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Affaires

Ces managers qui montentSaïd Wahbi, un DG de carrière

Par L'Economiste | Edition N°:1159 Le 06/12/2001 | Partager

. Il n'a connu qu'une seule entreprise, Wincor Nixdorf. De l'ingénieur commercial au directeur général… 17 ans de carrière. Pour démarrer sa vie professionnelle comme pour fonder sa famille, il a attendu le retour au pays Son parcours professionnel sans faute suffirait à décrire sa personnalité. Saïd Wahbi est actuellement directeur général de Wincor Nixdorf, le géant allemand des solutions bancaires; un seul niveau hiérarchique le sépare de la présidence à l'international. Mais même au plus haut de la hiérarchie, son ambition et sa volonté d'aller de l'avant sont restées intactes comme au début de sa carrière. En fait, le succès de Saïd Wahbi est trop commun pour être unique, mais il est unique pour avoir abouti avec des moyens communs à une réussite exceptionnelle. L'aventure de ce Casablancais d'origine est intimement liée à celle de Wincor Nixdorf. Il lui voue un culte et une fidélité à toute épreuve. Pour cause, durant ses 17 ans de carrière, il n'a connu qu'une seule entreprise. “Je suis un produit maison”, aime-t-il à répéter. Entré comme ingénieur commercial en 1985, il y atteindra le poste de DG en 1999. “Une juste rémunération de mon ambition et de mes résultats”. Mais assurément, l'accomplissement d'un destin qui le mènera du quartier populaire de Derb Soltan à la tête d'une multinationale dans ce même Casablanca qui l'a vu naître, en passant par des études à l'étranger. Wahbi s'attarde peu sur ses études primaires si ce n'est sur l'élève un peu turbulent qu'il était. Il faut savoir que c'est la rigueur et la régularité de l'homme qui font actuellement sa notoriété au sein de Wincor Nixdorf. En 1977, un malheureux événement, le décès de sa mère, et un autre, heureux cette fois, l'obtention de son baccalauréat, le mettront face à un difficile choix. Issu d'une famille modeste, il était confronté à l'option de quitter les études pour chercher un travail. Cependant, sous l'impulsion paternelle, il intègre la faculté de sciences juridiques et économiques de Casablanca où il obtient une licence en économie. Il n'est pas le seul à bénéficier du soutien paternel. Son père veillera aussi à l'avenir de ses frères et de sa soeur. Ils sont actuellement pilote de chasse, pharmacien, pédiatre et enseignante. . Retour au paysSon premier diplôme universitaire en poche, Wahbi décroche une bourse de l'Etat marocain pour achever ses études supérieures en France. En 1985, il parfait sa formation par un DESS et un doctorat en gestion juste avant de rentrer au pays. En fait, le déplacement en France s'est effectué sans leurre. “Je suis parti avec la ferme conviction de rentrer sitôt mon but atteint”, note-t-il. Les chimères de la vie en Europe n'auront pas raison de sa conviction. Ce ne sont pourtant pas les offres alléchantes qui manquent en 1985, “les accepter m'aurait tout simplement conduit à subir un climat et un style de vie qui sont loin d'être un idéal”. Ceux qui l'ont connu à cette époque l'auront compris, de son passage en France, Wahbi a tiré le meilleur: en plus des diplômes, l'homme a gagné en expérience et il a développé un sens unique du pragmatisme qui ne va plus le quitter. Il attendra le retour au pays pour démarrer sa vie professionnelle comme pour fonder sa famille. Il est actuellement marié et père de trois enfants, un foyer qui le partage tant bien que mal avec ses nombreuses occupations professionnelles.De retour au pays, le CV bien garni, il ne lui restait que le coup de pouce du destin qui ne se fera pas attendre. L'imprévu, qui parfait toute success-story, viendra d'un ami d'études. Durant une conversation, ce dernier évoque l'entreprise dans laquelle il travaille, une multinationale allemande, où “les résultats payent”. Wahbi n'hésitera pas un seul moment, lui qui a toujours nourri une admiration pour le modèle allemand basé sur “beaucoup de décentralisation et de pragmatisme”. Il postule et rejoint la boîte qu'il ne quittera plus. Il fera en premier lieu ses preuves en tant qu'ingénieur commercial. Une expérience riche en ce sens qu'elle forme au contact client et fournit une base solide pour aller de l'avant. Chose promise chose due, les résultats sont là et le plan de carrière avance en conséquence. Wahbi sera promu responsable grands comptes, poste qu'il occupera jusqu'à la guerre du Golfe où il est promu directeur de recouvrement. . PragmatismeSa nouvelle fonction l'éloigne de la vente pour laquelle il a un sens aigu en plus d'un penchant évident. En fait, la promotion dans ce contexte était à la mesure de la confiance et de la réputation qu'il s'est faite auprès de ses supérieurs. Nous sommes au lendemain de la guerre du Golfe, la crise a ébranlé le tourisme mondial et plus précisément le secteur hôtelier. Ce dernier est confronté à de sérieuses difficultés pour faire face à ses engagements. Le pragmatisme de Wahbi plaidera pour lui, il s'affirme naturellement auprès des responsables comme l'homme de la situation. “Il ne sert à rein d'aller en procès quand le client n'est assurément pas de mauvaise foi…nous avons mis en place un système de rééchelonnement des dettes qui a donné ses fruits”, note-t-il d'un naturel simple. Dans le recouvrement, il accomplit sa mission. Bien vu par la hiérarchie avec des résultats qui parlent pour lui, Wahbi sera porté à la tête de la très en vue division banque avant de devenir directeur général adjoint (DGA) de la division banque et services. Désormais, il est passé par tous les échelons hiérarchiques de la société, “j'en ai acquis une vision globale”. Jouissant d'un capital de respect et de sympathie parmi ses collaborateurs (c'est un pur produit maison), il sera finalement porté à la tête de l'entreprise en 1999. Sa nomination est concomitante à un autre événement heureux. Siemens Nixdorf a changé de nom pour devenir Wincor Nixdorf, il est donc le premier DG de l'histoire de la nouvelle entité. Il pilote à cet effet un ambitieux programme d'investissement de près de 60 millions de DH. “C'est une politique de la maison qui veut que les bénéfices doivent être réinvestis dans l'amélioration du service”, explique le DG. Wincor s'offrira ainsi un nouveau siège à la hauteur de son expansion et développera son réseau de centre de maintenance. Elle s'affirme du reste comme le fournisseur majeur de solutions informatiques pour les grands comptes, les banques, la poste, les télécoms, la grande distribution et les institutions financières. Enfin, l'ambition du DG de Wincor Nixdorf n'a pas encore tari. Même après, sa longue et couronnée carrière, il affectionne particulièrement deux objectifs. D'abord, faire de sa société un opérateur actif dans le développement des technologies de l'information au Maroc. Ensuite, que WN Maroc devienne une plate-forme régionale pour le Maghreb et l'Afrique francophone. Y arrivera-t-il? En tout cas, il a, dit-il, “l'ambition pour le faire”. Ceux qui le connaissent diront tout simplement que cela fait partie de sa nature.


Essaouira, Deauville des Marrakchis

Durant toute la discussion sur sa carrière, le sourire ne quittera pas le visage de Saïd Wahbi. En revanche, son ton deviendra grave dès que l'on parle de la situation économique du Maroc. Pour lui, tout le monde doit y mettre du sien. “Plus que jamais, le Maroc a besoin de ses intellectuels et de sa société civile”, explique-t-il. Et d'ajouter qu'il est anormal que l'on soit à quelques kilomètres de l'Europe mais à des années lumières de son niveau de vie. A sa manière, celle du businessman, il aide son pays. “Je crée de la richesse, d'autres devraient le faire en fonction de leur potentiel”. Enfin, les disparités entre riches et pauvres l'exaspèrent. Ainsi, la réduction du fossé passe nécessairement par l'essor des régions et doit finalement aboutir à l'amélioration de la qualité de vie de leurs habitants. Pour cela, il préconise la politique des grands travaux à travers le développement de l'infrastructure routière. Imaginez que tous les entrepreneurs cotisaient pour édifier une autoroute qui relierait Marrakech à Essaouira et à Agadir. D'une part, le retour sur investissement est garanti par le développement du commerce et des échanges interrégionaux. D'autre part, les Marrakchis auraient leur Deauville, Essaouira, à une heure de route et Agadir serait à portée de voiture pour les touristes casablancais. Tout le monde y gagnerait, estime-t-il.. Modèle économique allemandSaïd Wahbi ne tarit pas d'éloges pour le modèle économique allemand. Il explique que “dans le système allemand, il existe une conception très poussée de la décentralisation. Le responsable se substitue pratiquement à l'entrepreneur. Il a toute latitude pour mener les actions qu'il juge nécessaires pour développer l'activité de l'entreprise. C'est ce qui m'a frappé le plus en venant chez Nixdorf”, souligne S. Wahbi. Et d'ajouter qu'en tant que “salarié ayant fait ses études en France, on ne s'attend pas à autant d'autonomie et de responsabilité. Après 17 ans de carrière, je peux affirmer que le modèle économique allemand est idéal pour rémunérer l'ambition et les résultats. Vous tirez directement le fruit de votre travail. En revanche, vous êtes seul à assumer vos mauvais résultats”. En fait en Allemagne, cette décentralisation avancée ne se limite pas aux affaires, elle est la règle aussi dans l'organisation administrative de l'Etat et elle donne pratiquement les mêmes résultats, estime le DG de Wincor Nixdorf. En effet, le système des Landers, les régions allemandes, a donné naissance à des villes prospères, mais autour desquelles gravitent de petites agglomérations qui n'ont rien à leur envier, conclut Wahbi.



“J'admire l'alternance, elle a apporté l'espoir d'une relance de l'économie”

. La profusion des partis fausse le jeu politique et trouble la vision des électeurs. Une approche win-win doit animer les rapports employeur/employé“Chaque fois que je suis amené à vendre le Maroc, je mets en avant sa stabilité politique”. Pour Saïd Wahbi, quand il s'agit de convaincre des investisseurs étrangers de venir au Royaume, le politique et l'économique se rejoignent. Mais à l'évidence, dans l'esprit du DG, ils ont toujours évolué de paire. “J'admire l'alternance, elle a apporté l'espoir d'une relance de l'économie”, explique-t-il. Moins reluisante, en revanche, la profusion de partis politiques. Pour lui, les électeurs sont troublés, il faut leur simplifier la vision”. Elle l'est aussi chez les investisseurs. “Bien évidemment, les statistiques parlent d'elles-mêmes, elles sont intéressantes et montrent que des flux financiers importants sont entrés au Maroc à travers la promotion de l'investissement”. Cependant, “le pays devrait aller de l'avant dans la simplification des procédures administratives. Des plans d'action existent, il faut les activer”, relativise-t-il. Allusion est faite au guichet unique sur lequel nombre d'investisseurs portent de grands espoirs, mais qui tarde à voir le jour. Concernant les rapports collectifs du travail, “la dialectique est de réussir l'axe employeur-employé”, explique Saïd Wahbi. Et d'ajouter que “l'approche win-win propre aux relations commerciales, doit être assimilée à l'intérieur de l'entreprise”. Cet idéal ne pourrait être atteint en l'absence d'une régulation des rapports du travail par les autorités publiques. Par ailleurs, le pragmatisme de Wahbi ne le quitte pas même quand il s'agit de formuler des voeux. Ainsi, le cadeau qu'il demanderait au gouvernement Youssoufi s'il était invité à le faire serait tout simplement d'atteindre le taux de croissance initialement prévu en dépit de la sécheresse. “L'amélioration du niveau de vie des Marocains passe nécessairement par la réduction du fossé entre riches et pauvres. Pour cela, une croissance soutenue est obligatoire”, conclut-il. Concernant l'accord avec l'Union européenne, Wahbi déclare: “Je suis pour l'intégration économique. Le problème aujourd'hui avec l'Europe concerne les accords de pêche. La position du Maroc est logique. Les Européens doivent comprendre qu'on a beaucoup donné sur cet aspect-là. L'Etat, comme tout bon gestionnaire, a droit à un retour sur investissement. Adil HMAITY

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