrai, les circonstances récentes ont rendu l'exercice de prévision extrêmement " hasardeux " : au cours des dernières semaines, les marchés se sont situés au niveau " de l'anticipation au second degré ", c'est-à-dire, " d'anticipation des anticipations " ; aussi les opérateurs ont-ils " anticipé " (au sens de réaliser à l'avance) l'occurrence de " la prévision d'un réalignement des parités des monnaies dont les économies sont les moins convergeantes avec le " club des économies vertueuses " composé de l'Allemagne, la France et du Bénélux. Dans ces conditions, la rationalité des déductions économiques " colle " forcément peu à la réalité des comportements effectifs.

Le SME rompu

Notre sentiment demeure toutefois que la configuration actuelle des changes, caractérisée par la force du Mark et de ses séides, et ce, au détriment des devises originaires des pays les moins convergeants d'Europe (Livre Sterling, Pésète, Lire italienne, Escudo) va se poursuivre dans les prochains jours. En effet, les derniers événements ont montré que peut être rompue " la discipline " du SME, celle qui, à travers le respect de marges strictes de variations des devises, a imposé aux pays une voie " monétariste " dans l'ajustement de leurs déséquilibres économiques (maintien de taux d'intérêt élevés pour combattre les pressions inflationnistes, même au prix d'une faible croissance...). Par conséquent, aussi bien pour les monnaies faisant partie du mécanisme de change européen que pour celles qui l'ont quitté, l'appréciation des marchés du degré de convergence des économies par rapport aux " plus vertueuses d'entre elles " sera plus déterminante que jamais. Le flottement à la baisse de la Livre Sterling et de la Lire italienne est la sanction systématique que leur réservent les marchés pour tout écart noté par rapport à la norme " vertueuse ", en termes d'inflation, de croissance monétaire, de déficits budgétaires. Par ailleurs, si elles ne veulent pas être emportées lors d'une seconde tempête des changes, les Autorités de ces pays ont intérêt que ce soient les marchés qui déterminent les " cours adéquats " pour la réintégration de leurs devises au sein du SME. A cet égard, il nous semble que le retour de la Lire italienne peut se faire plus rapidement que celui de la Livre Sterling, car l'appartenance au Mécanisme de Change européen de la devise italienne sera considérée comme un moyen puissant pour regagner la crédibilité sur les marchés internationaux.

Vertus du Franc

Quant au Franc français, sa " bonne tenue " lors de la crise du 16/17 Septembre montre jusqu'à quel point les marchés internationaux ont intégré l'idée que l'économie française est vertueuse. Cette crédibilité poussera-t-elle les Autorités Monétaires à baisser leurs taux (comme l'a promis le Ministre français des Finances avant le Référendum) ? Il nous semble que " commettre " un geste dans ce sens, alors que les plaies ne sont pas encore toutes pansées, affaiblirait la devise de l'Hexagone, d'autant plus sensiblement que le Mark aurait, lui " le vent en poupe " comme il l'aurait à l'occasion par exemple de la publication de statistiques de croissance de la Masse Monétaire allemande encore plus éloignées des objectifs fixés par la Buba (3,5 %, -5,5 %).

La prudence devrait donc être de " mise ".

Si le Dollar et le Yen ont jusqu'à présent bénéficié des turbulences européennes, les prochaines statistiques de l'Emploi (prévues pour le premier Vendredi du mois d'Octobre, soit Vendredi 3), risquent de les affaiblir tous deux (le Yen, parce qu'aucune donnée favorable sur la croissance économique dans l'Archipel n'est attendue, évoluerait dans le sillage du Billet Vert) : l'ouragan " Andrews " qui a déferlé sur la côté Ouest des Etats-Unis durant le mois d'Août aura alors fait sentir ses effets sur la conjoncture économique.

Brahim BENJELLOUN-TOUMI

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