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    Ce que je pense de la culture mondiale : La force culturelle d'un pays et la transparence

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    Qui aurait parié sur l'avenir d'un groupe portugais de musique acoustique accompagnée de poésie chantée du début du siècle ?
    Le succès a pourtant happé les Madredeus dans les limbes lisboètes où ils composaient une musique hors du temps. C'est "Lisbon Story", le dernier film de Wim Wenders, qui a définitivement lancé la carrière des Madredeus. Seul groupe portugais connu internationalement, ils sont aujourd'hui accueillis partout comme ambassadeurs de leur pays. "L'ambassadeur est dans sa limousine, nous sommes dans l'art" rectifie avec ironie Pedro Magalhaes, le fondateur du groupe. Rencontré lors d'un passage à Paris, le compositeur-producteur du groupe est bavard, chaleureux et plus mobilisé par la qualité de sa création que par la défense de la culture portugaise.


    Q : Votre musique représente-t-elle le Portugal?
    R : C'est un malentendu. Nous représentons notre propre projet, qui ne tient ni du folklore portugais, ni des nouvelles tendances du rock lusophone. En fait, il n'existe aucun groupe similaire aux Madredeus au Portugal. Notre musique y est novatrice, presque d'avant-garde.
    Les Madredeus ont été créés pour exalter le "saudismo", ce courant minoritaire de la poésie portugaise qui considérait la "saudade" ( nostalgie) comme un secret de l'âme portugaise. Le Saudismo est un appel au fantasme en général. Mais le paysage devient le territoire de l'imagination. La musique des Madredeus est un hommage ambulant aux paysages portugais. Notre musique est faite pour accompagner le voyage en terre lusophone, même si le Portugal que nous chantons est subjectif. Nous sommes des inventeurs : même les Portugais ne reconnaissent pas leurs paysages dans nos chansons.
    En revanche, cette poésie sur musique acoustique appelait des lieux spéciaux que nous avons trouvés au Portugal. C'est par exemple l'église de Madredeus où nous avons enregistré notre premier disque. Pour nos concerts, nous avons toujours choisi des lieux que la musique avait désertés, des lieux improbables comme des jardins, des couvents, des arènes... Le succès a été immédiat au Portugal mais c'était encore expérimental.

    Q : Comment expliquez-vous votre succès international avec un projet si élitiste?
    R : Tout le monde a perçu le sentiment de paix présent dans notre musique. Au long de nos concerts, les gens étaient frappés par l'association bizarre des instruments ou par la beauté du timbre de Teresa mais avant tout par la paix qui se diffusait en eux. Nous avons voulu montrer dans l'album " O Espirito da Paz" les sources de cette paix intérieure.
    Ainsi la musique évoque l'histoire d'une chanteuse portugaise qui part pour une longue tournée. Au moment du départ, elle se penche sur ses origines, sachant qu'un jour elle reviendra au même endroit. Et rien n'aura changé. Quoique que l'on fasse, le monde ne bouge pas vraiment. Cette conception est une clef de l'âme portugaise.
    Les paroles ne sont pas nécessaires. Beaucoup comprennent sans connaître le sens des mots.

    Q : Attribuez-vous votre succès à l'universalité de votre message ?
    R : Le succès dépend aussi des circonstances. Nous étions déjà des stars en Grèce à notre arrivée simplement parce qu'une de nos musiques avait illustré une publicité pour du whisky.
    En Belgique, un animateur de radio s'est entiché d'une de nos chansons et l'a programmée inlassablement. Un an plus tard, nous jouions dans les plus grandes cathédrales belges. Et les gens ont commencé à aimer non seulement un groupe mais une musique.
    Bien sûr il y a également une raison de fond, qui tient à la musique elle même et qui a rencontré son public. Et encore, ce n'est que quatre ans plus tard que nous avons atteint le niveau de vente des groupes espagnols. L'important est de susciter la curiosité pour notre prochaine oeuvre, car seule la création est essentielle.

    Q : Vous avez créé un style propre ?
    R : Nous avons inventé un instrument, le cravo ( sorte de contrebasse, NDLR). De même que nous avons inventé une type de musique acoustique au son grave survolé par une voix très aiguë. Nous avons beaucoup à explorer encore dans cette voie. Nous souhaitons réaliser une oeuvre plus accomplie, plus harmonieuse. C'est déjà un long chemin. Notre idée initiale s'améliore chaque jour.

    Q : Votre projet peut-il survivre au déferlement de la musique anglo-saxonne?
    R: C'est un problème d'éducation. Les auditeurs ne sont plus initiés à la nouveauté. On se contente d'abreuver et non de stimuler la culture.
    Nous avons lutté, mais on ne peut pas tout faire. Nous représentons une initiative très isolée. Nous faisons des concerts dans des endroits fermés à la culture normalement, c'est presque de la pédagogie.

    Q : Etes vous favorables aux quotas pour défendre la culture locale dans les médias.
    R: Non. Les quotas de diffusion existent. Mais personne ne les respecte car les médias sont chaque jour plus incultes et soumis aux intérêts commerciaux. Les animateurs de radio ne sont plus des amateurs de musique et encore moins des découvreurs. Ils poussent le bouton des play lists. En dépit de notre succès, les radios portugaises ne diffusent pas nos chansons.
    Je ne suis d'ailleurs pas pour le tout-portugais. La vrai force culturelle d'un pays est la transparence, la capacité de tout recevoir, de la musique du sud des Andes, des Etats-Unis ou des Philippines. Aucune culture ne peut nuire aux autres.

    Madredeus interviewed by Cécilia Gabizon, World Media Coordination

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