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Caricatures: Les parlementaires Euromed étalent leurs divergences
De notre correspondant permanent à Bruxelles, Aziz BEN MARZOUQ

Par L'Economiste | Edition N°:2230 Le 09/03/2006 | Partager

. Abdelouahad Radi défend la position marocaine. Beaucoup d’incompréhension de part et d’autreUn chouia compliqué de débattre d’une manière sereine de l’affaire des caricatures du prophète au sein de l’Assemblée parlementaire Euromed (APEM) où le sujet a été abordé lors d’une réunion préparatoire le 6 mars à Bruxelles. Les interventions des deux camps ont en effet montré l’ampleur des divergences d’interprétation d’un même thème qui devrait faire l’objet d’une recommandation conjointe lors de la plénière du 27 mars. Si des deux côtés on a appelé au «dialogue et à la compréhension mutuelle», les parlementaires du Nord ont davantage mis en avant le respect de la liberté d’expression, tandis que la majorité des partenaires du Sud ont plutôt mis en exergue la primauté des sentiments religieux et réclamé même l’intervention nécessaire du législateur dans ces dites libertés d’expression. Le représentant du Parlement égyptien, Mohamed Aboul Enein, qui a pris une position en pointe sur les caricatures du prophète, s’est élevé contre leur publication qui, a-t-il clamé, a suscité «colère et hostilité de millions de musulmans». Il estime que cette «incitation à la haine» est contraire aux dispositions de la Déclaration de Barcelone. Selon lui, «la liberté de la presse des uns s’arrête là quand il y a offense des autres». Il a exigé que la future recommandation de l’Assemblée parlementaire euroméditerranénne (APEM) réclame du Parlement européen qu’il adopte une résolution qui ni plus ni moins «condamne le mépris des religions, impose des sanctions et demande à l’ONU d’adopter une résolution qui interdise de s’en prendre à une religion». Son appel a été relayé par le représentant palestinien, Zuhair Sanduka, qui a déclaré que «s’abriter derrière la liberté de la presse pour mépriser la religion musulmane est inacceptable». Lui aussi a plaidé pour l’adoption d’une «règle internationale qui prohibe le mépris des autres religions». Idem pour le Libanais, Yassine Jaber, selon lequel le meilleur moyen de lutter contre ces attaques de la religion musulmane serait «d’élaborer une nouvelle législation pour traiter de ce problème» et il recommande à l’Apem d’aller dans ce sens dans ses travaux. . Impliquer la société civileVisiblement soucieux de ramener le débat à la dimension qu’il mérite, Abdelouahad Radi, président de la Chambre des représentants du Maroc, s’est efforcé d’expliquer à ses pairs la nécessité de tenter ensemble d’expliquer et non pas de justifier ce qui s’est passé. «Notre rôle», a-t-il lancé, «n’est pas de jeter de l’huile sur le feu mais plutôt de calmer le jeu. Il faut aller au fond des choses d’une manière franche et honnête et ne pas se lancer des accusations les uns les autres». Le parlementaire marocain n’est toutefois pas convaincu que le problème des caricatures soit un vrai problème de liberté d’expression. «Pour les musulmans, l’affaire des caricatures n’est pas un problème de liberté d’expression car dans ces caricatures il y a un jugement négatif, diffamatoire». Selon lui, «quand on dessine la tête du prophète sous forme de bombe, le message qui est induit est celui de la violence, c’est-à-dire que tous les musulmans sont des terroristes». Est-ce cela la liberté d’expression? s’est-il demandé. «Les violences on les rejette toutes mais on n’accepte pas que l’on traite toute une communauté de terroriste. Dans aucun cas il n’y a de liberté absolue, nous sommes contre tout absolutisme d’où qu’il vienne». Soulignant que la relation au religieux n’est pas la même en Occident et dans le monde musulman, Abdelouahad Radi a indiqué qu’«au Moyen Age, en Occident, c’était l’Inquisition qui régnait et les révolutions démocratiques se sont faites contre la féodalité et l’Eglise. Dans le monde musulman nous n’avons pas ces conflits». Au passage il s’est plu à donner un coup de canif à la Résolution du Parlement européen votée le 16 février dernier sur les caricatures (cf. www.leconomiste.com) lui reprochant «d’avoir mis en exergue la liberté d’expression et les violences des réactions musulmanes et non pas les caricatures elles-mêmes. C’est de l’amalgame, c’est de la confusion», a-t-il déclaré. Dans sa conclusion, le président de la Chambre des représentants a plaidé pour que le dialogue entre les cultures et les religions ne se limite pas à la sphère des politiques et des dirigeants et qu’il doit impérativement s’ouvrir aux médias, aux intellectuels et aux associations de la société civile, car, prévient-il, «le limiter aux acteurs politiques reviendrait à courir droit vers l’échec». Pour son collègue turc, Mustafa Nuri Akbulut, la crise des caricatures aurait pu être arrêtée par une déclaration officielle «mais les Etats européens ont privilégié la liberté d’expression». . La faute aux médias?Le représentant du Parlement portugais, Alberto Antunes, a affirmé quant à lui que les modèles religieux ne sont pas les mêmes partout dans le monde: «certains nous rassemblent mais d’autres nous déchirent». Il faudrait respecter la foi des uns et celle des autres. Le Luxembourgeois Jacques-Yves Henckes a déploré que «la manière de retransmettre les faits dans les médias des pays musulmans et dans les pays occidentaux soit profondément différente». Il a appelé la Commission européenne à prévoir la possibilité de participer dans des programmes médias car, dit-il, «les images données dans les médias musulmans et les images du monde musulman données dans les pays européens sont gravement préjudiciables au dialogue Euromed». Pour sa part, le représentant du Bundestag allemand, Raidel Hans, a subtilement relevé que les notions de «liberté d’expression et de religion» ainsi que «démocratie» n’étaient pas vues de la même façon en Occident et dans les pays musulmans. «En Allemagne, a-t-il souligné, on peut construire des mosquées et des locaux de prière mais il n’est pas possible de construire une église dans les pays musulmans». Pourquoi? a-t-il demandé. Et de glisser: «Ce que l’on revendique pour soi doit également être possible pour les autres» (ndlr: bien sûr la remarque du parlementaire allemand relève pour les Marocains de l’ignorance: le Maroc a toujours été un pays où cohabitent mosquées, églises et synagogues). Quant à la représentante du Parlement européen, Luisa Morgantini (Gauche Unitaire), elle s’est dite tout simplement «au bord de la nausée» avec cette affaire des caricatures et a comparé ce débat parlementaire à une «crise au sein d’un couple». «Je ne sous-estime pas la crise mais les deux parties doivent assumer réciproquement les responsabilités», a-t-elle souligné. Tout en revendiquant la liberté d’expression, elle considère que la religion doit demeurer une affaire privée.

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