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    Chômage et habitat insalubre, ici aussi... Chômage et habitat insalubre, ici aussi...

    Par L'Economiste | Edition N°:1167 Le 19/12/2001 | Partager

    . Le chômage sévit dans des proportions de 25% à Laâyoune et 27% à Smara. En dépit d'un effort financier colossal de l'Etat, la structure économique reste très fragile. Les séparatistes sont une infime minorité mais comme tous les activistes, ils exploitent très bien les erreurs de l'administrationLaâyoune, 18h. Les rues de la ville sont vides no-nobstant quelques rares retardataires. Comme c'est Ramadan, les habitants se sont tous retrouvés autour de leurs f'tours. Quelques minutes plus tard, les tables de cafés envahissent les trottoirs et des couples, aussi bien des adolescents que des adultes, déambulent, jusqu'à une heure tardive dans les boulevards de la ville. Laâyoune, à l'image d'autres villes du Sahara marocain, est en apparence une ville calme qui cache bien son malaise. Les maux de la région sont pourtant multiples.L'intégration entre Marocains issus des Provinces du Nord et ceux du Sud est superficielle. Ici, que ce soit dans les cafés ou dans les maisons, il est rare qu'un groupe comprenne aussi bien des Marocains originaires du nord que du sud. 25 ans donc après la récupération du Sahara, l'intégration est faible. En tout cas, peu d'intégration à l'image de celles des Marocains du sud dans les autres provinces. «Je ne fréquente pratiquement aucun Sahraoui. Tous mes amis sont des gens du «dakhel«. C'est peut-être dû aux traditions et coutumes différentes», raconte un chauffeur de taxi originaire de Meknès installé depuis 14 ans à Laâyoune. Peut-être. Mais comme l'explique Mohamed Salem Dahi, représentant local de l'Organisation Marocaine des Droits de l'Homme à Laâyoune, «l'administration est en grande partie responsable de cette situation. Elle a négligé la valorisation du capital humain sahraoui». Salem Dahi comprend très mal l'absence de Sahraouis aux postes de responsabilité dans l'administration dans les zones sud. «Ils sont occupés pratiquement par des gens de Rabat, Casablanca ou Tanger… Les Sahraouis sont des subalternes». Est-ce parce que la politique d'éducation de l'Espagne était pratiquement nulle? En tout, bien peu de Sahraouis qui ont fait leurs études au Maroc et qui ont été boursiers de leur pays pour effectuer leurs études à l'étranger sont en poste au Sahara même. En fait, il semble que la politique d'intégration et de mise à niveau du Sahara au départ n'a pas bien su valoriser les liens organiques que les Sahraouis entretenaient avec le Maroc durant toute la période coloniale espagnole.L'année dernière, une opération de recrutement avait eu lieu suite aux manifestations qu'avait connu la ville. «Une fois de plus, l'administration a mal géré le dossier et exacerbé les susceptibilités. 1.400 diplômés chômeurs allaient être recrutés. Au début, seuls les Sahraouis ont été admis et les autres exclus. Ceci a été à l'origine de plusieurs contestations. Ce n'est qu'après que les autorités ont élargi l'opération aux personnes ayant obtenu leur baccalauréat au Sahara», raconte Abdelmajid Belghazal du bureau local de l'OADP.Un cadre de la Wilaya de Laâyoune fournit une autre explication: «Les habitants du centre-ville sont en grande partie des personnes originaires du Nord, des notables sahraouis ou des fonctionnaires. La majorité des Sahraouis résident quant à eux dans les quartiers périphériques». Le plus célèbre est celui d'Al Wahda. Un bidonville de milliers de maisons de fortune habitées par les Sahraouis, autrefois établis dans des villes du Nord. Ce sont de vrais Sahraouis ceux-là. Cela s'entend à leur accent et se voit à leurs traits et teint. Ils ne faisaient que rentrer chez eux et non pas, comme continue de l'avancer le Polisario, des gens amenés ici pour peser sur le réferendum. Ils étaient venus au début des années 90 s'installer dans les provinces sahariennes pour participer au référendum. Rabat avait misé sur un règlement rapide du dossier du Sahara qui aurait permis la réintégration naturelle. Le processus du référendum a duré plus d'une décennie et ces milliers de personnes sont restées dans ce camp qui, avec le taux de chômage qui y sévit, présente aujourd'hui une vraie bombe à retardement sociale et politique. Les conditions de vie dans le camps sont des plus précaires. La majorité de ses habitants vivent grâce aux subventions de l'Etat et une bonne partie d'entre eux est inscrite dans la Promotion nationale. Mohamed, la soixantaine, autrefois installé à Goulmime affirme qu'«une bonne partie de ces aides est détournée par les agents de l'autorité qui en font un commerce lucratif». A en croire les propos des habitants de Laâyoune et de Smara, le trafic concerne aussi les cartes de la Promotion nationale (une carte donne droit à un traitement mensuel de 1.350 DH). A Laâyoune, on compte quelque 8.000 personnes inscrites à la Promotion nationale. Mohammed Ben Saïd Aït Ider secrétaire général du parti de l'OADP, ne mâche pas ses mots: certains fonctionnaires et agents de l'autorité ne viennent au Sahara que pour faire fortune (lire entretien en page 13). Une perte de confiance s'est aujourd'hui installée entre le citoyen sahraoui et l'administration. «C'est le cumul de pratiques remontant à plusieurs décennies», reproche Aït Ider. En fait comme dans le reste du Maroc dans les années 70 et 80, l'absence d'expression de liberté a couvert toutes sortes de trafics: c'est la rançon de l'absence de démocratie. Ahmed, 33 ans, habite Smara. Encore au chômage, il n'a plus d'espoir. Il n'est pas le seul à avoir perdu toute illusion. Belghazal explique que c'est là le pari du Polisario. «Complètement affaiblis de l'intérieur, les séparatistes misent sur le malaise social qui règne dans les Provinces du Sud pour renverser la situation à leur profit». Et d'ajouter qu'au Sahara, trois catégories de séparatistes cohabitent: ceux qui partagent la thèse du Polisario, ceux qui monnayent leur marocanité et les Marocains sahraouis découragés par le mode de gestion des affaires au Sahara.Les premiers sont une infime minorité. D'ailleurs, la manifestation organisée par Mohamed Dadech le plus ancien détenu sahraoui libéré début novembre le prouve. Le nombre de personnes qui se sont déplacées pour l'écouter n'a pas dépassé les 1.500 à Laâyoune et moins de 600 étaient venues l'entendre à Smara dont une bonne partie s'était déplacée par simple curiosité. Les deux villes comptent respectivement 200.000 et 50.000 habitants. La deuxième catégorie, ceux qui monnayent, explique-t-on, comprend certains notables qui font de leur marocanité un fond de commerce. La troisième catégorie, la plus importante, est celle de ces Sahraouis qui se revendiquent marocains mais qui ont vu se répéter les erreurs de gestion politique et économique de l'Etat et qui ont perdu confiance en l'administration marocaine. «Aucune autre région n'a bénéficié d'autant de dotations étatiques: 15 milliards de DH ont été investis dans la région en l'espace de 25 ans. Mais malheureusement, l'élément humain n'a pas été au centre du développement. L'approche sécuritaire avait dominé lors du traitement de ce dossier». Une approche qui a fait du Sahara une région d'exception. Durant plus de deux décennies, aucune voix de mécontentement en provenance du Sahara n'était autorisée. «Alaâm Zine», c'était la devise de l'administration, alors que la région s'enfonçait dans ses problèmes: une population en âge de travailler de près de 70%, un chômage de plus de 25% à Laâyoune et de 27% à Smara(1), la croissance du déficit en logements(2) et une structure économique très fragile (lire entretien du wali de Laâyoune). Face à de telles situations, le contre-poids de la société civile, associations, syndicats et partis, a été neutralisé. Les partis politiques, ceux de l'opposition en l'occurrence, à l'exception de L'Istiqlal présent dès le début, ne se sont intéressés à la région qu'à la fin des années 80. Une anecdote que se transmettent les sahraouis: les partis politiques sont venus s'installer après que Driss Basri ait donné son feu vert. L'ex-ministre de l'Intérieur aurait essuyé une remarque de la part d'un émissaire des Nations Unies, en visite au Maroc, étonné de l'absence des partis au Sahara. Aujourd'hui, l'encadrement politique, pouvant canaliser les revendications de la population, est très faible. «Malheureusement, les partis ont joué le jeu de l'administration et ont fait eux aussi du Sahara une région d'exception», reproche Aït Ider. Une exception qui ressort pleinement à l'examen de l'opération de recrutement à la fin des années 80 de quelque 7.000 jeunes sahraouis. «C'était la première vague de bacheliers sahraouis. Au lieu de leur permettre de poursuivre des études supérieures, l'administration leur a trouvé des postes dans le secteur public». C'était l'opération «les lionceaux de Hassan II» (Achbal Hassan II). «Aujourd'hui, une bonne partie d'entre eux est rentrée chez elle mais perçoit encore mensuellement un salaire». Cette opération a produit l'effet contraire. Elle a nourri chez ces jeunes et par ricochet chez leurs familles ce sentiment d'exception mais aussi «l'impression que l'Etat marocain les craint». L'Etat leur aurait donc appris à le faire chanter... Aniss MAGHRI(1) Contre une moyenne nationale de 19,1% en 2000 en milieu urbain et 13,9% pour l'urbain et le rural.(2) Selon les statistiques du recensement de 1994, 12,5% de la population à Lâayoune habitent une maison sommaire ou un bidonville, 3,4% un local non destiné à l'habitation et 0,4% une chambre dans un établissement. A Smara, 6,1% de la population occupent un habitat sommaire ou un local non destiné intialement à l'habitation.

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