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    Ces managers qui montentJalal Alaoui, l'ingénieur agronome qui a tout laissé tomber pour le capital-risque

    Par L'Economiste | Edition N°:1165 Le 14/12/2001 | Partager

    . Issu d'une famille d'enseignants, il est le premier à rompre la chaîne. Fidèle à son esprit fonceur, il laisse tomber une carrière à l'ONA et participe à la création de la première société de capital-risque au MarocJalal Alaoui n'est pas capital-risqueur pour rien. Le métier, il n'y a jamais vraiment pensé, mais l'esprit, il l'a toujours eu. Il n'y a qu'à voir son CV pour se rendre compte que c'est un fonceur dont la curiosité n'a pas de limites. Lorsque Saâd Bendidi, nommé à la direction générale de Moussahama en juin 1992, fait appel à lui pour lancer la première société de capital-risque au Maroc, l'idée l'enchante. Soutenus par la BEI (Banque Européenne d'Investissement), les deux jeunes cadres décident d'aller à l'aventure bien que l'environnement soit hostile. L'esprit familial domine encore le monde de la PME-PMI et les actionnaires gardent jalousement leur patrimoine. Difficile de les convaincre d'ouvrir leur tour de table à des inconnus, encore moins de se soumettre à l'exercice rigoureux de la transparence. Mais il en faut beaucoup plus pour décourager les fondateurs de Moussahama(1) et les jeunes cadres qu'ils ont recrutés. Ils sont vraiment décidés à relever le défi. La voie était tracée par les experts de la BEI. Les deux têtes pensantes devaient avoir la double formation d'ingénieur et de financier, être complémentaires et justifier d'une expérience concluante dans la PME-PMI. C'est avec une pointe de nostalgie que Jalal se remémore l'époque où, avec son compagnon de bataille, il devait se contenter d'un bureau à la fiduciaire où Moussahama était logée au début. Il fallait souvent travailler à la maison en attendant l'aménagement des locaux. Mais Jalal ne se plaint pas. Ce métier est fait pour lui. Plus il en apprend et plus il est à l'aise dans son nouvel environnement. Il se donne à fond et prend sur lui, sur son temps et sur celui de sa petite famille. Les cinq premières années ont été déterminantes. A chaque fois, la barre était placée un peu plus haut. Moussahama se constitue un portefeuille intéressant et le capital-risque commence à percer. C'est avec une grande fierté que Jalal évoque les premiers pas de la société. «Avec Saâd, nous étions comme les doigts de la main. Nos décisions, nous les prenions en concertation, c'est d'ailleurs l'un des secrets de la réussite de nos affaires«, raconte-t-il. Et puisqu'ils débordent d'énergie et qu'ils ont de l'ambition à revendre, ces deux jeunes se fixent également l'objectif d'organiser la profession. Ils planchent sur un projet de loi-cadre et pensent à jeter les premiers jalons de l'Association Marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC).Lorsque Jalal Alaoui parle de son métier, ses yeux brillent et le ton de sa voix change. «C'est le métier le plus passionnant et le plus stressant qu'il puisse y avoir. Aucun dossier ne ressemble à l'autre. Le capital-investissement vous donne une vue sur plusieurs secteurs à la fois, c'est un véritable observatoire«, explique-t-il. Mais le succès a un prix. Séduits par le concept et le marché qu'il y a derrière, les banquiers actionnaires décident de créer chacun sa propre filiale. Le premier cycle était bouclé et une nouvelle étape commençait. Appelé à d'autres responsabilités, Saâd Bendidi, DG, est remplacé, en août 1997 par son bras droit. Et c'est là que démarre la deuxième aventure de Jalal Alaoui. Il fallait reconstituer l'équipe, maintenir le cap, tenir compte de l'arrivée des premiers concurrents et préparer l'augmentation de capital. La course a duré deux ans. La roue tournait et Jalal ne voyait pas le temps passer. Comme la plupart des hommes d'affaires, il délaisse peu à peu sa famille. «Je serai toujours reconnaissant à ma femme pour son soutien et sa compréhension«, confie-t-il. D'ailleurs, madame Alaoui regrette souvent l'époque où son mari était numéro deux. Au moins, elle pouvait l'avoir pour elle et les enfants pendant le week-end. C'est lorsqu'il frôla la mort il y a quelques mois dans un accident de voiture qu'il se rend compte qu'il a été injuste envers ses proches. «En trois ans, je n'ai presque jamais déjeuné à la maison. Il m'arrivait de ne pas voir les enfants pendant plusieurs jours alors que nous vivons sous le même toit«, regrette-t-il. Depuis, il essaye de se rattraper tant bien que mal. Il peut se le permettre puisque le plus dur est derrière et que la société a dépassé le cap critique.Omar (10 ans) et Ismaïl (9 ans) sont aux anges. Papa est à la maison beaucoup plus souvent. Il leur arrive même d'organiser des voyages entre hommes pour mieux se connaître et se découvrir certaines complicités. C'est très important, surtout qu'à cet âge, les enfants vénèrent leur papa au point d'en faire leur idole. C'est avec un léger frisson que Jalal Alaoui évoque ce point sensible. Comme si cela lui faisait peur que ses deux fils s'identifient à lui. «Je ne veux surtout pas les influencer. Je préfère qu'ils comptent sur eux-mêmes et qu'ils trouvent et tracent leur chemin seuls«, dit-il. Et le voilà replongé dans son enfance. Il avoue n'avoir toujours compté que sur lui-même. Il a perdu sa mère à l'âge de 13 ans et a vécu cela comme une grande injustice. Il était très attaché à elle. Aujourd'hui encore, il ne s'est pas entièrement remis de sa disparition. «C'était une femme formidable, raffinée et cultivée. Elle était enseignante et avait décidé de se consacrer entièrement à sa famille et ses six enfants. Sa présence constante nous procurait un grand équilibre«, raconte-t-il. L'adolescent qu'il était sera marqué à jamais. Mais parfois à quelque chose malheur est bon. Il se ressaisit et développe ses défenses. Cela lui servira sur les plans personnel et professionnel. Avec son père, il entretient des relations très amicales. «Il était toujours là pour nous. Ses 30 ans d'enseignement et sa jeunesse d'esprit faisaient de lui le meilleur des conseillers«, note Jalal. Le métier d'enseignant est une tradition dans la famille. Cela a commencé avec le lancement de l'Ecole Hassania de Fès par feu son grand-père Moulay Tayeb Alaoui. Ce ne sont pas les interlocuteurs qui manquaient lorsqu'il s'agissait d'apprendre, de comprendre ou de décider. Jalal était bien entouré. Il avait une grande passion pour la littérature, mais il n'était pas question qu'il en fasse un métier. Il fallait qu'il se distingue et s'impose. Il décide donc de briser la chaîne du métier de la famille et choisit de devenir ingénieur agronome. «Avec un peu de recul, j'avoue que c'était plutôt par défi«, dit-il. Il ouvre ainsi la voie à ses frères et soeurs qui ont choisi chacun une spécialité loin de l'enseignement (financier, ingénieur, biologiste...).Il fait un parcours sans faute, réussissant chaque fois ses examens haut la main. Lorsque Jalal se fixe un objectif, il s'y attelle. Il est tenace. Même les multiples déménagements dus aux promotions de son père ne sont pas arrivés à le déstabiliser. Au contraire, il estime que son séjour dans plusieurs villes et régions du pays a été très enrichissant. «Des Fassis je tiens la culture, des Berbères la générosité, des Tangérois l'aspect cosmopolite et des Sahraouis (ses origines) leur entêtement et leur tenacité«, s'amuse-t-il. Un sourire malicieux s'affiche sur ses lèvres lorsqu'il évoque ses études. «J'ai fait trois écoles et cinq lycées différents«, dit-il. Il avait ainsi rôdé sa capacité d'adaptation et d'intégration. A 22 ans, il décroche son diplôme d'agronomie générale de l'IAV Hassan II à Rabat puis s'envole pour un Master of Sciences à l'Université du Minnesota aux Etats-Unis. Là encore, il réussit à s'imposer parmi les premiers de sa promotion. Une opportunité de travail s'offre à lui, mais l'appel du pays est beaucoup plus fort. Il rentre à Rabat et soutient sa thèse d'ingénieur d'Etat en agronomie le 5 janvier 1983. Jalal était persuadé qu'il allait faire carrière dans sa spécialité. «A un moment donné, j'étais intéressé par une carrière d'enseignant-chercheur, mais c'est une idée que j'ai tout de suite écartée«, dit-il. Il fait ses premières armes dans une société agro-industrielle japonaise. Un groupe d'investisseurs créait alors une sucrerie à Larache (Sucral) et avait besoin d'un directeur d'approvisionnement. Le temps de faire des économies (9 mois) et il s'envole au Japon pour rejoindre des amis et tenter sa chance. Comme à son habitude, il réussit son intégration et arrive à décrocher un poste intéressant. Seulement, la vie était beaucoup trop chronométrée à son goût. Ce Méditerranéen a besoin de chaleur humaine et d'ambiance familiale. Il accepte donc un poste à l'Omnium Marocain des Pêches, en tant que responsable des études commerciales basé à Las Palmas. Au moins, les Espagnols sont un peuple avec lequel les Marocains ont une histoire commune. Il avait pour mission de suivre le marché des céphalopodes et les négociations des contrats de vente. Rien à voir avec la terre et l'agriculture. En tout cas, cela lui a permis de maîtriser l'espagnol, une langue qui lui sera très utile par la suite.Jalal avait tout pour réussir. Il était jeune, ambitieux et chanceux aussi. Mais il n'avait pas encore réussi à trouver son chemin. Lorsqu'il rentre au pays en 1985, il s'essaye à la banque. Mais son passage à la direction internationale de la SMDC (Société Marocaine de Dépôt et de Crédit) est plutôt bref. Il ne dure pas plus de 18 mois. Période qu'il qualifie de «service militaire« à cause de la durée. Il avoue néanmoins qu'il a beaucoup appris à la banque.Jalal décide alors de se lancer dans les affaires et crée avec des membres de sa famille deux sociétés à Agadir. La première implante et exploite des serres de roses, la seconde exporte entre autres les fleurs coupées. C'est la première fois qu'il exercera son métier d'agronome. Comme à l'accoutumée, il se donne à fond et n'hésite pas à accompagner ses roses à destination. Il les défend et les met en valeur sur les marchés les plus exigeants. En janvier 1990, l'affaire est parfaitement sur les rails et Jalal commence à se sentir à l'étroit. La lettre royale adressée aux Chambres de commerce les invitant à se restructurer et à apporter du sang neuf attire son attention. Il cède ses parts et rejoint le département international de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Casablanca. Un an et demi plus tard, il est recruté par l'ONA. Pour ses proches, c'était l'occasion de sa vie. Ils étaient persuadés que Jalal allait enfin s'assagir et bâtir une véritable carrière. Il est chargé par le président de créer des départements agricoles dans toutes les filiales agro-indusrtielles du groupe. Lorsqu'il décide une nouvelle fois de claquer la porte et de repartir à zéro, son entourage le traite de fou. Quitter le premier groupe du pays pour se lancer dans une entreprise de deux cadres, qui plus est proposent un outil de financement au succès incertain, pour beaucoup c'était inconcevable. Mais l'aventure Moussahama est trop tentante. Fidèle à son esprit fonceur, il se jette à l'eau. Neuf ans plus tard, il ne le regrette pas. C'est avec grande satisfaction qu'il évalue les réalisations de Moussahama et sa contribution au lancement du capital-risque au Maroc. Certes, l'activité est toute jeune, mais les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le marché compte aujourd'hui une quinzaine de fonds qui totalisent quelque deux milliards de dirhams. «La plupart des sociétés sont jeunes et doivent passer par les différentes phases précédant la maturité«, souligne Jalal. Mais l'AMIC dont il est président depuis sa création l'année dernière est désormais là pour les aider et les soutenir. Le cadre législatif et fiscal de la profession commence à se profiler à l'horizon. Les autorités monétaires ont joué le jeu et pris conscience de l'importance du capital-risque pour le développement de la PME-PMI. Entre-temps, Moussahama a grandi. L'augmentation de capital a été réussie. De 55,5 millions de DH, les fonds propres sont passés à 140 millions. Mais Jalal n'est pas encore rassasié. A 43 ans, il déborde encore d'énergie et se dit prêt à relever de nouveaux défis.


    Succès et dérapages

    Jalal Alaoui aime bien comparer le capital-risque aux fameuses Galeries Lafayette. On y trouve de tout et il se passe toujours quelque chose de nouveau. Aucun dossier ne ressemble à l'autre, aucun secteur non plus. Il faut se dépenser sans cesse pour prospecter, étudier le projet, sa faisabilité, son montage, le défendre, investir, soutenir et accompagner jusqu'à l'aboutissement. Une fois l'affaire sur les rails, il faut désinvestir et repartir à zéro. Le cycle dure généralement cinq ans.Mais comme son nom l'indique, ce métier ne manque pas de risques. Dans sa carrière, Jalal Alaoui a connu des joies et des peines. Son plus beau succès fut l'aventure qu'il a vécue avec un fabricant de tubes en cuivre. C'était un jeune qui venait de démarrer et qui avait besoin de fonds de roulement. Moussahama y a cru et l'a aidé à faire prospérer son affaire. Porté jusque-là sur les marchés internationaux, il a pu grâce à l'assistance de ses nouveaux conseillers découvrir le marché local et réussit à s'imposer comme principal fournisseur. Son équipe s'est développée, son matériel aussi. Des 600 m2 où il a démarré, il est passé à 7.800 m2 couverts. Il maîtrise aujourd'hui tout le processus de fabrication et ne se limite plus à l'étirage du tube.L'autre affaire qui a marqué Jalal Alaoui appartient à un tout autre secteur, celui de la location de voitures. Là, c'était vraiment l'aventure. Le marché était déjà dominé par un poids lourd. Créer une nouvelle société de location longue durée de véhicules capable de rivaliser avec le numéro un était vraiment un coup de pocker! Pourtant, en neuf mois, la nouvelle structure s'est non seulement imposée sur le marché, mais il a même racheté le leader. Une fois sa mission accomplie, Moussahama se désengage. Elle a réintégré le tour de table dernièrement, mais pour un objectif différent.Le plus gros regret de Jalal Alaoui c'est un projet mort-né à cause de la mentalité de quelques intervenants. Le dossier était monté et les tests réussis. Mais un retard dans le programme avait été à l'origine d'un trou de 4 millions de DH. Moussahama s'est engagée à apporter la moitié et la banque le reste. Le prêt a été effectivement accordé mais avec... un an de retard et n'a servi qu'à éponger les intérêts dus à la banque au lieu d'être affectés à son objet initial. Hanaâ FOULANI(1) Le capital de 55,5 millions de DH était détenu au démarrage par cinq banques marocaines avec 18% chacune. Le reste appartenait à la BEI.

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